Les progrès de la fusion permettront-ils à n’importe qui de fabriquer une bombe nucléaire dans son garage?

Présentée comme l’énergie du futur, la fusion nucléaire pourrait aussi offrir un moyen de produire discrètement des matières utilisées dans les armes nucléaires. Des scientifiques proposent déjà des outils de surveillance pour anticiper ce risque.

Produire et maintenir une réaction de fusion stable, capable de fonctionner en continu, implique de maîtriser des conditions extrêmes comparables à celles du Soleil. | Planet Volumes via Unsplash+
Produire et maintenir une réaction de fusion stable, capable de fonctionner en continu, implique de maîtriser des conditions extrêmes comparables à celles du Soleil. 

Les investissements publics et privés affluent actuellement vers la fusion nucléaire, avec l’espoir d’en faire enfin une source d’énergie viable. Malgré des décennies de promesses non tenues, de nombreux acteurs parient aujourd’hui sur une percée imminente, portée par des avancées technologiques récentes et un regain d’intérêt stratégique.

Cependant, les défis restent considérables, rappelle Gizmodo. Produire et maintenir une réaction de fusion stable, capable de fonctionner en continu, implique de maîtriser des conditions extrêmes comparables à celles du Soleil. À ces obstacles techniques s’ajoute désormais une nouvelle préoccupation soulevée par des chercheurs américains: les risques de prolifération nucléaire liés à ces technologies.

Des physiciens de Virginia Tech et du Princeton Plasma Physics Laboratory ont étudié les réacteurs à fusion utilisant le deutérium et le tritium, actuellement parmi les approches les plus prometteuses. Ces systèmes génèrent un flux important de neutrons lors de la fusion des isotopes de l’hydrogène en hélium, une caractéristique essentielle pour produire de l’énergie.

Mais ce flux neutronique pourrait aussi être détourné, et pas forcément par pure curiosité scientifique. Selon les chercheurs, un réacteur à fusion de grande puissance pourrait, en théorie, être utilisé pour produire clandestinement des matières fissiles comme le plutonium-239 ou l’uranium-233. Un tel dispositif pourrait générer plusieurs dizaines de kilogrammes de ces matériaux chaque semaine, une quantité suffisante pour alimenter un programme d’armement nucléaire.

Une surveillance relativement aisée

Face à ce risque, les scientifiques proposent une solution basée sur la détection d’antineutrinos. Ces particules, extrêmement difficiles à détecter, sont émises lors de réactions nucléaires impliquant notamment l’uranium. Leur suivi est déjà utilisé dans certains contextes de recherche et de surveillance nucléaire.

L’idée consiste à utiliser des détecteurs d’antineutrinos pour surveiller le fonctionnement des réacteurs à fusion. En analysant le flux et l’énergie de ces particules, il serait possible de repérer des activités suspectes, comme la production dissimulée de plutonium à partir d’uranium introduit dans le réacteur.

Les simulations montrent qu’un détecteur relativement compact, d’environ une tonne, placé à une vingtaine de mètres du réacteur, pourrait suffire à détecter ces activités illicites. L’un des avantages majeurs de cette méthode est que les antineutrinos ne peuvent ni être bloqués ni falsifiés, ce qui en fait un outil de surveillance particulièrement fiable.

Ces travaux restent pour l’instant théoriques: les réacteurs à fusion commerciaux ne sont pas encore opérationnels à grande échelle, et les scénarios de détournement étudiés ne représentent qu’une partie des risques possibles. D’autres configurations, notamment impliquant le thorium, pourraient compliquer davantage la détection.

La course à la fusion ne doit pas éclipser les enjeux de sécurité et la question de la non-prolifération. Si la fusion promet une énergie «propre» et abondante, elle pourrait aussi introduire de nouveaux défis géopolitiques. Anticiper ces dérives potentielles apparaît désormais essentiel pour encadrer le développement de cette technologie.

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