Paris veut revenir dans le jeu libanais au moment où Washington a repris la main. L’accord Israël-Liban a été signé à Washington, sous médiation américaine, et la déclaration française arrive juste après pour dire : la France n’est pas absente, elle a encore un rôle, elle connaît le Liban, elle est présente dans la FINUL, et elle veut participer à l’après-accord. Le Quai d’Orsay dit explicitement que l’accord doit ouvrir la voie au “recouvrement total de la souveraineté libanaise” et que la France est prête à contribuer à sa mise en œuvre.

Mais, c’est précisément là que se trouve la contradiction française. Comment aider à restaurer la souveraineté libanaise sans mentionner explicitement l’obstacle principal à cette souveraineté ? L’accord semble reposer sur une équation simple : retrait progressif israélien contre reprise du contrôle par l’État libanais, donc, directement ou indirectement, désarmement ou neutralisation du Hezbollah au Sud-Liban. Plusieurs lectures de l’accord indiquent que le dossier central est bien le désarmement du Hezbollah et le déploiement renforcé de l’armée libanaise.

La France reste prisonnière d’une vieille doctrine : parler à tous au Liban, préserver des canaux avec toutes les forces politiques, éviter de provoquer l’effondrement institutionnel libanais. Cette doctrine peut être comprise dans un sens diplomatique. Mais, elle produit une faiblesse : Paris parle de souveraineté libanaise, mais hésite à désigner le Hezbollah comme l’acteur qui limite cette souveraineté. L’Union européenne distingue encore la branche militaire du Hezbollah de sa branche politique, une distinction que beaucoup jugent artificielle, mais que Paris a longtemps défendue au nom du réalisme et de l’influence.

Donc oui, on peut lire cette phrase française comme une volonté de rester « sur la photo ». Non pas seulement par vanité diplomatique, mais parce que la France ne veut pas être marginalisée dans un dossier où elle estime avoir une légitimité historique : le Liban, la FINUL, l’armée libanaise, la francophonie, les réseaux politiques et humanitaires. Mais, le problème est que la photo a changé : aujourd’hui, le centre de gravité n’est plus seulement Beyrouth ou Paris, mais Washington, Israël, le Hezbollah et l’Iran.

Le paradoxe français est donc très clair : Paris veut accompagner la souveraineté libanaise, mais sans assumer totalement le rapport de force nécessaire pour la restaurer. Or, si le Hezbollah refuse le désarmement, l’accord risque de rester un texte diplomatique sans traduction sur le terrain. Reuters rapporte déjà que certains analystes craignent que l’accord n’installe un blocage durable : Israël conditionnerait son retrait à l’affaiblissement du Hezbollah, tandis que l’État libanais n’aurait pas forcément la capacité politique et militaire d’imposer cette condition.

La France veut être garante d’un accord dont elle n’ose pas toujours nommer l’obstacle principal. Elle veut défendre la souveraineté du Liban, mais continue à traiter le Hezbollah comme une réalité politique plus que comme une force qui confisque une partie de cette souveraineté. C’est toute l’ambiguïté française : rester dans le jeu, rester utile, rester sur la photo, mais sans aller jusqu’au bout du diagnostic.

à propos de l’auteur
Gilles Touboul est un analyste géopolitique passionné et un ancien trader spécialisé sur les marchés asiatiques et moyen-orientaux. Longue expérience en salle de marché, il conjugue rigueur financière et compréhension des dynamiques géopolitiques. Observateur des bouleversements internationaux, il intervient régulièrement sur des sujets liés aux conflits, aux relations internationales et à l’impact de la géopolitique sur l’économie mondiale. Diplômé des langues orientales, et en relations internationales, il vit en Israël.

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