Les actifs iraniens placés à l’étranger sont considérables, mais sont très difficiles à récupérer par l’Occident et peut-être par les Iraniens eux-mêmes. Atlantico(copyrights)

Pour l’Occident, l’idée de récupérer les actifs iraniens à l’étranger permettrait d’ car celles-ci, confrontées à un blocus commercial, vont avoir besoin de leurs réserves. L’ensemble de la finance internationale est à la recherche de ces trésors et des moyens de mettre la main dessus.

Depuis le début de la guerre, les plus grandes banques mondiales comme Goldman Sachs, Bank of America, JP Morgan ou Morgan Stanley, ajoutées aux institutions financières du Luxembourg, ainsi qu’aux organisations internationales (FMI et Banque mondiale), sont à la recherche des fonds iraniens placés à l’étranger. Les organes d’information, notamment Reuters, le Financial Times, le Wall Street Journal et Bloomberg, reconnaissent qu’il est très difficile d’y voir clair, car le système est opaque et mélange l’État, les fondations religieuses, les réseaux des gardiens de la révolution et les fortunes privées. Ils reconnaissent toutefois qu’il est possible de dégager des ordres de grandeur crédibles, dont la presse financière internationale fait état.

1er point :

Les actifs iraniens placés à l’étranger sont considérables, mais sont très difficiles à récupérer par l’Occident et peut-être par les Iraniens eux-mêmes

Pour l’Occident, l’idée de récupérer les actifs iraniens à l’étranger permettrait d’asphyxier Téhéran et ses élites, car celles-ci, confrontées à un blocus commercial, vont avoir besoin de leurs réserves. L’ensemble de la finance internationale est à la recherche de ces trésors et des moyens de mettre la main dessus.

 

Depuis le début de la guerre, les plus grandes banques mondiales comme Goldman Sachs, Bank of America, JP Morgan ou Morgan Stanley, ajoutées aux institutions financières du Luxembourg, ainsi qu’aux organisations internationales (FMI et Banque mondiale), sont à la recherche des fonds iraniens placés à l’étranger. Les organes d’information, notamment Reuters, le Financial Times, le Wall Street Journal et Bloomberg, reconnaissent qu’il est très difficile d’y voir clair, car le système est opaque et mélange l’État, les fondations religieuses, les réseaux des gardiens de la révolution et les fortunes privées. Ils reconnaissent toutefois qu’il est possible de dégager des ordres de grandeur crédibles, dont la presse financière internationale fait état.

1er point : L’État iranien et les réseaux qui lui sont attachés ont placé entre 100 et 120 milliards de dollars à l’étranger, essentiellement en Chine, en Corée du Sud, en Irak et au Japon. Le Luxembourg gère également certains comptes iraniens. Ces pays sont les principaux clients du pétrole iranien. En temps normal, ils conservent une partie des paiements liés aux ventes d’hydrocarbures. Le total de ces comptes clients serait d’environ 50 milliards de dollars.

2e point : Les entreprises industrielles, du bâtiment, des équipements et des télécommunications, qui opèrent à la fois en interne et à l’international, s’appuient sur un réseau financier international. Le conglomérat Setad, par exemple – le plus important – très lié au Guide suprême et à sa famille, disposerait d’une trésorerie placée à l’étranger d’environ 95 milliards de dollars, afin de garantir ses actifs et ses marchés. À côté de Setad, il existerait un système parallèle de paiement, géré par des fondations religieuses et les gardiens de la révolution, estimé à environ 100 milliards de dollars, soit une part non négligeable du PIB.

3e point : Les avoirs strictement privés sont plus difficiles à identifier et à localiser. Toutefois, la presse financière rapporte que l’empire d’Ali Khamenei, le Guide suprême, atteindrait environ 95 milliards de dollars via Setad. Khamenei aurait en cash, environ 3 milliards de dollars bloqués à l’étranger, mais la plupart des membres de l’élite iranienne auraient réussi à mettre à l’abri entre 200 millions et 2 ou 3 milliards chacun.

À noter que ces fortunes sont rarement détenues en nom propre, contrairement à celles des oligarques russes.

Aujourd’hui, une grande partie de ces fortunes est placée dans l’immobilier, notamment en Iran. Elles ont d’ailleurs été constituées à l’origine après la saisie et la confiscation des biens de l’ancien régime du Shah. Mais plus de la moitié serait désormais investie à Dubaï : villas (notamment sur les célèbres îles artificielles), appartements de luxe, hôtels haut de gamme et centres commerciaux. Une partie de cet immobilier aurait servi au blanchiment d’argent. Les Iraniens fortunés ont également beaucoup investi à Londres et à New York.

À côté de cet immobilier de luxe, les Iraniens ont ouvert de nombreux comptes bancaires offshore (Jersey, entre autres). Comme les Saoudiens, mais souvent via des prête-noms, ils ont aussi investi dans les banques, les télécommunications, l’énergie, ainsi que dans l’or et les diamants. Cependant, il est difficile d’être plus précis à ce stade, car ces fonds sont dissimulés à travers des sociétés écrans, des holdings et des plateformes de trading de matières premières.

Les zones de placement sont mieux connues. La plus importante reste le Moyen-Orient, notamment les Émirats arabes unis et Dubaï, ce qui explique la colère de certains dirigeants locaux, qui estiment avoir été attaqués par ceux-là mêmes à qui leurs avaient confié leurs fonds.

Ce système reste extrêmement opaque : il s’agit d’un système hybride où les frontières entre État, corruption et détournement de fonds sont floues. Cela rend l’identification des comptes très difficile et les opérations de récupération extrêmement complexes, voire impossibles.

Certaines institutions internationales ont tenté de saisir des comptes qu’elles pensaient privés, mais qui se sont révélés appartenir à l’État. Or, le droit international ne permet pas à un État de s’approprier les avoirs d’un autre État : il peut les geler, en bloquer l’usage, voire saisir les revenus générés, mais pas le capital lui-même sans s’exposer à être accusé d’acte de guerre.

La guerre en Ukraine aurait pu servir de précédent pour s’approprier les avoirs russes, mais l’Union européenne et la plupart des États y ont renoncé, par crainte de représailles et de procédures juridiques complexes. Ils se sont limités à geler les avoirs et à confisquer les revenus.

Lorsque la France a entrepris de récupérer des biens immobiliers acquis sur son territoire par des chefs d’État étrangers, elle a dû prouver formellement qu’ils avaient été acquis illégalement, avec de l’argent détourné ou illicite. Dans ce contexte, reproduire une telle opération sur les actifs iraniens semble aujourd’hui irréalisable.

À noter enfin que les autorités iraniennes elles-mêmes cherchent à récupérer ces fonds, d’autant plus que leurs revenus pétroliers diminuent. C’est pourquoi elles demandent, en contrepartie d’un accord de paix, une levée des sanctions – afin de reprendre le commerce – ainsi qu’un accès au système SWIFT, pour pouvoir récupérer leurs avoirs.

Jean-Marc Sylvestre image

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