ÉMISSION RADIO J. Lundi à 7H05 en direct.
Chronique high-tech de Daniel Rouach dans l’émission d’Ilana Ferhadian.
Bonjour Ilana,
« Italie & Israël : la tech coopère, malgré tout »
L’Italie et Israël sont en froid diplomatique depuis octobre 2023. Pourtant, en coulisses, une autre réalité s’impose : les deux pays continuent de construire ensemble, brique par brique, une coopération technologique solide. Alors, est-ce que la guerre a vraiment tout gelé ?
Pas vraiment. Et la clé pour comprendre ça, c’est de regarder où Giorgia Meloni en est — elle qui s’est d’abord affichée comme la meilleure amie d’Israël en Europe.
1 — LA COOPÉRATION TECH : LES FAITS
Commençons par le concret. En mai 2025, l’Autorité israélienne de l’Innovation a lancé un appel à projets commun italo-israélien, avec des financements bilatéraux dans des domaines très précis : la gestion de l’eau, l’agri-food, l’énergie propre, les biotechs et les technologies médicales.
Deux ans de budget, des partenariats croisés entre entreprises et universités des deux pays.
Mais ce qui est encore plus frappant : la Cassa Depositi e Prestiti, le fonds souverain technologique du gouvernement italien — 4,7 milliards d’euros sous gestion — a commencé à investir directement dans des startups israéliennes. Notamment dans Classiq, une pépite israélienne spécialisée dans le computing quantique, valorisée 400 millions de dollars.
L’objectif affiché : importer l’excellence israélienne pour muscler la compétitivité de l’économie italienne.
Et en janvier 2025, les agences spatiales des deux pays ont signé un accord de coopération pour la mission Beresheet 2 — la deuxième tentative israélienne d’alunissage — avec des instruments scientifiques italiens à bord.
En d’autres termes : côté tech, les ingénieurs et les économistes avancent, quoi qu’il arrive sur la scène diplomatique.
- Recherche et Développement (R&D) : Les gouvernements soutiennent activement l’innovation via des appels à projets conjoints (financés par exemple par l’Autorité israélienne de l’innovation) ciblant les technologies de l’eau, les sciences de la vie et l’agroalimentaire.
- Transfert technologique : Des partenariats institutionnels relient directement les pôles technologiques israéliens (comme Margalit Startup City) à des régions italiennes (telle que le Piémont) pour accélérer le développement des start-ups.
- Enel : Le géant de l’énergie est l’un des plus actifs via son centre d’innovation (Enel Innovation Hub) et son laboratoire d’intelligence artificielle et de robotique basés à Tel Aviv. Il collabore étroitement avec des start-ups israéliennes.
- Eni : La multinationale pétrolière et gazière est présente dans le développement et l’exploration des gisements de gaz offshore en Méditerranée.
- Leonardo : Le géant italien de l’aérospatiale, de la défense et de la sécurité possède des liens étroits et des contrats technologiques avec le complexe militaro-industriel israélien.
- Fincantieri : L’un des plus grands constructeurs navals d’Europe, qui collabore régulièrement sur des projets de défense et d’ingénierie navale.
- Italgas : Actif dans la distribution de gaz et l’intégration des nouvelles technologies dans les infrastructures énergétiques.
2 — MELONI : PRO-ISRAËL… JUSQU’OÙ ?
Mais justement, parlons de Giorgia Meloni. Et là, la trajectoire est intéressante.
Au départ, Giorgia Meloni a été l’une des voix européennes les plus solidaires d’Israël après le 7 octobre. Dès le 21 octobre 2023, elle était à Tel Aviv pour rencontrer Netanyahu, affirmant le droit d’Israël à se défendre et apportant le soutien officiel de Rome. C’était clair, fort, sans ambiguïté.
Berlusconi, lui, avait une réputation historique de soutien inconditionnel à Israël — il se définissait volontiers comme « le meilleur ami d’Israël en Europe ». Giorgia Meloni semblait vouloir reprendre ce flambeau.
Mais la guerre a duré. Et l’Italie a évolué.
Depuis le début de 2025, Giorgia Meloni a commencé à nuancer. En août, elle qualifiait la situation humanitaire à Gaza d' »injustifiable et inacceptable ».
Le 25 septembre, à l’Assemblée Générale de l’ONU, elle a annoncé le soutien de l’Italie à certaines sanctions européennes contre Israël, déclarant que la guerre avait « franchi une ligne ». Une rupture symbolique avec Netanyahu — et avec Trump — très remarquée.
En parallèle, elle a été la cible d’une plainte à la CPI pour « complicité de génocide » déposée par un collectif de juristes italiens pro-palestiniens — une plainte qu’elle a vigoureusement rejetée.
Alors est-ce que Giorgia Meloni est pro-Israël ? La réponse est : oui, mais avec une limite. Elle maintient que le droit à l’autodéfense d’Israël est légitime. Mais elle ne peut plus ignorer l’opinion publique italienne — de plus en plus critique — ni la pression européenne.
La vraie différence avec Silvio Berlusconi : lui était dans l’affect et la conviction personnelle. Elle, c’est davantage un calcul politique qui évolue avec le contexte.
- Soutien diplomatique : En visite officielle en Israël en 2010, il avait déclaré devant la Knesset qu’il rêvait de voir Israël intégrer l’Union européenne. En 2002, il avait déjà proposé qu’Israël devienne membre de l’OTAN
LE PLUS.
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