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Katharina Höftmann. « Je suis dans la voiture avec mes enfants et mes parents sur l’île de Rügen sur la mer Baltique et j’entends à la radio qu’on parle des Jeux Olympiques et du fait que l’Allemagne a gagné la médaille de bronze en judo par équipes mixtes. „Ah ?“ m’exclamé-je. „Nous avons gagné ça ?“ Mes parents, assis à l’avant, sursautent. Qui est donc nous ? Pour eux, „nous“ c’est l’Alllemagne et pour moi apparemment ce serait Israël ?

Récemment, ma meilleure amie (également une Allemande) m’a dit, sur un ton légèrement méprisant : Il suffit que les Allemands vivent cinq ans à l’étranger pour qu’ils ne se croient plus Allemands“; Il y a beaucoup de vrai dans cette phrase et aussi une profonde contradiction. Premièrement, de nombreux Allemands sont heureux de pouvoir se détacher quelque peu de leur germanitude. Deuxièmement, en Allemagne être Allemand (ou appartenir à un quelconque autre pays) est très strictement défini. Nombreux sont les Allemands qui ont du mal à désigner comme „Allemand“ quelqu’un dont les parents ne sont pas nés en Allemagne ou dont les racines ne sont pas germaniques; même s’il vit depuis des lustres en Allemagne. Cela vient naturellement aussi du fait que de nombreux Allemands n’arrivent pas à voir leur patrie comme la terre d’immigration qu’elle est devenue et que, contrairement aux Etats-Unis par exemple, l’Allemagne n’est devenue que récemment un melting pot. Inversement, les Allemands ne comprennent pas qu’on puisse éprouver un sentiment d’appartenance envers un pays dans lequel on n’est pas né ou on n’a pas grandi.

Etre Israélien en Israël est différent. Personne, et je dis bien personne, n’a mis en doute que je suis à la fois une vraie Israélienne et une vraie Allemande. C’est chose normale en Israël qu’une personne ait plus qu’une nationalité et qu’elle se sente totalement israélienne, qu’elle vive dans le pays depuis quelques années, quelques mois, ou quelques semaines.  Etre Juif facilite évidemment les choses, je ne veux pas le cacher. Et nous voilà revenus aux Jeux et au problème dont souffre Israël. Un certain nombre des athlètes choisis pour participer à Tokyo 2020 sont originaires de l’Ex Union Soviétique. C’est par exemple le cas d’Artem Dolgopyat qui a décroché pour Israël la première médaille d’or (la seconde dans toute l’histoire d’Israël). Ce gymnaste originaire d’Ukraine est arrivé en 2009 en Israël.  Jusqu’à cette date, il ignorait que du côté paternel toute sa famille était juive (il suffit en effet qu’un des grands-parents soit Juif pour bénéficier de la loi du retour). Toutefois, d’après la loi juive (Hala’ha) n’est considéré comme Juif que celui dont la mère est Juive ou convertie au judaïsme.

La mère de Dolgopyat, une non-Juive, a profité de la médaille d’or de son fils pour expliquer que dans sa patrie, Israël, il sera porté en triomphe mais qu’il lui est impossible de s’y marier car le mariage civil n’existe pas en Israël, seuls les mariages religieux sont possibles. C’est là le grand paradoxe de ce pays. On y reconnaît très vite les immigrants comme Israéliens mais pas forcément comme Juifs. Je trouve que la mère de Dolgopyat a très bien fait de profiter de ce moment de triomphe pour délivrer un important message. Espérons que lors des prochains jeux le mariage civil sera autorisé en Israël. En attendant, réjouissons-nous que les athlètes israéliens aient remporté deux fois le bronze et une fois l’or. Pour un grand pays comme l’Allemagne, rompu aux sports de compétition, le bilan est évidemment très maigre et c’est pourquoi je suis d’autant plus heureuse pour Israël.
(En fait les deux pays ont gagné la médaille de bronze).
Quand tu appartiens à un pays pour lequel, lors de la cérémonie d’ouverture, on observe une minute de silence pour ses onze athlètes assassinés en 1972, lors des jeux de Munich, quand tu appartiens à un pays dont les athlètes se retrouvent confrontés à des rivaux refusant de combattre contre eux pour des raisons idéologiques, tu te réjouis pour chaque médaille. Cela fait également partie de ce que signifie être Israélien, cela renforce ce patriotisme si particulier, un sentiment pratiquement incompréhensible pour celui qui ne l’a jamais éprouvé ».

//israelentreleslignes.com

Le gymnaste Artem Dolgopyat a remporté la médaille d’or pour Israël (photo : עמית שיסל, Wikimedia Commons)
Le gymnaste Artem Dolgopyat a remporté la médaille d’or pour Israël (photo : עמית שיסל, Wikimedia Commons)
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