Washington et Téhéran acceptent de suspendre leurs attaques et de reprendre les négociations
Après quatre jours de frappes croisées et d’escalade entre l’Iran et les États-Unis, les deux belligérants auraient accepté dimanche de suspendre leurs attaques et de reprendre leurs pourparlers de paix, assure le camp américain. Lundi matin, Téhéran n’avait toujours pas confirmé ces informations.
Les États-Unis et l’Iran ont convenu dimanche de “cesser les attaques dans le détroit d’Ormuz et de permettre la libre circulation des navires”, a assuré au New York Times un responsable américain sous couvert d’anonymat. Toutefois, “l’Iran n’a toujours pas confirmé l’existence d’un tel accord”.
L’arrêt des frappes “ramènerait le calme sur cette voie maritime stratégique, où de nouvelles escarmouches ont éclaté la semaine dernière à la suite d’une attaque contre un cargo”, menaçant de faire dérailler le processus de paix enclenché le 17 juin dernier avec la signature d’un protocole d’accord par Washington et Téhéran, observe le quotidien américain.
Selon Axios, qui a recueilli les confidences d’un autre responsable américain, les deux parties prévoient de se réunir mardi à Doha, la capitale du Qatar, “pour régler leur différend concernant le détroit d’Ormuz”.
“Les discussions de mardi devaient initialement se tenir en Suisse pour aborder le programme nucléaire iranien”, a déclaré cette source au site, mais “l’escalade des tensions a entraîné un changement de lieu et a recentré les pourparlers sur le détroit d’Ormuz”. Nick Stewart, chef de l’équipe technique américaine, devrait participer à ces discussions.
Le détroit d’Ormuz est en effet au cœur de l’escalade des derniers jours, marquée par des frappes de représailles croisées, les deux pays s’accusant mutuellement d’avoir violé le cessez-le-feu.
“Les autorités américaines ont attribué à l’Iran la responsabilité de la reprise des hostilités, affirmant que le pays avait lancé des attaques de drones contre deux navires dans le détroit ces derniers jours”, explique The New York Times. “L’Iran n’a pas revendiqué ces frappes, mais a réitéré dimanche son exigence selon laquelle les navires doivent emprunter l’itinéraire qu’il a désigné dans le détroit”.
Téhéran affirme que les deux navires visés avaient emprunté des voies alternatives, et non leur seul couloir de passage autorisé par la république islamique.
De fait, “Washington préconise le passage par un couloir méridional longeant la côte d’Oman, tandis que Téhéran – qui souhaite à terme à faire payer le passage par le détroit – veut que les navires empruntent une voie septentrionale traversant ses eaux et placée sous son contrôle”, explique The Guardian.
“Ambiguïté” du protocole d’accord
Dimanche, lors d’une visite à Bagdad, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a exhorté “toutes les parties à ne pas interférer” dans la gestion du détroit d’Ormuz, affirmant que le protocole d’accord signé avec les États-Unis “conférait à Téhéran le contrôle de cette voie maritime”, rapporte Al-Jazeera.
“Aucune autre institution ni aucun autre pays” que l’Iran n’est “responsable” de la gestion du détroit, a-t-il martelé. “Toute ingérence dans ce dossier, toute tentative de mettre en place des dispositions nouvelles ou distinctes de celles actuellement mises en œuvre par la République islamique d’Iran ne feront qu’entraîner de nouvelles complications, retarder la réouverture du détroit d’Ormuz et accroître les tensions”, a-t-il averti.
Selon plusieurs analystes, la récente escalade est due “à l’ambiguïté des dispositions du cessez-le-feu”, observe Middle East Eye. La formulation “délibérément large” de l’accord permettrait à Washington comme à Téhéran “d’interpréter différemment certaines dispositions clés et de tenter de modifier la réalité sur le terrain avant la conclusion d’un accord définitif”.
En n’hésitant pas à attaquer les bases américaines dans les pays du Golfe en dépit du cessez-le-feu, l’Iran cherche aussi à “montrer qu’il garde la main”, analyse dans les colonnes du Jerusalem Post Menahem Merhavi, chercheur à l’Institut Harry S. Truman pour la promotion de la paix de l’Université hébraïque de Jérusalem.
En effet, “bien que l’accord offre un coup de pouce économique dont le régime, en difficulté, avait bien besoin, les tenants de la ligne dure perçoivent [le protocole d’accord] comme une concession faite aux puissances occidentales”, explique-t-il.
Pour le chercheur, les attaques contre les pays du Golfe sont une manière pour l’Iran de “porter quelques coups pour montrer qu’il n’est pas vaincu, qu’il n’a pas serré la main des Américains pour rien et qu’il fait toujours preuve d’audace, malgré le protocole d’accord”.
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