De Daniel Rouach.
Depuis des mois Jean-Claude Bensoussan, une personnalité exceptionnelle et attachante, me demande d’écrire sur le DEJJ. Au départ je trouvais cela bizarre. Pourquoi revenir des années en arrière et raconter une saga « du temps jadis » ? J’ai pris mon temps. Et je suis certain qu’il a raison. Le DEJJ est unique et a façonné des centaines d’enfants et d’adolescents. L’histoire mérite d’être racontée.
Jean-Claude habite Ashdod, et dans le fracas de la guerre et des roquettes lancées par le Hamas, et à présent par l’Iran et le Hezbollah, j’ai toujours eu une angoisse avant de me rendre dans cette ville, qui a bien changé depuis les années 70. Ma première visite à Ashdod remonte aux années 80. Les habitants de cette ville ont passé de nombreuses heures dans les abris.
Au moment où j’écris ces lignes, nous sommes le vendredi 6 Mars 2026, et il est 19h15, je m’attends à entendre les sirènes d’alertes afin de me réfugier dans mon abri anti-bombes « bien aimé » (je dors depuis le 7 octobre 2023 dans mon abri). Cela n’a pas manqué et durant l’écriture de ce texte une alerte a sonné. Rien de grave… Encore une autre alerte a sonné durant l’écriture de ce texte. Encore une troisième ce soir.
Jean-Claude Bensoussan me demande d’écrire mon histoire au DEJJ. Voilà!
Mon Histoire démarre en 1965, date de mon arrivée avec mes frères David, Raphaël, Robert, Michel à Annecy en Haute-Savoie. Nous étions des rapatriés du Maroc. A cette époque, avec mes quatre frères et ma mère, nous vivions dans un appartement au 5, rue du Pâquier, proche du Lac. Venant du Maroc, mon père nous a rejoint très vite à Annecy et a ouvert un magasin, Rue de Cran. Trois familles vivaient dans le même grand appartement. Une chambre par famille. Une famille par chambre. La crise du logement est partout.
La petite communauté juive d’Annecy nous accompagne dans nos premiers pas dans cette ville superbe. Dans la semaine des activités pour jeunes juifs ont lieu dans un local sous la synagogue. Ce sont les premiers pas du DEJJ dans la ville. Ce mouvement de jeunesse juif est un véritable lieu de rencontres.
Je découvre un mouvement de jeunesse « made in France ». Le DEJJ est un miracle, car dès le départ il est structuré, organisé, et n’est surtout pas dogmatique. Un judaïsme moderne, simple, sans fioritures… C’est là que j’apprends à chanter des chansons israéliennes magnifiques et je découvre les fêtes juives qui sont un vrai bonheur.
Esther, la leader du DEJJ Lyon, est une femme vraiment exceptionnelle. Une gentillesse légendaire. Son mari « Autruche » est formidable. Le couple de pédagogues est unique et adoré par tous. Ils nous aident à construire le DEJJ d’Annecy.
La famille de Rodolphe Moos dirige la communauté d’Annecy avec brio. Environ une centaine de familles bénéficient d’un leadership éclairé. Une sorte de Kibboutz en plein milieu de la Haute-Savoie est là.Le Rabbin est très présent dans la vie communautaire.
En hiver la petite ville est glaciale. Ma mère circule en vélo. Je vais au lycée Berthollet. La rue du Pâquier est connue pour ses belles voutes du moyen-âge. Je fréquente la bibliothèque. Plus de trois livres par semaine. Je dévore la presse. Dans mon souvenir je me souviens d’une sensation : avoir toujours froid aux pieds. J’ai beau porter 3 chaussettes sur moi, j’ai toujours froid.
Très vite le DEJJ nous propose de nous inscrire dans les colonies de vacances. Et sans rien payer. C’est à peine croyable. Une chaine (invisible) de solidarité est mise en place par ce mouvement de jeunesse.
Je suis déjà convaincu que ce mouvement de jeunesse est d’une puissance réelle. Je voyage dans toute la France, et surtout dans le sud. On me propose de devenir moniteur d’enfants. Un vrai rêve car cela me donne la possibilité de visiter des Châteaux de France. Magnifique. Superbe. Grandiose.
J’ai un nouveau nom : « Daninosos ». Je raconte des histoires aux enfants comme un prestidigitateur. Des contes inventés au fur et à mesure, lorsque je réponds aux questions d’enfants. J’ai dans mon sac des dizaines de jeux pour animer les soirées.
Je passe les étapes indispensables pour devenir directeur de camp. Au total j’ai managé plus de 16 colonies de vacances. Une expérience unique. Je dirige des équipes entières de moniteurs, dans certains cas plus de 20 moniteurs. A 19 ans/20 ans je suis déjà expérimenté.
Ma première visite en Israël s’est faite grâce au DEJJ. Cette visite en Israël a été un fiasco complet. A l’arrivée a l’aéroport la sécurité m’oblige à descendre de l’avion. Des questions inquisitrices stupéfiantes.
Aucune envie d’y revenir! Le pays est pauvre, très pauvre. Le DEJJ est mal organisé en Israël. Je découvre le ‘balagan », un véritable foutoir organisationnel. Tout va de travers. Mais au bout du chemin, voir le désert du Neguev et la ville de Jérusalem sont inoubliables.
Le DEJJ a été pour moi une école de la vie. Riches et pauvres se côtoient. Pas de racisme ambiant. Un respect mutuel constant. L’engagement des dirigeants n’est pas superficiel.
Il est certain que ce mouvement de jeunesse a marqué la communauté juive de France en profondeur. Je n’avais pas mesuré l’importance du transfert de connaissances dont j’ai bénéficié.
La base des mouvements de jeunesse juifs, c’est la vie en communauté. Les enfants juifs apprennent à vivre avec les autres et surtout à les respecter. Ils y découvrent des personnes différentes de celles qu’ils côtoient au quotidien ou à l’école juive. C’est aussi une bonne manière d’apprendre à aller vers les autres.
De plus, les enfants se confrontent à d’autres mentalités et parfois, à d’autres milieux. Les enfants apprennent l’estime de soi ou gain de confiance, ils parviennent rapidement à se rendre compte qu’ils sont capables de beaucoup de choses.
Les enfants apprennent aussi à gérer une situation avec ce qu’ils ont en leur possession. C’est aussi l’occasion pour eux d’apprendre de nouvelles choses: faire un feu, créer des structures avec du bois, repérer les éléments comestibles de la nature par exemple.
Le DEJJ n’a jamais été un mouvement de jeunesse juif sans âme et banal. Il est plus que cela : il est un lieu de découverte de l’engagement personnel pour la société dans son ensemble.
LE PLUS.
- Objectif : Éducation, solidarité et transmission de l’identité juive.
- Activités : Colonies de vacances, unités communautaires (REDEF), pionniers, et jeunes actions communautaires.
- Histoire : Fondé en 1963, il a marqué des générations de jeunes.
- Structure : Présent dans plusieurs villes de France comme Marseille, Toulouse et Lyon.
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