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Émotion à l’aéroport Gourion. 360 juifs d’Ethiopie viennent d’atterrir en Israël dans le cadre de l’opération Tsur Israël accueillis par le 1er ministre et Benny Gantz qui ont laissé, pour une heure, leurs divergences au vestiaire. (S.O.)

RADIO J. L’alyah des Juifs d’Ethiopie a toujours été un enjeu compliqué pour Israël. On se souvient des deux opérations de 1984 et 1991, qui avaient exigé des mois de préparation logistique dans le plus grand secret, mais à chaque fois dans l’urgence humanitaire.

Fin 84, l’opération Moshé, avait permis de faire monter huit mille Juifs d’Ethiopie, dans des conditions extrêmement difficiles. Pour beaucoup, il avait fallu traverser à pied l’Ethiopie en proie à la famine, pour atteindre le Soudan, où les Juifs se sont retrouvés parqués dans des camps de réfugiés, avant de pouvoir s’envoler vers Israël. Quatre mille personnes avaient péri sur la route du Soudan.

7 ans plus tard, l’opération Shlomo, avait permis de faire monter 14 mille personnes en l’espace de 36 heures, grâce à un impressionnant pont aérien entre Addis-Abeba et Tel Aviv, alors que l’Ethiopie menaçait de sombrer dans la guerre civile. A l’époque, les immigrants avaient pu bénéficier de la Loi du Retour, car ils avaient été reconnus collectivement comme Juifs, grâce à l’avis juridique qu’avait rendu dans les années 70 le rav Ovadia Yosef, Grand Rabbin séfarade d’Israël.

Mais depuis, les choses se sont compliquées.  Les alyahs d’Ethiopie se sont réduites au fil des années, car l’Etat d’Israël considérait que beaucoup de candidats à l’immigration n’étaient pas juifs. C’est la différence entre les Beta Israël, que l’on appelait à tort les « Falachas » et les Falashmuras. Les premiers ont donc été reconnus comme juifs, ayant conservé leur identité sur la loi écrite, isolés des autres communautés de diaspora. Les Falashmuras partagent la même origine que les Beta Israël, à la différence qu’ils ont été convertis souvent de force, au christianisme, à partir du XIXe siècle.

Ce sont aujourd’hui pour la quasi-totalité des Falashmuras qui montent en Israël ou qui demandent à y immigrer. Aujourd’hui, sur les 150.000 Israéliens d’origine éthiopienne, près de 60% sont nés en Ethiopie. Depuis le début des années 2000, Israël a assoupli les conditions d’immigration pour permettre à certains Falashmuras de monter en Israël. D’abord pour ceux qui pouvaient prouver une ascendance maternelle, puis depuis 2016, ceux qui avaient des membres de leur famille en Israël et pouvaient prouver une ascendance paternelle. Seulement là, il ne s’agit plus de la Loi du Retour, mais du regroupement des familles, et les demandes doivent être examinées au cas par cas.

Une procédure longue, difficile et souvent douloureuse pour ceux qui doivent laisser des membres de leur famille derrière eux dans les camps du Gondar ou d’Addis-Abeba, parfois durant des années. Cette semaine, 43 personnes sont donc arrivées en Israël et le gouvernement israélien assure que 400 pourront faire leur alyah avant la fin de l’année.

Mais il reste encore entre 7.500 et 9.000 personnes qui demandent à immigrer, sans que l’on sache si leur demande sera acceptée. Et il reste encore, pour ceux qui ont pu faire leur alyah, la question de leur identité. Car ces Falashmuras n’étant pas considérés comme juifs, il leur faut, dès leur arrivée, entreprendre une procédure individuelle de conversion au judaïsme. Une identité qui se recompose dans des conditions difficiles, mais qui reste un cas unique dans l’histoire des nations.

Pascale Zonszain

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