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En temps de crise majeure, la sagesse financière veut que l’on se réfugie dans les valeurs sûres, à savoir le dollar. Et pourtant, c’est l’inverse qui se passe. Depuis le mois de mars, la devise américaine a perdu près de 12 % face à l’euro, passant de 1,06 à 1,19 dollar fin juillet. La chute a été de 5 % pendant le seul mois de juillet. C’est à la fois peu, comme le rappelle l’économiste Jean Pisani-Ferry − l’euro a touché un plus bas de 0,82 dollar en octobre 2000 et un plus haut historique de 1,60 en juillet 2008, et depuis, il oscille entre 1,05 et 1,25, ce qui reste raisonnable. C’est pourtant beaucoup dans le monde de quasi-changes fixes qui avait fini par s’imposer. La défiance est reflétée par l’envolée de l’or, qui bat des records et a progressé de 30 % depuis le début de l’année, l’once cotant 1 975 dollars, signe d’une baisse de confiance dans les devises traditionnelles et d’une crainte du retour de l’inflation.

 

La question est de savoir si la chute du dollar va s’accélérer et menacer son hégémonie. « TINA : there is no alternative. » Il n’y a pas d’autre choix que le dollar, répètent depuis des années les investisseurs, invoquant le raidissement chinois et la faiblesse congénitale de l’euro. Le dollar reste la monnaie de réserve de référence (62 % des réserves, en recul de 2 points seulement depuis 2008, note le Financial Times) tandis que la part de l’euro est passée de 28 % à 20 % depuis 2008.

« Privilège exorbitant »

Pourtant, Stephen Roach, professeur à l’université Yale et ancien dirigeant de Morgan Stanley, démonte le « TINA » : il estime dans une tribune publiée par Bloomberg que « le privilège exorbitant du dollar arrive à son terme » et prédit une chute de 35 % du billet vert. L’économiste en chef de Natixis, Patrick Artus, s’attend lui aussi à une glissade.

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