La Cour suprême israélienne, siégeant en tant que Haute Cour de justice, a annulé à l’unanimité la décision du gouvernement de fermer Galei Tsahal, la radio de l’armée israélienne.
Les trois juges ont estimé que la décision reposait sur un motif étranger et illégitime : l’insatisfaction des responsables politiques à l’égard de contenus diffusés par la station, jugés contraires à leurs positions.
La Cour souligne également que le gouvernement n’a pas apporté d’éléments permettant de démontrer le contraire après l’émission d’une ordonnance conditionnelle.
Le gouvernement de Benyamin Netanyahou avait voté en faveur de la fermeture de la station de radio militaire Galei Tsahal, malgré l’opposition de la conseillère juridique du gouvernement qui craint une « ingérence politique » dans l’audiovisuel public et « atteinte à la liberté » de la presse.
Galei Tsahal, fondée en 1950, est une radio généraliste réputée pour ses programmes d’information de référence, suivis pendant des décennies, même par les journalistes étrangers. Selon les derniers baromètres, c’est la troisième station la plus écoutée d’Israël avec un taux d’audience de 17,7 %.
En Israël, la radio de l’armée, Tsahal, n’est pas qu’un média parmi d’autres : elle est avant tout une vraie institution pour la société entière. Ses journalistes, souvent issus du service militaire, ont incarné pendant des décennies une voix paradoxale, à la fois patriotique au regard des missions de l’armée mais aussi un contre-pouvoir critique. La radio était écoutée aussi bien dans les kibboutz gauchisants que dans les bureaux ministériels ou ceux des décideurs économiques.
Mais ces dernières années, la radio a été accusée d’avoir politisé son antenne et a provoqué de vifs débats. La droite israélienne dénonçait depuis un moment une « dérive idéologique », accusant la station de relayer des positions trop proches des milieux de gauche. La gauche, elle, y voyait l’un des derniers espaces médiatiques indépendants.
« Il existe depuis longtemps des propositions récurrentes pour sortir Galei Tsahal du cadre militaire, l’abolir ou la privatiser. Je dois dire que je suis ouvert à toutes ces propositions, car je crois à la concurrence », avait dit Netanyahou.
La conseillère juridique du gouvernement Gali Baharav-Miara avait estimé que cette décision « soulève des inquiétudes quant à une possible ingérence politique dans la diffusion publique et suscite des questions concernant une atteinte à la liberté d’expression et de la presse ».
Son bureau avait indiqué que pour décider d’une fermeture de cette station, il faut un vote au Parlement. La décision du gouvernement « ne respecte pas les critères juridiques requis et ne peut être promue en l’état », selon un document de 34 pages préparé par le bureau. Le ministre de la Défense avait justifié sa décision en expliquant que Galei Tsahal « diffuse des contenus politiques et clivants, non conformes aux valeurs » de l’armée.
Le chef de l’opposition Yaïr Lapid avait dénoncé sur X cette fermeture, affirmant qu’elle « fait partie de la démarche du gouvernement visant à supprimer la liberté d’expression en Israël en période électorale ». « Ils n’arrivent pas à contrôler la réalité, alors ils essaient de contrôler les esprits », avait ajouté Lapid.
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