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Le Parlement européen va enquêter sur l’utilisation du logiciel espion Pegasus par les Etats membres.

Vu ailleurs Le groupe Renew Europe a eu gain de cause : une commission va être créée pour enquêter sur l’utilisation du logiciel espion Pegasus par certains Etats européens. Il souhaite également mettre sur liste noire NSO Group, l’entreprise israélienne éditrice de Pegasus.
Le Parlement européen va enquêter sur l'utilisation du logiciel espion Pegasus par les Etats membres
Le Parlement européen va enquêter sur l’utilisation du logiciel espion Pegasus par les Etats membres © François Genon/Unsplash

Une commission d’enquête va être créée pour enquêter sur l’affaire d’espionnage Pegasus, du nom du logiciel espion commercialisé par la société israélienne NSO Group. Il aurait été installé sur de nombreux téléphones de personnalités publiques pour dérober des données confidentielles.

Mettre NSO Group sur liste noire
C’est l’eurodéputé centriste Sophie in ‘t Veld qui a annoncé la création de cette commission dans un tweet publié le 9 février, repéré par Politico. Son groupe Renew Europe demandait au Parlement européen d’enquêter sur l’utilisation abusive du logiciel Pegasus par certains gouvernements de l’Union européenne contre des personnalités politiques d’opposition, des avocats et des journalistes. Il recommandait également de prendre exemple sur les Etats-Unis et de mettre NSO Group sur liste noire.

« Le piratage des citoyens avec le logiciel Pegasus a eu lieu dans plusieurs pays de l’UE. En Pologne et en Hongrie, il a été utilisé contre des avocats, des journalistes, des propriétaires de médias indépendants et le directeur de campagne du plus grand candidat aux élections parlementaires« , ont déclaré l’eurodéputée Roza Thun, membre de Polska 2050 en Pologne, et l’eurodéputée Anna Donáth, cheffe du parti Momentum en Hongrie.

C’est le quotidien Gazeta Wyborcza qui révélait début janvier 2022 que le gouvernement polonais était accusé d’avoir utilisé 5,4 millions d’euros de fonds judiciaires pour acheter Pegasus afin d’enquêter sur une personne soupçonnée d’avoir commis des activités criminelles. Le ministère de la Justice avait réfuté les accusations de détournement de fonds publics et avait déclaré que ces fonds pouvaient être utilisés pour lutter contre la criminalité au sens large. En revanche, Marian Banas, le président de la Cour des comptes, avait confirmé l’achat du logiciel par ses services, s’appuyant sur une facture datant de 2019.

La police fédérale allemande est également accusée d’avoir utilisé Pegasus. Or, cette pratique – si elle s’avère vraie – est à la limite de la légalité puisque la Cour constitutionnelle allemande a estimé que la surveillance des télécommunications à l’étranger devait être mieux encadrée.

Infiltrer des terminaux pour aspirer des données
Le logiciel Pegasus permet d’accéder aux informations contenues dans un téléphone sans que son détenteur ne puisse s’en rendre compte. Une fois installé, il permet de lire les messages, regarder les photos, écouter les appels téléphoniques, accéder aux mots de passe ou encore déclencher le suivi de la géolocalisation. Il est commercialisé par NSO Group, basée à Herzliya (dans la banlieue de Tel Aviv) ainsi qu’en Bulgarie et à Chypre. Il est présenté comme un outil permettant de « détecter et prévenir le terrorisme et la criminalité », par le site web de l’entreprise.

Connu depuis plusieurs années, Pegasus a été propulsé sur le devant de la scène à l’occasion d’une enquête publiée en juillet 2021 et menée par un consortium de plus de 80 journalistes de 17 médias, dont la cellule investigation de Radio France et Le Monde, coordonné par Forbidden Stories avec le soutien du Security Lab d’Amnesty International. Depuis, les révélations se multiplient. C’est ainsi que Pegasus aurait été utilisé par les autorités marocaines pour espionner plusieurs personnalités politiques françaises, dont Emmanuel Macron.

L’ONU réclame un moratoire sur les logiciels de surveillance
En réaction, un groupe d’experts de l’Organisation des Nations unies (ONU) a appelé à un moratoire sur « la vente et le transfert de technologies de surveillance« . Il souhaitait que les Etats interdisent leur commercialisation tant qu’une réglementation « solide » garantissant que leur utilisation se fasse conformément aux normes internationales soit adoptée. En effet, il se disait inquiet du fait que « des outils intrusifs hautement sophistiqués soient utilisés pour surveiller, intimider et réduire au silence les défenseurs des droits humains, les journalistes et les opposants politiques« .

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