la région du Proche et Moyen-Orient peut tirer profit des transformations économiques portées par l’intelligence artificielle (IA). La Banque mondiale (From Divide to Opportunity : AI, Jobs, and Growth, octobre 2026) comme le FMI (Resilience under Pressure : Weathering the Shocks and Navigating Uncertainty, octobre 2026) ont abordé cette question dans deux analyses récentes, illustrant à la fois le potentiel de productivité et de création de valeur que représente l’IA pour ces pays confrontés à des contraintes d’investissement et d’emploi, et les obstacles qui subsistent à son plein déploiement.
Alors que la région traverse une période de conflits et de ralentissement économique, l’IA peut constituer un relais et une nouvelle source de croissance. Pour des pays comme l’Égypte, la Jordanie, l’Irak, le Liban et la Syrie, confrontés à des difficultés en termes de productivité, d’investissement et d’emploi, l’enjeu est particulièrement important : l’IA peut permettre de produire davantage avec les ressources humaines existantes. La Banque mondiale estime ainsi que l’IA pourrait améliorer la productivité dans une proportion pouvant aller jusqu’à 20 % des emplois de la région (incluant certes les pays d’Afrique du Nord). Les gains en croissance (productivité globale des facteurs) dépendent étroitement du niveau de préparation des pays selon le FMI, dépassant d’1 à 3 points de PIB réel sur dix ans les estimations des scénarios de base sans choc économique majeur.
Le risque de destruction massive d’emplois apparaît relativement limité dans la zone, estimé à moins de 10 % pour la Banque mondiale. L’IA générative menace davantage les emplois dans les économies développées, où les activités professionnelles sont plus facilement automatisables. Dans les économies à revenu faible ou intermédiaire, l’enjeu principal est plutôt l’augmentation des capacités des travailleurs, ce qui rejoint les conclusions du World Development Report de 2026. Toutefois, le FMI note qu’au niveau mondial, l’IA pourrait conduire à une demande globale moins forte et une baisse des prix du pétrole, impactant négativement les pays de la zone qui en exportent (Iran, Irak, et dans une moindre mesure Syrie).
Les écarts entre pays de la région en termes d’IA sont significatifs.Israël est le seul à être capable de développer des modèles d’IA et des capacités de calcul à haute performance. L’Égypte et la Jordanie, en tant que pays à revenus intermédiaires, disposent des talents techniques et des écosystèmes numériques en croissance, mais aussi des retards en termes de préparation. Le Liban, la Syrie, la Palestine et l’Irak pourraient utiliser l’IA pour réduire les pénuries et catalyser la production, mais leurs contraintes physiques (électricité intermittente, faible connectivité et capacité institutionnelle limitée) en restreignent le potentiel. L’Iran, au réservoir important de compétences scientifiques et technologiques, fait face à la contrainte d’une intégration de plus en plus réduite aux écosystème internationaux de technologie. Si tous les pays de la zone (sauf la Syrie) ont développé une stratégie nationale sur l’IA, la qualité est inégale et le document n’est parfois pas rendu public.
Pour assurer le plein potentiel de l’IA, trois obstacles doivent être surmontés pour les pays de la région. Il s’agit d’abord de réduire le fossé dans le domaine de la localisation en prenant en compte la diversité linguistique ainsi que les cadres juridiques locaux, car les modèles d’IA, même les plus sophistiqués, présentent des lacunes en arabe dialectal et en compréhension du contexte local : la plateforme de placement JobMatch.ps n’a ainsi pas pu prospérer en Palestine car elle ne reflétait pas les structures et dynamiques professionnelles du territoire. Il s’agit ensuite d’améliorer l’accès à l’IA et son utilisation effective : en Jordanie, moins de 5 % des entreprises qui utilisent l’IA le font pour améliorer les processus de production ou les systèmes de prise de décision, se concentrant plutôt sur la génération d’images. Enfin, le capital humain et les infrastructures doivent être orientés vers l’IA, prenant en compte le coût, la nécessité de fonctionner sur des appareils basiques ou l’alimentation électrique intermittente. Une voie de progrès majeur selon la Banque mondiale serait d’appuyer la collaboration régionale, en particulier entre les pays de la zone et ceux du Golfe (Arabie saoudite et Émirats arabes unis), aux écosystèmes d’IA les plus avancés.
AMBASSADE FRANCE. SERVICES ECONOMIQUES.
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