Les marchés financiers israéliens scrutent avec attention chaque signal géopolitique. Le déploiement massif de forces américaines au Moyen-Orient, présenté comme une mesure de dissuasion face à l’Iran, relance les interrogations sur l’évolution du marché des capitaux en Israël et sur le taux de change entre l’euro et le shekel. Certains experts évoquent désormais des scénarios extrêmes, allant jusqu’à une appréciation spectaculaire de la monnaie israélienne.
Selon le professeur Leo Leiderman, ancien directeur du département de recherche de la Banque d’Israël, un événement unique pourrait bouleverser totalement les équilibres actuels : l’effondrement du régime iranien. Dans cette hypothèse, explique-t-il, des flux massifs de capitaux étrangers afflueraient vers Israël, entraînant une chute rapide de la prime de risque, une forte hausse des marchés financiers et un renforcement marqué du shekel. Dans un tel contexte, le taux de change pourrait, selon lui, descendre jusqu’à 2 shekels pour un euro.
Une telle projection peut surprendre, d’autant que le shekel se situe déjà à des niveaux historiquement élevés. Actuellement, un euro s’échange autour de 3,70 shekels, après avoir connu de fortes fluctuations ces derniers mois. Des modèles économiques antérieurs, fondés notamment sur la corrélation entre les marchés boursiers internationaux et la devise israélienne, laissaient déjà entrevoir une poursuite de cette tendance haussière. Pour Leiderman, il n’existe toutefois aucun seuil intangible : ce que les marchés considéraient hier comme une limite infranchissable peut rapidement être dépassé si les fondamentaux changent brutalement.
Un autre scénario, jugé tout aussi favorable par certains analystes, serait l’adhésion de l’Arabie saoudite aux accords d’Abraham. Une telle évolution réduirait significativement les risques géopolitiques régionaux et renforcerait la perception d’Israël comme pôle de stabilité économique. Là encore, les investissements financiers et industriels pourraient s’intensifier, soutenant davantage le shekel face à l’euro.
Un retour aux négociations sur le nucléaire iranien sans confrontation militaire majeure serait perçu comme un scénario intermédiaire. La tension régionale diminuerait légèrement, mais sans provoquer de bouleversement significatif sur le marché des changes. Le taux euro-shekel resterait alors relativement stable.
Pour Itai Lipkovich, fondateur de Horizon Capital Markets, le scénario le plus défavorable serait celui de l’inaction prolongée. Une situation où l’Iran continuerait à renforcer ses capacités militaires sans affrontement direct maintiendrait une incertitude durable, intégrée par les marchés dans leurs valorisations. À l’opposé, une guerre courte et ciblée pourrait paradoxalement être interprétée comme une réduction du risque à moyen terme, avec un effet globalement positif, bien que limité, sur le shekel.
Enfin, une guerre longue et élargie, impliquant les alliés régionaux de l’Iran, constituerait le scénario le plus pessimiste. Une telle évolution pèserait sur la croissance, augmenterait l’aversion au risque et pourrait entraîner une dépréciation du shekel face à l’euro. L’histoire récente rappelle toutefois que les marchés israéliens ont déjà surpris : lors d’un précédent conflit majeur, la Bourse de Tel-Aviv avait progressé dès les premiers jours, déjouant la plupart des prévisions.
Avec un taux avoisinant déjà 3,7 shekels pour un euro, le coût de la vie en Israël apparaît sensiblement plus élevé qu’en France pour de nombreux biens et services du quotidien. Logement, alimentation, transports ou encore services courants pèsent davantage sur les budgets lorsque les revenus sont libellés en euros. Dans l’hypothèse d’un renforcement supplémentaire du shekel, cet écart se creuserait encore. Une telle évolution rendrait le niveau de vie particulièrement difficile pour une large partie de la population dépendant de revenus européens, notamment de nombreux Français percevant leurs salaires, pensions ou retraites en euros, et accentuerait les tensions sociales liées au pouvoir d’achat.
Une certitude demeure : la liquidité du marché israélien reste élevée et l’éventail des scénarios possibles, exceptionnellement large.
Jérémie de Jforum.fr
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