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Un article du Parisien (Copyright). Abou Gosh, petite ville proche de Jérusalem, abrite la seule équipe composée à parts égales de joueurs juifs et arabes. À Paris cette semaine, ils assisteront ce mercredi soir à PSG-Nantes.

Daniel a 17 ans. Il est juif et habite dans la banlieue de Jérusalem. Saher aura 18 ans dans le courant du mois. Il est arabe et vit à quelques dizaines de mètres de Daniel, au sein de sa propre communauté. Élevés au cœur d’un conflit israélo-palestinien tombé dramatiquement dans l’impasse, les deux adolescents ne devraient pas se connaître, se parler et encore moins s’aimer. Ils sont pourtant amis. Mieux encore : ils sont coéquipiers dans la même équipe, celle d’Abou Gosh.
Composée de joueurs venus de familles pauvres et issues des deux villes d’Abou Gosh et Bet Shomash, c’est la seule équipe mixte israélienne composée à parts égales de joueurs juifs et arabes, mais tous de nationalité israélienne. « J’admets que cela puisse vous surprendre ici en France, raconte Daniel. Quand vous voyez à la télé des images de notre pays, vous ne voyez que de l’insécurité, des conflits. Je ne dis pas que tout est rose, mais heureusement, on peut aussi y vivre en paix et en harmonie entre les deux principales communautés : juifs et arabes. Nous avons tous la même nationalité. »
Sur près de 9 millions d’habitants, Israël compte 6,6 millions de juifs et 1,9 million d’Arabes israéliens. « Avant de le connaître, confie Saher, je voyais Daniel comme un juif et personne d’autre. Nous avons appris à nous connaître autour de notre passion commune qui est le football. Le ballon nous a réunis. Aujourd’hui, peu m’importe sa religion et la mienne n’a pas d’importance à ses yeux. Nous sommes amis et jouons pour la même équipe, la même cause. On s’en fout de savoir à qui on croit en dehors du terrain et on ne regarde pas notre Dieu quand on se fait une passe et quand on défend ou attaque ensemble. »
Présents en France jusqu’à jeudi à l’initiative de l’Union des étudiants juifs de France (UEJF), les jeunes israéliens ont joué plusieurs matchs à Aubervilliers, Massy et Sarcelles. Ce mercredi soir, ils assisteront au Parc des Princes à PSG-Nantes après avoir rencontré Lilian Thuram lundi. Ils ont surtout demandé à l’ancien défenseur des Bleus champions du monde, aujourd’hui responsable de la Fondation d’éducation contre le racisme, ce que cela lui avait fait de jouer avec Messi (entre 2006 et 2008 à Barcelone).
Pour eux, le nom de Mbappé n’évoque pas encore grand-chose. Ils n’ont d’yeux que pour le génie argentin et Ronaldo : « Notre rêve, note Daniel, lui aussi défenseur, est de devenir joueur professionnel comme monsieur Thuram. Notre vie, c’est le foot. Nous avons conscience d’être peut-être des exemples, des personnes sur qui s’appuyer pour casser des préjugés et faire avancer les choses. Mais notre préoccupation, c’est juste de jouer au foot, ensemble pour gagner des matchs. »
Au quotidien en Israël, relate Saher, « nous n’avons jamais eu de soucis de sécurité. À chaque début de match, je vais saluer les joueurs de l’équipe en face et jamais aucun n’a refusé de me serrer la main parce que je ne suis pas juif. Cette équipe est composée avec une volonté d’amitié et de relation entre les peuples et les religions. Je ne sais pas si c’est nous qui détenons la solution à un conflit qui dure depuis bien trop longtemps. Nous n’avons pas cette prétention non plus. Mais peut-être que nous sommes une petite partie. » « En montrant, reprennent en chœur les deux ados comme un message, qu’on peut être juifs et arabes et s’entendre à merveille. »
Le Parisien
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