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POUVOIR D’ACHAT. Depuis quelques jours, l’économie a pris la vedette dans les médias israéliens. A priori, c’est plutôt un bon signe quand la presse parle d’autre chose que de la crise politique ou de la menace iranienne. Les Israéliens ont enfin l’impression d’être un pays comme les autres.

Sauf que ce dont on leur parle ces temps-ci, c’est de leur porte-monnaie et de leur pouvoir d’achat. Alors qu’un peu partout dans le monde on assiste à une hausse des prix à la consommation, en Israël là encore, le pays a de l’avance. Car la vie est chère en Israël.

Et si les Israéliens aiment consommer, ils ne le font pas toujours de la manière la plus avisée. Il a fallu une enquête de la chaine 12 de la télévision israélienne pour découvrir que la chaine de supermarchés Shufersal pratiquait sur certains produits de son site de vente en ligne un double étiquetage, à prix fort pour le grand public et à prix réduit pour sa clientèle ultra-orthodoxe.

Mais dès que le pot aux roses a été découvert, Shufersal a supprimé l’option à prix réduit. Quelques jours plus tard, la même firme de grande distribution se retrouvait dans le collimateur de l’Autorité de la

Concurrence pour soupçon d’entente avec le groupe agro-alimentaire Strauss sur la fixation des prix au détail. L’enquête ne fait que commencer et il ne faut évidemment pas préjuger de son résultat. En Israël, les monopoles et les cartels sont interdits, tout comme les abus de position dominante. Mais les procédures sur des accords illégaux parviennent rarement à des prises de sanctions.

Quant aux consommateurs, ils ne sont pas vraiment organisés en groupes de pression ou de suivi qui pourraient limiter la marge de manœuvre des groupes de distribution. On se souvient pourtant de la grande campagne de mobilisation de l’été 2011 contre le coût de la vie.

Des manifestations avaient essaimé un peu partout en Israël pour dénoncer les prix trop élevés de l’alimentation et du logement. Ce qui avait commencé par un mouvement de protestation sur les réseaux sociaux contre le prix du fromage cottage, avait évolué en prise de conscience nationale.

Le gouvernement avait nommé un comité d’experts chargé de présenter des recommandations et plusieurs réformes avaient été entreprises pour faciliter l’accès à la propriété immobilière pour les jeunes ménages et pour ouvrir le marché de l’alimentation à la concurrence, notamment en permettant plus d’importations. Mais les effets n’ont pas eu l’ampleur escomptée, sans pour autant réveiller une nouvelle vague de contestation populaire.

L’enquête en cours qui s’est élargie à plusieurs chaines de supermarchés et à des importateurs de produits alimentaires et de cosmétique, a pour l’instant freiné la hausse de prix au détail. La commission de la Knesset chargée de l’Economie est à son tour entrée dans le jeu et a convoqué les patrons des grandes sociétés de distribution pour leur demander des comptes.

Mais la grande distribution devrait laisser passer la tempête avant de s’aligner sur la hausse mondiale des prix à la consommation, en dépit de la force de la monnaie israélienne face aux principales devises, en argumentant sur le prix des matières premières et le coût des transports.

Les médias passeront rapidement à autre chose et le public se résignera à payer plus cher. En général, le consommateur israélien n’aime pas qu’on lui rappelle qu’il est fataliste.

Pascale Zonszain

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