L’emprise de l’Iran sur le détroit d’Ormuz plonge l’économie mondiale dans la tourmente, mais Israël, en guerre contre Téhéran au côté des États-Unis, apparaît comme une rare exception.
Depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient le 28 février, les économies, de l’Asie à l’Europe en passant par les États-Unis, subissent de fortes pressions, la flambée des prix du pétrole faisant grimper les coûts du carburant et de l’électricité à l’échelle mondiale.
Mais Israël semble jusqu’à présent traverser ces bouleversements sans en subir les effets.
L’explication se trouve sous la mer Méditerranée, explique Gabriel Mitchell, analyste en sécurité énergétique et chercheur invité au German Marshall Fund.
« La découverte de gaz naturel offshore a permis à Israël de se retrouver dans une situation où il ne ressent pas la pression économique sur le plan énergétique comme d’autres pays », dit M. Mitchell à l’Agence France-Presse (AFP).
La découverte puis la mise en exploitation, graduellement à partir de la décennie 2010, de vastes réserves de gaz naturel en mer ont en effet radicalement changé l’équation énergétique d’Israël.
Trois gisements sous-marins représentent désormais environ 70 % de la production électrique du pays, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), conférant à Israël un niveau d’indépendance énergétique envié par de nombreuses nations.
Au début de la guerre, Israël a cependant ordonné la suspension des opérations sur deux de ces trois gisements par précaution face au risque de frappes de missiles : Leviathan, dont la production est principalement exportée vers l’Égypte et la Jordanie, et Karish.
Visé par des frappes et en état d’alerte permanent, Israël résiste pourtant sur le front énergétique. Un paradoxe qui s’explique par son indépendance gazière et une économie de guerre qui tourne à plein régime.
« Israël peut se passer d’exporter du gaz naturel à ses voisins. Il peut temporairement se passer du champ de Karish. Mais du point de vue de la sécurité nationale, Tamar est vital », souligne M. Mitchell.
Pour compenser l’arrêt de Leviathan et Karish, Israël produit actuellement davantage d’électricité à partir de ses centrales au charbon (en phase de conversion au gaz), selon M. Mor.
Mais le recours à ce combustible revenant plus cher que le gaz naturel, les consommateurs pourraient voir leur facture d’électricité augmenter après la prochaine révision tarifaire, prévue en juin.
Si la Turquie et l’Azerbaïdjan ont accusé l’Iran d’avoir tiré des missiles ou lancé des drones vers leur territoire, des attaques directes contre les oléoducs restent peu probables, selon M. Mitchell, pour qui « ce type d’action dépasse quelque peu les capacités de l’Iran ».
La principale raffinerie du pays, Bazan, située dans la ville portuaire de Haïfa (nord), a été touchée à plusieurs reprises par des projectiles. Mais elle reste largement opérationnelle.
Cette installation joue un rôle crucial, notamment pour la production du carburant utilisé lors des missions de frappe à longue distance de l’armée de l’Air israélienne.
« Un aller-retour entre Israël et Téhéran consomme entre 10 et 12 tonnes de kérosène, selon le type d’appareil […] soit l’équivalent de la consommation d’une voiture familiale sur 10 à 20 ans », précise Amit Mor.
Pour les voisins d’Israël dépendants du gaz, la situation est plus préoccupante : la Jordanie et l’Égypte dépendent en grande partie des importations de carburant du Golfe ainsi que du gaz provenant de Leviathan.
Selon certains médias israéliens, Amman et Le Caire ont demandé à Israël de reprendre ses exportations mais se sont heurtés à un refus, l’État hébreu privilégiant sa propre sécurité énergétique en temps de guerre au détriment de ses engagements régionaux.
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