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ANALYSE-l’accord israélo-libanais : les acquis, les problèmes et les intérêts, par Ariel Schmidberg.

Les responsables israéliens parlent d’une situation qualifiable de « maintenant ou jamais ».

Il est une évidence lorsqu’on parle de négociations : quiconque n’y a pas participé et n’entend parler que du résultat final est convaincu qu’il aurait pu faire mieux. La grande question est de savoir si cela est vrai en pratique.

Onze années de discussions entre Israël et le Liban sont en train de s’achever, au moment où le gouvernement israélien approuve un accord visant à définir la frontière maritime entre les deux pays. Tout au long de cette période, des contacts sous-marins ont été entretenus et puis la lumière a émergé, il y a deux ans… La raison ? L’intérêt, bien sûr, et de toutes les parties concernées – les Israéliens, les Libanais et les États-Unis.

Les contacts avaient, depuis lors, augmenté, mais pas de façon spectaculaire. Le changement significatif est intervenu il y a quelques mois. Le problème, c’est devenu une tradition israélienne, est qu’il y avait des élections à l’horizon, et que la crédibilité de l’accord serait compromise.

Mais Israël avait une longue liste de raisons pour lesquelles il devait trouver un accord – sécuritaires, politiques, stratégiques, énergétiques et bien sûr économiques.

En effet, l’accord met sur la table une série d’avantages pour Israël, mais il y a aussi pas mal de problèmes et de points d’interrogation.

D’un point de vue sécuritaire, il est important pour Israël de maintenir la ligne de bouées, qui a été placée par la marine il y a environ 22 ans, comme ligne de frontière maritime. Politiquement, Israël signe un accord avec le Liban, qui est un pays ennemi. L’accord comporte une lettre de garanties américaines. En fait, le Liban reconnaît de facto Israël, et les États-Unis reconnaissent la même frontière. Bien qu’Israël soit à des générations d’un accord de paix avec le Liban, le dangereux voisin du nord reconnaît de fait la frontière israélienne dans un document officiel déposé aux Nations Unies et renonce à toute revendication future à ce sujet.

Stratégiquement, le Liban s’effondre sur tous les plans : politique, économique et énergétique. L’accord permet à Beyrouth de développer le champ de gaz au sud de sa zone maritime, ce qui aidera le Liban sur le plan économique (un intérêt israélien distinct). Cela pourrait réduire la dépendance économique et énergétique du Liban vis-à-vis de l’Iran.

En outre, deux champs gaziers maritimes se feront face – une équation dans laquelle si le Hezbollah endommage le champ israélien, Israël pourra endommager le champ libanais. Dans une telle situation, le Liban a intérêt à ce que la plate-forme israélienne ne soit pas attaquée. D’un autre côté, les détracteurs de l’accord diront qu’Israël n’endommagerait jamais une plate-forme gazière exploitée par une société internationale, même si le Hezbollah pro-iranien organise une attaque – il n’est donc pas certain que ce point soit une grande victoire pour Israël.

En ce qui concerne l’énergie, le champ gazier qui restera aux mains du Liban (« Sidon » pour les Israéliens, et « Kana » pour les Libanais) se trouve pour l’essentiel dans les eaux territoriales libanaises et seulement partiellement dans les eaux israéliennes. Alors pourquoi Israël bénéficie-t-il apparemment de l’accord ? Parce qu’Israël ne peut pas exploiter un réservoir de gaz qui se trouve en grande partie sur le territoire libanais sans s’attirer des ennuis du point de vue de la sécurité.

L’accord, en vertu duquel une société française ouvrira le réservoir, prévoit qu’un certain pourcentage des bénéfices sera versé à Israël. En fait, la réponse du gouvernement à ses critiques est qu’un oiseau dans la main en vaut deux dans le buisson, ou en d’autres termes: « oui, il y a du gaz qui vaut des milliards de dollars et qu’Israël ne peut pas produire ». L’accord rapportera à Israël quelques centaines de millions de dollars, mais c’est mieux que rien, disent les responsables. Cela en vaut-il la peine ? Seul le temps nous le dira.

Bien que le chef de l’opposition israélienne, l’ancien Premier ministre Benyamin Netanyahou, affirme que le Premier ministre Yair Lapid a cédé aux diktats du secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, les responsables israéliens sont convaincus que l’accord crée une situation plus favorable d’un point de vue stratégique, et affirment même qu’il écarte la menace d’une guerre, dont le coût (tant financier qu’en vies humaines) serait plusieurs fois supérieur.

Et puis il y a la question du timing – qui pose problème – moins d’un mois avant les élections à la Knesset, alors que le gouvernement compte ses jours. Mais comme toujours dans ce genre d’affaires, la réalité est complexe, et pas seulement en et pour Israël. Dans quelques semaines, le président du Liban, seule personne autorisée à signer des accords internationaux au nom de Beyrouth, arrivera au terme de son mandat.

Compte tenu de la réalité problématique libanaise, il n’y a pas de remplaçant en vue. Les responsables israéliens parlent d’une situation qualifiable de « maintenant ou jamais ». Peut-être ont-ils raison, ou peut-être s’agit-il de la pression exercée par le gouvernement Lapid pour obtenir une réalisation, même controversée, avant les élections.

Comme on l’a noté, en Israël, il est de tradition que les accords politiques soient soumis à l’approbation du Parlement. Légalement, il est possible pour le gouvernement de ne pas le faire et de se contenter de présenter l’accord à la Knesset sans vote.

Mais d’un point de vue démocratique, une telle démarche relève de la définition « kasher mais qui craint ». Et cela ne fera que se compliquer – l’accord, qui est présenté aujourd’hui au corps législatif, sera soumis à l’approbation finale dans seulement 14 jours. Vérifiez vos calendriers : c’est seulement 5 jours avant les élections.

Ariel Schmidberg est directeur de l’information d’i24NEWS

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