Coupe du monde 2026 : comment expliquer la soudaine chute des prix des tickets ?
À quatre jours du début du mondial le plus cher de l’histoire, des milliers de billets attendent de trouver preneurs. Dos au mur, les revendeurs revoient leurs prétentions à la baisse. Et certains soupçonnent même la Fifa de casser les prix de manière détournée.
“Tous les matches sont complets”, jurait Gianni Infantino au mois de février. “Nous conservons bien sûr certains billets pour des ventes de dernière minute, mais tous les matches sont complets”, insistait le président de la Fifa dans la foulée.
À quatre jours de l’ouverture de la Coupe du monde de football le 11 juin, pourtant, un constat s’impose : des milliers de tickets n’ont toujours pas trouvé preneurs. “Comme beaucoup de choses à propos de cette compétition, la vérité est bien différente de ce qu’on nous dit”, s’agace la BBC.
Au 1er juin, 74 000 places étaient encore disponibles pour 86 des 104 matches du tournoi, indique le site du média public britannique. Assez pour permettre à tous les habitants d’Ajaccio, de Saint-Nazaire ou de Fort-de-France, par exemple, d’assister au tournoi. “Il reste même 500 billets pour la rencontre inaugurale entre le Mexique et l’Afrique du Sud – bien qu’il vous faille débourser près de 2 000 euros pour en obtenir un”, observe la BBC.
Tolérance épuisée
Le prix… C’est bien le nœud du problème. “L’édition 2026 en Amérique du Nord sera la Coupe du monde la plus chère de l’histoire, rappelle le journal londonien The Times. Dans chaque catégorie, pour chaque match, les prix sont presque deux fois supérieurs à ceux pratiqués au Qatar en 2022.” La Fifa a-t-elle été (beaucoup) trop gourmande, au point d’épuiser la tolérance des fans et, donc, d’offrir à des milliards de téléspectateurs un décor de tribunes clairsemées ? Sans doute, juge le média américain Forbes. “Mais le coup porté à l’image de la compétition sera probablement négligeable.”
“Les grosses affiches se joueront à guichets fermés, et ce sont ces moments qui marqueront l’imaginaire collectif, pas les potentiels sièges vides de Cap Vert-Arabie saoudite.”
N’empêche : ces piles de billets invendus pourraient favoriser les “bonnes affaires” de dernière minute. En vertu de l’implacable loi de l’offre et de la demande, les prix ont chuté d’environ un quart en moyenne sur les sites de revente, ces dernières semaines. “Les tickets les moins chers coûtent désormais moins de 600 dollars contre 736 dollars le 9 avril”, indique The Times.
Et certains anticipent une baisse encore plus importante. Interrogé par le journal britannique, le créateur de TicketData, une plateforme qui permet aux fans de suivre le cours des prix sur le marché de la revente, compte attendre le tout dernier moment. “Keith Pagallo a tout ficelé pour se rendre à Australie-Etats-Unis, dans la ville de Seattle. Avion et hôtels sont réservés, ne manque plus que le billet. Quelle marge se laisse-t-il ? Sa réponse : ‘Jusqu’à une heure avant le coup d’envoi’.”
Lancé par cet habitant de l’Ohio l’année dernière, le site enregistre une fréquentation trois fois plus importante qu’au moment du SuperBowl 2025, événement phare du calendrier sportif outre-Atlantique. “Les supporteurs en colère cherchent par tous les moyens à déjouer le système”, souligne The Times.
Pour ces fans déterminés à encourager leur équipe en Amérique du Nord, “le marché risque d’être tributaire de plusieurs facteurs peu communs dans les jours à venir”, prévient Forbes. L’incertitude règne en particulier au sujet des fameuses ventes de dernière minute dont parlait Gianni Infantino en février. Personne ne sait vraiment combien de billets la Fifa a conservés en soute.
“La baisse des prix à laquelle nous assistons est peut-être alimentée par une attente de vagues de vente supplémentaires sur le site officiel. Si ces billets venaient à ne pas exister, les prix repartiront probablement à la hausse sur le marché secondaire.”
Des mouvements étranges ont d’ailleurs été relevés sur le site de la Fifa ces derniers jours. Le 30 mai, un économiste de l’Université de Boston, Florian Ederer, a identifié un afflux de billets inhabituel sur le site de revente SeatGeek… juste après le retrait de 40 000 tickets de la billetterie officielle. Au passage, la valeur des places avait chuté de deux tiers.
Enquête ouverte
“La Fifa continue de proposer des prix trop élevés, mais refuse de l’admettre et préfère écouler ses stocks via des plateformes tierces”, dénonce le chercheur, sur la plateforme X.
L’existence d’un accord secret, niée par SeatGeek, pourrait figurer dans le périmètre d’une enquête ouverte début mai par les parquets du New Jersey et de New York à propos de la politique tarifaire de la Fifa, avance The Times. “La Fifa ne peut pas se permettre de baisser ses prix officiels, ce qui l’exposerait aux réclamations des personnes qui avaient acheté leurs billets au prix fort.”

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