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Rami Ben Efraïm ex général israélien de l’armée de l’air dirige quatre start-up dans les technologies et symbolise le rôle de Tsahal de l’économie du pays. «Après avoir fait la guerre, faire du business est presque un jeu d’enfant. Tout ce qu’il y a à perdre, c’est de l’argent. Quand on sort de l’armée, la notion de risque n’est plus la même», dit-il. De nombreux jeunes rêvent de son destin. Mais comment s’est constitué et fonctionne ce complexe militaro-industriel? Quel est son côté sombre? Premier épisode d’une enquête sur une des meilleures armées du monde.

Rami Ben Efraïm est un homme heureux. Noyée dans les oliviers d’un village de Galilée au nord d’Israël, sa demeure semble sortie d’un catalogue de vacances. Cet ancien général de l’armée de l’air dirige aujourd’hui plusieurs start-up actives dans la cybersécurité. Un parcours qui faisait de lui un bon point d’entrée pour mon enquête, tant il semble incarner la success story d’Israël aujourd’hui, entre armée et business.

Dans ce pays de relations informelles, quelques coups de fil ont suffi pour dénicher son numéro. Et si le pilote retraité fuit d’habitude tout ce qui pourrait ressembler à une journaliste, il sait apprécier la persévérance. Après des négociations dignes d’Oslo, voici la mienne récompensée d’une tranche de cake au chocolat et de quelques confidences autour de la table familiale.

Un employé sur dix dans la tech.

Militaire de haut rang puis entrepreneur prospère, le quinquagénaire aux yeux vert pâle a fondé sa réussite sur l’innovation, comme des milliers de ses compatriotes. Nation au monde qui compte le plus de start-up par habitant, l’Etat hébreu est le pays de l’OCDE qui investit le plus dans la recherche et le développement – 4,9% de son produit intérieur brut en 2019 contre 2,5% en moyenne dans les autres nations développées.

Un employé israélien sur dix travaille dans la tech, offrant au pays 15% de son produit intérieur brut et 25% des impôts alors que les produits issus de ce secteur représentent 43% des exportations. En 2018, Israël comptait 17,4 scientifiques et chercheurs pour 1000 employés, le ratio le plus élevé des pays de l’OCDE. Un contexte favorable à l’innovation qui a forgé l’expression de Silicon Wadi, du mot arabe wadi signifiant vallon.

L’armée joue un rôle fondamental dans cette réussite. La moitié des start-up et PME du pays actives dans les technologies travaillent sur des questions militaires et sécuritaires. Une imbrication entre Etat et secteur privé due à plusieurs facteurs. Outre sa fonction principale qui est de sécuriser l’Etat hébreu, Tsahal – l’acronyme de Tsva Hagana LeIsrael, Armée de défense d’Israël – est un bureau géant des ressources humaines et le plus grand formateur du pays. Chaque année, des milliers de jeunes, filles comme garçons, rejoignent ses rangs pour une durée de deux ans et demi à trois ans.

Un tremplin professionnel.

Certains servent à contre-cœur et occupent des places peu intéressantes pour la suite de leur carrière. Mais une majorité conçoit aussi l’armée comme un lieu de développement personnel et un tremplin professionnel. De fait, ceux qui sont sélectionnés pour les meilleurs emplois technologiques reçoivent, à dix-huit ans tout juste, trois outils essentiels à la création de start-up: des connaissances, un réseau et une culture de travail.

«Les unités technologiques et les pilotes forment l’essentiel des talents. Les premiers développent l’expertise cyber, les deuxièmes sont des as dans l’usage des techniques les plus complexes», détaille Rami Ben Efraïm, qui a dirigé les ressources humaines des forces aériennes pendant des années.

Décrites comme l’équivalent de Stanford, Harvard ou du MIT pour Israël, les unités technologiques 8200, 81 et celle des «chercheurs» jouissent d’un prestige inégalable.

On surnomme 8200 le «boot camp des milliardaires» au vu du nombre de start-up à succès créées par ses vétérans. Des milliers de soldats y développent des compétences en encryptage et sécurité de l’information ainsi que toutes sortes de solutions permettant de mener ou contrer des cyber-attaques.

www.heidi.news

 

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