Lors d’une intervention consacrée aux enjeux de la guerre informationnelle, la chercheuse Jeanne Bloch a mis en garde contre le rôle croissant de Wikipedia dans la formation du récit international autour d’Israël et du Moyen-Orient. Selon elle, l’encyclopédie participative est devenue un terrain stratégique où se joue une bataille d’influence majeure.
Pour la spécialiste des systèmes collaboratifs ouverts, Wikipédia n’est pas seulement une plateforme d’information grand public. Elle constitue aujourd’hui une base de données mondiale largement utilisée par les moteurs de recherche et par les systèmes d’intelligence artificielle pour produire des réponses et synthétiser des connaissances. « Wikipédia joue un rôle central dans la guerre de l’information », explique-t-elle, soulignant que les contenus qui y sont publiés influencent directement les narratifs repris ensuite par les technologies d’IA.
Selon Jeanne Bloch, certains contributeurs ont compris depuis plusieurs années le potentiel stratégique de cette plateforme. Elle affirme que, depuis 2015 et plus encore après les attaques du 7 octobre 2023, des contributions orientées auraient cherché à remodeler certains aspects de l’histoire d’Israël et du conflit israélo-palestinien. L’objectif serait, selon elle, de donner l’apparence d’une information neutre tout en orientant progressivement le récit vers une lecture fortement critique de l’État hébreu.
La chercheuse cite notamment l’apparition de pages ou de réécritures mettant en avant des accusations spécifiques contre Israël — attaques contre des écoles, des hôpitaux ou des lieux religieux — qui, selon elle, contribuent à construire un récit accusatoire parfois plus radical encore que celui de certains acteurs politiques ou militants.
Face à cette situation, Jeanne Bloch appelle à une mobilisation des contributeurs afin de rééquilibrer l’espace informationnel. Wikipédia étant un projet collaboratif, toute personne peut participer à la rédaction ou à la correction d’articles, rappelle-t-elle. Pour elle, la réponse à cette bataille narrative passe donc aussi par l’implication d’un plus grand nombre de contributeurs capables d’apporter des sources fiables et de défendre une présentation plus équilibrée des faits.
La question du financement et de la gouvernance du projet est également évoquée. Entre la fondation internationale Wikimedia Foundation et les structures nationales comme Wikimédia France, la chercheuse estime que la gestion de ces enjeux informationnels devient désormais un sujet à dimension géostratégique.
Dans ce contexte, conclut Jeanne Bloch, la bataille du récit autour du Moyen-Orient ne se joue plus seulement dans les médias ou sur les réseaux sociaux, mais aussi au cœur même des bases de données qui structurent la connaissance mondiale.
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