CREDIT AGRICOLE. COM Malgré une résilience assez remarquable de l’économie israélienne, deux années de guerre auront montré que l’intensification du risque sécuritaire, mais aussi certains seuils de conflictualité qui impliquent, notamment, une large mobilisation des réservistes, ont un impact direct sur la croissance, ainsi que sur les finances publiques, et leurs trajectoires. Pourtant, il semble pertinent de ne pas oublier, au-delà de la guerre, que l’économie israélienne fait face à des problématiques structurelles de longue date. Or, si elles sont laissées trop longtemps de côté, elles représenteront un véritable risque pour la trajectoire économique du pays, d’autant que les conflits ont tendance à les renforcer. C’est toute la problématique de la gestion de la temporalité, car la guerre raccourcit l’horizon des politiques publiques. Pour aborder cela, il faudra considérer que l’économie israélienne a certaines caractéristiques d’une économie de rente, mais dont la matière première – un peu particulière – est sa main-d’œuvre qualifiée. Et l’exercice du diagnostic pays ne peut, en réalité, se faire en dehors de ce prisme d’analyse. Quelles sont alors, dans ce contexte, les problématiques structurelles qui inquiètent la trajectoire à long terme de l’économie ?
La rente de la tech, une spécificité locale
Un marché du travail cloisonné limite la disponibilité de la main-d’œuvre et la diffusion des gains d’innovation
La question de l’éducation, facteur de production essentiel de la tech
Immigration – La problématique de la « rente mobile »
Notre opinion
L’économie israélienne fait face à des contraintes structurelles de longue date qui remettent en cause son modèle de croissance à long terme. Malgré l’incertitude liée au contexte de conflits et de tensions régionales, qui a tendance à raccourcir l’horizon des politiques publiques, ces contraintes structurelles ne peuvent être négligées trop longtemps, en particulier car les conflits les renforcent. En effet, la structure économique d’Israël présente des caractéristiques d’une économie de rente. Notamment une très forte dépendance – du PIB, des exportations et des revenus budgétaires – au secteur de la tech, qui, à l’encontre des théories de la croissance endogène classiques, a en réalité plutôt empêché la diversification et la montée en gamme des autres secteurs, laissant une structure d’économie duale, sans diffusion (ni verticale, ni horizontale) des gains de l’innovation. Cela s’explique par des rigidités institutionnelles : un marché du travail très segmenté qui exclut des pans entiers de la population (notamment les hommes haredim et les femmes arabes israéliennes), et de grandes disparités en termes de qualité d’éducation, et de leur adaptabilité au monde de la tech.
Le paradoxe est que la rente technologique, bien qu’à l’origine d’une concentration et d’une dépendance de l’économie comparable à des rentes d’extraction, est en réalité beaucoup plus fragile. D’abord, car la situation de monopole qui permet la rente tient à des avances d’innovation temporaires qui nécessitent un investissement constant dans la R&D, et de maintenir les entrées de capitaux de la « start-up nation ». Ensuite, car la rente est mobile (contrairement à celle issue d’un sous-sol immobilisé), et donc sensible à la fuite des cerveaux et des capitaux. Précisément, la théorie économique prévoit que la mobilité de la rente empêche les institutions d’installer les mécanismes néfastes associés à la « malédiction des ressources », car sinon la rente fuirait le pays. La contrepartie est que certains chocs – notamment sécuritaires, ou des tensions politiques internes – peuvent la mettre en danger. C’est ce que l’on observe déjà avec la fuite des cerveaux depuis 2023. Enfin, ces risques sont aggravés par les tendances démographiques, qui ne sont pas homogènes suivant les différents segments de population. Cela signifie que résoudre les problématiques d’exclusion sera essentiel à la pérennité de la rente à moyen-long terme.
En somme, évolutions démographiques, chocs sécuritaires et conflits, ou polarisation politique interne sont autant de menaces pour la pérennité du moteur de croissance, qui, s’il s’affaiblit, risquerait de révéler les dangers (socio-économiques) d’une économie à deux vitesses.
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