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Un article de Gilles Defrance. (De Paris). Dimanche dernier, nous sommes passés à l’heure d’été et avons dû avancer nos montres d’une heure, mesure adoptée en 1975 pour économiser l’énergie en réduisant les temps d’éclairage artificiel le soir, à la suite du premier choc pétrolier.

Mais nos ancêtres n’avaient pas ce type de préoccupations, car ils vivaient au rythme du soleil et des saisons, notamment les paysans qui, jusqu’à la Renaissance, avaient un rapport au temps plus relâché. Dans le 1er livre de recettes connu : le Viandier (vers 1380), l’auteur ne donne quasiment aucune indication de temps de cuisson ou de préparation, à part le fait de laisser  mijoter un plat en égrenant 18 « Notre Père » ou 23 « Je vous salue Marie ».

Pendant longtemps, la mesure du temps a été aussi des plus imprécises, faute d’instruments fiables. Les cadrans solaires ne fonctionnaient pas la nuit, les sabliers n’étaient pas homogènes du fait des différences de taille des grains de sable et les  clepsydres (systèmes à eau) pouvaient être déréglées du fait du gel.

Trois éléments changèrent la donne : l’influence de l’église en Europe, l’apparition du travail salarié dans les villes et la généralisation des transports.

Si les cloches servaient aux moines pour organiser leurs journées, celles-ci permirent à ceux qui vivaient au voisinage des lieux de culte à se repérer par rapport à la succession des offices (laudes, tierce, sexte, none, vêpres, complies) et des angélus.

Mais la mise en place du travail salarié a progressivement imposé des cadences de travail plus contrôlées, aidées en cela par l’apparition des premières horloges à partir du XIVème siècle et c’est le mathématicien hollandais, Christian Huygens, qui a créé la première horloge à pendule pesant en 1657 et qui a permis de mesurer les heures de manière précise en faisant le tour du cadran en 24 heures. Les premières horloges électriques pratiques ont vu le jour en 1918, les montres électroniques apparurent les années 1950 et c’est vers 1970 que furent commercialisées les montres à quartz.

Enfin, il restait à déterminer une base commune, car jusqu’en 1891, l’heure n’était pas unifiée en France et c’est l’essor du chemin de fer qui a imposé le fait que chaque ville (l’Algérie incluse) vive au temps solaire du méridien passant par Paris. Mais, au début du XXe siècle, la France dut adopter l’heure du méridien anglais qui passe à l’observatoire de Greenwich (d’où le sigle GMT qui précède l’indication de l’heure universelle) et jusqu’au début de la seconde guerre mondiale, la France et l’Angleterre étaient à la même heure –  Paris et Londres n’étant séparés que de deux degrés de longitude.

Mais pendant la présence des forces allemandes dans l’hexagone, celles-ci ne voulurent pas changer leurs habitudes et décidèrent de mettre la France à l’heure de Berlin, (c’est-à-dire à l’heure GMT+2) et cette situation est restée en place avec quelques ajustements.

Les deux changements d’heure annuels ont toujours été décriés et en 2021, les principes d’heure d’été et d’hiver devaient disparaître. Mais si ce point  est acquis en Europe, personne n’est d’accord sur la répartition des fuseaux. Et une fois la fin du changement d’heure remise à l’ordre du jour, et adoptée, il faudrait une visibilité de 18 mois pour permettre aux opérateurs de transport, notamment les compagnies aériennes, de s’adapter pour établir leurs horaires.

Donc, cela va se faire. Mais cela va prendre du temps…

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