UN ARTICLE EXCEPTIONNEL. Les partis politiques israéliens et leur programmes économiques.
Traditionnellement secondaires dans les campagnes israéliennes, dominées par les enjeux sécuritaires et religieux, les questions économiques pourraient peser davantage aux prochaines élections législatives d’octobre. Outre l’opinion à l’égard de la coalition sortante, détériorée depuis 2023 (sans toutefois se traduire par un rejet univoque), la dégradation du pouvoir d’achat après trois années de guerre est citée par un quart des électeurs parmi leurs critères de vote. Les trois principales formations de l’opposition libérale partagent une même matrice de politique économique, avec deux priorités : 1) répondre à la concentration du marché en matière agroalimentaire et au coût de la vie en Israël ; et 2) élargir la base fiscale active et l’assiette contributive alors que des minorités restent en retrait du marché du travail (hommes ultra-orthodoxes et femmes arabes notamment). Quant au seul parti de gauche annoncé à plus de 10 sièges (Les Démocrates de Yair Golan), il défend un redéploiement de l’argent public vers des services et pôles (éducation, santé, protection sociale) délaissés depuis trois années par le gouvernement.
Le programme de Gadi Eisenkot (« Yashar ») est le plus formalisé et le plus large. Ce nouveau parti, qui compte investir le centre-droit de l’échiquier politique, est porté par un ancien chef d’état-major de Tsahal qui incarne une autorité militaire convertie en positionnement centriste et technocratique. Il figure en bonne place dans les derniers sondages (plus de 20 sièges annoncés, premier parti d’opposition à atteindre ce palier aux côtés du Likoud). Son programme couvre (i) l’attribution de prestations sociales sous condition de ressources comme principe fondamental ; (ii) le coût de la vie ; (iii) un volet fiscal (baisse de l’impôt sur le revenu, fiscalité comportementale, lutte contre l’économie informelle par la déclaration en temps réel et l’intelligence artificielle) ; (iv) un axe d’investissement public (reconstruction du Sud et du Nord, transports de masse, logement) ; (v) une réforme éducative et administrative ; (vi) une politique d’innovation qualitative (indépendance judiciaire et protection de la propriété intellectuelle au service de la confiance des investisseurs, infrastructures de calcul, IA dans les services publics) ; (vii) une politique migratoire présentée comme multiplicateur de croissance ; et (viii) un volet agricole en enjeu de sécurité nationale. Sa faiblesse tient au renvoi de plusieurs axes (technologiques, migratoires, ruraux) à des plans ultérieurs et à l’absence de chiffrage à ce stade.
Le programme économique de la liste « Ensemble » (N. Bennett – Y. Lapid) se focalise sur la lutte contre la vie chère alimentaire. Dans le détail, l’alliance entre les deux anciens Premiers ministres (2021-2022), annoncée à 12 députés dans les derniers sondages, cible une baisse de 30 % du coût du panier alimentaire moyen des ménages en trois ans, la création d’une autorité unique de l’alimentation, l’interdiction faite à un même groupe de dominer plusieurs filières à la fois, la séparation des réseaux de distribution, l’alignement sur la norme européenne, la suppression des droits de douane compensée par un soutien direct aux agriculteurs et la rupture du monopole du grand-rabbinat sur la cacheroute. La plateforme demeure cependant peu détaillée sur la fiscalité, l’investissement macroéconomique et l’innovation.
Le programme d’Avigdor Lieberman (« Israel Beitenou ») apparaît le plus complet et le plus chiffré. Parti de droite laïque nationaliste mené par Avigdor Lieberman, ancien ministre des Finances et de la Défense, Israel Beitenou défend les intérêts de la communauté russophone et est crédité de 8 sièges dans les derniers sondages. Son programme décline six priorités : (i) baisse du coût de la vie (suppression du statut d’importateur exclusif, application de mesures contre la concentration, dissolution des conseils de la volaille et des végétaux, privatisations du port d’Ashdod et de l’aéroport de Haïfa, entrée des chaînes internationales) ; (ii) un secteur public plus efficient (arbitrage et médiation obligatoires dans les conflits du travail, notation du service par l’usager, rémunération au mérite, départs volontaires sans réaffectation, recrutement ramené à un mois) ; (iii) un plan national pour la high-tech (1 Md ILS sur cinq ans pour l’IA, 1 Md ILS pour des laboratoires nationaux, retour des talents, conditionnement des subventions à la coopération académie-industrie) ; (iv) une politique structurelle de l’offre pour le logement (renversement du critère d’attribution des appels d’offres fonciers , industrialisation de la construction, incitations aux collectivités, locatif de long terme) ; (v) un soutien aux indépendants par un filet de sécurité abondé par l’État ; et (vi) un soutien aux familles. Son levier d’activation de l’emploi est fiscal : extension du crédit d’impôt sur le travail aux célibataires de plus de 26 ans jusqu’à 8 000 ILS mensuels, et suppression des allocations familiales à partir du cinquième enfant.
Les Démocrates (Yair Golan) prônent un redéploiement de la dépense publique vers les services et le logement public. Le parti, fusion du Parti travailliste et du Meretz menée par Yair Golan, ancien général devenu figure de la gauche israélienne, incarne le seul pôle progressiste de l’opposition, favorable à un État social actif et à la séparation territoriale entre Israéliens et Palestiniens. Ils obtiendraient une dizaine sièges selon les sondages actuels. Le diagnostic du parti de gauche ne porte pas sur l’étroitesse de l’assiette contributive ou la concentration des marchés, mais sur l’érosion des services publics (santé, éducation, protection sociale) et la captation des budgets au profit de dotations sectorielles et de proches du pouvoir. Ils entendent ainsi redéployer la dépense publique. Cinq axes structurent ce programme : (i) réallocation des budgets sectoriels vers l’emploi et les services ; (ii) soutien aux jeunes familles par des instruments de droit du travail absents des programmes libéraux (réduction de la durée hebdomadaire, congés et jours de maladie supplémentaires, congé de paternité étendu) et une petite enfance publique universelle ; (iii) coût de la vie traité par la lutte contre les cartels (alimentaire mais aussi pharmaceutique et énergétique) et par la restauration des services publics destinée à réduire les dépenses privées contraintes, assortie d’une baisse des tarifs des transports et d’un élargissement du contrôle des prix ; (iv) logement par l’offre, mais via la planification urbaine, la densification, le renouvellement urbain et le logement public abordable ; et enfin (v) réhabilitation du Nord et du Sud par l’investissement public et la réallocation explicite des crédits dédiés aux implantations.
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