Muriel Touaty : « Je suis un bébé de la résilience, ayant vécu 20 ans en Israël ».

Par |2020-04-15T12:18:19+02:00avril 15th, 2020|Catégories : EDITORIAL|
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Dans cette guerre, nous sommes notre propre ennemi.

1) Vous êtes Partner « Education et Innovation » de Onepoint, une entreprise française spécialisée dans la transformation numérique des entreprises et organisations, créée en 2002 par David Layani, présente dans 8 pays et de 2500 salariés : comment vivez-vous cette crise?

Personnellement, je suis un bébé de la résilience. Ayant vécu vingt ans en Israël, cette notion de s’adapter à la zone d’adversité et d’inconfort est inhérente à ce que je suis. Il faut d’abord raison garder, être pragmatique, suivre les consignes, être discipliné.  Dans cette guerre, nous sommes notre propre ennemi et nous pouvons être un ennemi pour ceux que l’on aime.

Cela nécessite une conscientisation de l’Autre, pour le protéger, et donc nous protéger nous-mêmes. Cette crise interroge sur la nature humaine, la bienveillance, l’empathie, l’altruisme, le don de soi, dans une société matérialiste et individualiste. C’est un exercice intéressant sur le plan cognitif et comportemental. Cela nécessite de se poser des questions au bon moment ; il n’y a pas de hasard dans la vie, il n’y a que de la synchronicité… et nous disposons du libre-arbitre ! Alors, il faut se saisir de cette période pour développer notre résilience, notre relation à l’autre, notre adaptativité.

Professionnellement, de par ses valeurs, Onepoint est une entreprise apprenante, entreprenante, engagée et solidaire. C’est un transformateur de la société d’aujourd’hui et de demain. Nous sommes donc au cœur du réacteur, et pour jouer notre rôle d’accompagnateur dans cette crise inédite, nous sommes dans l’anticipation et dans la prospective.

La notion de « pour tous » et « par tous » est ici très intéressante. Ce que cette crise nous révèle, c’est que finalement, nous sommes tous logés à la même enseigne. Oui, il y a des différences entre les uns et les autres, mais nous vivons tous la même chose. Cela crée une sorte de communauté.
 
2) Vous êtes spécialiste des questions d’éducation et d’innovation, en quoi cette pandémie peut-elle changer la donne ? Notre manière de concevoir l’éducation? L’innovation?

L’éducation est le nerf de la guerre ! La transmission du savoir et de la connaissance, cela permet d’acculturer l’Autre, en temps réel, cela permet de grandir, de s’élever. En ce temps de pandémie, on se doit d’avoir des fenêtres de mises à jour, de synchronicité de la connaissance et du savoir pour faire évoluer l’Autre en temps réel. Je t’apprends quelque chose et je m’assure que ce savoir est appliqué, mis en action, dans une forme de laboratoire expérimental de la vie.
Une société va bien dès lors qu’elle innove, qu’elle génère du savoir, de l’imagination, de l’intelligence émotionnelle et intuitive. Nous le voyons bien, avec cette crise : l’humain est au centre de tout, c’est lui, la finalité ; ce ne sont pas les technologies, qui ne sont que des moyens. Ce que nous sommes en train de vivre, – qui constitue presque une guerre de civilisation -, est une excellente opportunité pour remettre les questions d’éthique, de morale au cœur du débat.
 
3) L’éducation à distance, par le numérique, est-elle une opportunité ou creuse-t-elle au contraire les inégalités entre les enfants, du fait des différences socio-économiques ?

Oui, il y a des inégalités entre les élèves, mais cela n’a rien à voir avec le numérique. La vraie question est la suivante : « comment engager des programmes d’éducation personnalisés à l’école, comment créer des mises en situation disruptives par rapport à ce qui est fait actuellement, pour accompagner les élèves en difficulté ? ». Le problème arrive, lorsque l’on délivre le même programme indistinctement à tous les élèves. Alors, le numérique est plutôt un révélateur : si les élèves avaient été accompagnés différemment avant la crise, alors ils auraient pu faire face autrement à l’éducation à distance.
Vous parlez des élèves ; les adultes sont également concernés. Pour que le numérique soit une opportunité de travail, de génération de lien, encore faut-il savoir bien utiliser tous les outils. Cela pose la question de la formation suffisante des salariés de toutes les entreprises et institutions publiques à ces outils numériques.
Comment avec le numérique maintenir un lien de proximité entre des collaborateurs, entre les membres d’une famille, entre amis, quand il n’y a pas vraiment de mobilisation des 5 sens normalement requis pour nourrir la proximité ? C’est tout le défi des solutions technologiques. Mais étant donnée l’intensité de la crise que nous vivons, je suis convaincue que cette proximité sera encore plus forte, après le confinement.

4) Vous avez été la Directrice Générale de Technion France, l’antenne française du Israel Institute of Technology, – un véritable modèle en matière d’éducation, d’innovation et d’hybridation entre les secteurs public et privé et les laboratoires de recherche -, en quoi pourrions-nous nous en inspirer aujourd’hui et demain ?

Onepoint et le Technion sont très similaires dans leur modèle : ce sont des organisations bienveillantes, empathiques, qui misent sur l’excellence, le progrès et qui sont très horizontales.
Le Technion, qui se situe en Israël, à Haifa, est un magnifique modèle dont nous pouvons beaucoup nous inspirer : interconnexion entre les secteurs, les métiers et les disciplines au-delà de leur diversité, dimension très hybride, association des individus dans leur singularité, capacité à accepter l’autre dans sa différence. C’est un vrai moteur de l’innovation, et comme je le dis souvent, l’innovation est le pétrole, l’or noir de ce pays. L’excellence (au sens d’exigence) attire l’excellence. Tout cela constitue une vraie valeur ajoutée pour le progrès sociétal et pour celui de l’humanité. Il faut le rappeler : cette école d’ingénieur, dont l’un des fondateurs était Albert Einstein, est la seule école au monde qui a construit un pays !

Muriel Touaty
Partner « Education et Innovation » de Onepoint, ancienne Directrice Générale du Technion France. Par |

À propos de l’auteur :

A exercé les fonctions de Conseiller, puis de Directeur de cabinet adjoint au sein de différents Cabinets ministériels, avant de rejoindre un groupe privé en qualité de directeur du développement. Il préside depuis 2012 un cabinet d’affaires publiques spécialisé dans l’aménagement et le développement économique des territoires, Public & Private Link. Il conseille de nombreux groupes privés dans leur stratégie et leur développement.
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