Pendant des années, les États-Unis ont rechigné à vendre des F-35 aux pays arabes afin de préserver l’« avantage militaire qualitatif » d’Israël. Toutefois, ces réticences se sont atténuées au cours des cinq dernières années.
Durant le premier mandat du président Donald Trump, les États-Unis ont cherché à conclure un accord avec les Émirats arabes unis (EAU) pour l’acquisition du Lockheed Martin F-35 Lightning II par cet État du Moyen-Orient. Cet accord a échoué sous l’administration Biden, mais un autre État du Golfe pourrait désormais être le premier à recevoir le F-35.
Au lieu des EAU, il pourrait s’agir de l’Arabie saoudite, qui a clairement manifesté son intention d’acheter jusqu’à quarante-huit de ces chasseurs furtifs de cinquième génération.
Elle consacre actuellement la somme impressionnante de 8,1 % de son produit intérieur brut (PIB) à la défense, et demeure le plus gros acheteur de matériel militaire américain au monde.
Riyad cherche à acquérir un chasseur de cinquième génération depuis plusieurs années afin de moderniser davantage son armée de l’air. Elle exploite actuellement le F-15 Eagle, y compris la variante F-15SA, ainsi que l’Eurofighter Typhoon et des appareils plus anciens, notamment le Panavia Tornado.
Sous l’administration Biden, des spéculations circulaient quant à la possibilité de conclure un accord permettant à Riyad de normaliser ses relations avec Israël. Ces efforts ont été interrompus par la guerre à Gaza.
Le président Trump pourrait chercher à s’appuyer sur les accords d’Abraham, qui ont conduit les Émirats arabes unis et Bahreïn, suivis du Maroc, à normaliser officiellement leurs relations avec l’État hébreu.
En mai, Washington a conclu un accord d’armement avec Riyad d’une valeur de près de 142 milliards de dollars, que la Maison Blanche a qualifié de « plus important accord de coopération en matière de défense » impliquant les États-Unis.
Cet accord comprenait divers équipements et services militaires répartis en cinq grandes catégories : forces aériennes et spatiales, défense aérienne et antimissile, sécurité maritime et côtière, sécurité des frontières et modernisation des forces terrestres, et systèmes d’information et de communication, mais le F-35 Lightning II n’était cependant pas inclus.
Un point d’achoppement majeur serait probablement le Congrès, et certains parlementaires s’étaient déjà opposés à des accords d’armement avec l’Arabie saoudite suite à l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi en 2018.
Un point d’achoppement majeur dans tout accord concernant le F-35 est le maintien de l’« avantage militaire qualitatif » (AMQ) d’Israël.
À l’heure actuelle, Israël est le seul pays du Moyen-Orient à utiliser le F-35. Le gouvernement israélien s’était initialement opposé à la vente du Lightning II aux Émirats arabes unis, avant de céder suite à la normalisation de ses relations avec ce pays arabe dans le cadre des accords d’Abraham. La vente a finalement été bloquée pour d’autres raisons, notamment l’utilisation de technologies chinoises par les Émirats arabes unis.
Les États-Unis ont longtemps maintenu une politique visant à garantir la supériorité qualitative d’Israël sur ses voisins, même des pays comme la Jordanie et l’Égypte, qui ont pourtant formellement reconnu Israël. La doctrine de sécurité de l’État hébreu a longtemps privilégié la supériorité qualitative sur ses voisins et rivaux potentiels, et ce à juste titre. Israël est confronté depuis longtemps à la possibilité que ses amis d’aujourd’hui deviennent ses ennemis de demain, comme en témoigne l’exemple de l’Iran, qui entretenait des relations amicales avec l’État hébreu avant 1979.
L’Arabie saoudite n’est pas le seul pays, outre les Émirats arabes unis, à avoir manifesté son intérêt pour le F-35. L’Égypte, Bahreïn et le Maroc ont également clairement indiqué qu’ils souhaiteraient acquérir cet appareil si l’occasion se présentait.
Le Maroc, qui a par ailleurs normalisé ses relations avec Israël, est susceptible de rencontrer le moins d’opposition de la part de ce dernier, compte tenu de la distance qui les sépare.
Rabat a entamé des négociations en vue de l’achat du F-35 en 2020 et a progressé un an plus tard suite à des rencontres de haut niveau entre le ministre marocain de la Défense, Abdellatif Loudiyi, et son homologue israélien, Benny Gantz. Ces efforts ont ralenti en 2022, avant de reprendre de l’ampleur l’année dernière, lorsque des informations ont circulé selon lesquelles l’Algérie, rivale régionale, s’apprêtait à conclure un accord avec la Russie pour le Sukhoi Su-57 (nom de code OTAN : « Felon »).
Dans ce contexte, les États-Unis pourraient ne pas souhaiter un partenaire russe afin de préserver leur propre qualité.
Source : National Interest & Israël Valley