Toujours plus stratégique

« L’Iran est en train de perdre le contrôle du détroit d’Ormuz »

ENTRETIEN. L’analyste pétrolier Samir Madani explique comment les États-Unis ont discrètement réussi à relancer le trafic pétrolier au nez et à la barbe de Téhéran.
Armin Arefi

Propos recueillis par Armin Arefi

March 31, 2026, Strait Of Hormuz, International Waters: Satellite view of the narrow Strait of Hormuz between the Persian Gulf and the Gulf of Oman, separating Iran, above, and the Arabian Peninsula, below, December 2, 2020, in Earth Orbit. Only about 21 miles (34 km) wide at the narrowest point and roughly 96 miles (155 km) long, about thirty percent of the world’s seaborne oil and nearly one-quarter of the liquified natural gas supply passes through this strait. (Credit Image:  Modis Team/Nasa Gsfc/Planet Pix via ZUMA Press Wire)/20260331_zaa_p138_047/ZEUS/2603312118

L’affrontement entre les États-Unis et l’Iran a désormais pour théâtre le détroit d’Ormuz. En dépit de la signature, le 17 juin, d’un protocole d’accord entre Washington et Téhéran, censé permettre la réouverture de l’étroit corridor maritime, par lequel transitaient 20 % des hydrocarbures mondiaux avant le début de la guerre, des navires commerciaux sont régulièrement pris pour cible par les gardiens de la révolution islamique.

Téhéran estime que ces embarcations, sous protection américaine, violent l’accord en empruntant une voie maritime longeant les côtes omanaises, échappant donc au contrôle iranien. Au contraire, Washington estime que la République islamique, en portant atteinte à la libre circulation maritime dans le détroit, contrevient à ses engagements et a chargé l’armée américaine de rétablir le blocus des ports iraniens, empêchant l’Iran d’exporter son pétrole.

Cofondateur du site TankerTrackers.com, un site de suivi du trafic pétrolier mondial combinant système d’identification automatique, images satellites et renseignement en source ouverte, Samir Madani s’est spécialisé au fil des années dans la traque des pétroliers clandestins coupant volontairement leur transpondeur pour échapper aux autorités. Aujourd’hui analyste du marché pétrolier et du transport maritime, cet expert suédois basé à Stockholm garde les yeux rivés sur les navires entrant et sortant discrètement du détroit d’Ormuz, sous la menace de nouvelles frappes iraniennes.

Le Point : Quelle est aujourd’hui la situation dans le détroit d’Ormuz ?

Samir Madani : Je ne veux pas accorder trop d’importance au détroit d’Ormuz, parce que le problème, à l’heure actuelle, c’est que l’ensemble du paysage pétrolier de la région est en train de connaître un bouleversement majeur. Des changements sont en cours sur le terrain. Le pétrole est donc en train d’être détourné du détroit d’Ormuz.

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