CHARLIE HEBDO. C’est peu dire que nombre de pays du monde musulman n’aiment pas particulièrement l’État hébreu.
Depuis 1948, l’antisionisme structure une grande partie des discours officiels au Maghreb, au Moyen-Orient et au-delà, allant parfois jusqu’à l’antisémitisme le plus décomplexé.
Reste qu’en coulisses le business avec Israël se porte souvent très bien. Le géopolitologue Frédéric Encel décrypte pour Charlie cette schizophrénie politique et économique.
Charlie Hebdo : Du Maghreb au Golfe, en passant par la Turquie, une partie du monde arabe et musulman cultive un antisionisme – parfois même un antisémitisme – très démonstratif. Mais quand il s’agit de business, est-ce que ça empêche vraiment de faire du fric avec Israël ?
Frédéric Encel : Il y a beaucoup de cas de figure. L’exemple le plus frappant, c’est la Turquie. Aux yeux du monde, Erdogan est extrêmement virulent vis-à-vis de l’État hébreu, et depuis des années. Mais par ailleurs, la Turquie vend du matériel militaire à Israël, en particulier des explosifs et de l’acier – évidemment, le journaliste qui a révélé ce fait a fini en prison. Ce double discours ne date pas d’hier et s’inscrit dans une logique à moitié assumée de cynisme politique de la part d’Erdogan.


