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Agnes Keleti vient de célèbrer son 100e anniversaire. L’ancienne gymnaste hongroise est la plus vieille championne olympique encore en vie. Pas n’importe quelle championne olympique. Pas n’importe quelle femme, non plus. Survivante de la Shoah, elle a ensuite fui le régime soviétique pour s’exiler en Israël. Retour sur une vie hors normes.

Née le 9 janvier 1921 à Budapest, Agnes Keleti est la plus vieille médaillée olympique encore en vie. Et pas n’importe laquelle. Elle a décroché dix. Une légende du sport, donc, même si dans sa discipline, ladite légende a parfois davantage salué Larissa Latynina, la merveille soviétique aux 18 médailles, record qui a perduré plus de quatre décennies jusqu’au XXIe siècle.

Reine de l’Olympe, Keleti aura été bien plus que cela et son histoire personnelle, si tourmentée, rend presque miraculeuse son passage à un âge à trois chiffres.

En 1937, elle connait sa première bribe de gloire nationale, avec un titre de championne de Hongrie. Elle rêve des Jeux de 1940, prévus à Tokyo. Ceux qui n’auront jamais lieu. Bientôt, la gymnastique s’éloigne du champ de ses priorités. Hongroise de nationalité, elle est aussi juive. Suffisant pour lui barrer la route de la sélection, dont sont bannis les athlètes de confession juive dans la Hongrie de Miklos Horthy, qui s’est allié avec le Reich hitlérien. Survivante de l’Holocauste, la Guerre lui a volé son père, une partie de sa famille et ses plus belles années d’athlète et deux Olympiades.

Pourtant, la paix revenue, elle retourne à la gymnastique et brille comme si le temps ne s’était pas écoulé depuis ses dernières compétitions à la fin de la décennie précédente. Après les J.O d’Helsinki, en 1952, elle rentre au pays avec quatre médailles, dont un titre olympique au sol, mais le meilleur reste à venir. A Melbourne, elle a 35 ans, plus vieille que certains entraîneurs et les Jeux se déroulent au moment même où le sang coule à Budapest. Agnes Keleti va vivre, du strict point de vue sportif, une campagne de rêve. Elle devient la plus vieille championne olympique de l’histoire, et plutôt quatre fois qu’une puisqu’elle prend l’or au sol, à la poutre, aux barres asymétriques et dans l’épreuve au sol par équipes. A ce quadruplé s’ajoutent de l’argent dans le concours par équipes et dans le concours général individuel. Arès avoir choisi de rester en Australie, elle part s’installer à Tel-Aviv et prend la nationalité israélienne. Sa vie sera là-bas, désormais. Ce n’est qu’en 1983 qu’elle retournera pour la première fois en Hongrie. Depuis 2015, elle vit à nouveau à Budapest, sans doute parce qu’elle souhaitait y boucler la boucle de son incroyable vie.

En novembre dernier, elle s’est confiée à l’AFP. Sa mémoire lui joue des tours, mais l’œil pétille toujours. « Je me sens bien. Le truc, c’est qu’il ne faut pas se regarder dans le miroir », confiait-elle malicieusement. Ses médecins lui ont interdit de faire le grand écart, qu’elle maitrisait encore allègrement il y a quelques années.

De son incroyable vie, plus que ses médailles et les honneurs, Agnes Keleti se dit fière « d’avoir parcouru le monde et appris plusieurs langues. » Elle a aimé la vie qui ne lui a pas toujours fait de cadeaux, et elle l’aime encore. Prise en étau entre les deux pires fléaux du XXe siècle, le nazisme et le Stalinisme, elle a survécu à tout. A 100 ans, la championne qui a écrit l’histoire de son sport et traversé l’Histoire tout court sourit encore. Sa plus belle pirouette.

Source : Eurosport & Israël Valley

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