Un article de Herbert Winter, Président de la Fédération suisse des communautés israélites. Publié par letemps.ch : « Il y a cent vingt ans, Theodor Herzl organisait le premier congrès sioniste à Bâle. L’occasion de s’interroger sur son identité de Suisse juif pour Herbert Winter, président de la FSC. Quand, voici cent vingt ans, Theodor Herzl organisa à Bâle le premier congrès sioniste, présageant ainsi la fondation de l’Etat d’Israël, les Juifs suisses eurent une réaction typiquement helvétique: on ne fut pas pour. Mais on ne fut pas non plus contre. On fut neutre.
Après la Shoah, sinon avant, cette neutralité fit place à une grande sympathie pour le sionisme et à une solidarité marquée avec Israël. De nos jours, les Juifs suisses sont pratiquement tous acquis à l’idée du sionisme selon laquelle les Juifs doivent avoir un Etat à eux. Sur la politique actuelle d’Israël, en revanche, leurs divergences de vue sont profondes.
Quoi qu’il en soit – et cela ne date pas d’aujourd’hui – les Juifs suisses sont régulièrement confrontés au reproche de double loyauté. Le malentendu voulant que les Juifs suisses ne soient pas de «vrais» Suisses est assez largement répandu. «Dites donc, ça chauffe de nouveau chez vous», me dit un jour une connaissance alors que le conflit entre Israéliens et Palestiniens s’embrasait une fois de plus.
Dans sa bouche, «chez vous» ne voulait nullement dire Zurich, où je vis avec ma famille, mais Israël. Alors que c’est ici, en Suisse, que je suis chez moi. L’année dernière, j’ai été invité à prononcer un discours de 1er août. J’en ai été profondément touché et fier. J’ai expliqué dans ce discours les bonnes raisons qu’il y avait à fêter le 1er août. Toute personne souhaitant participer activement à la vie du pays, ai-je dit, en a ici la possibilité, quelle que soit sa religion. La Suisse est aujourd’hui un pays dans lequel tout un chacun peut s’épanouir et vivre dans la liberté et le droit tout en gardant sa propre identité.
Mon attachement à Israël ne m’empêche nullement d’être un bon citoyen suisse. Je vote en Suisse, je prends part aux élections ainsi qu’au débat politique et sociétal, j’y exerce mes responsabilités de citoyen et j’y ai même fait mon service militaire. En tant que Juifs suisses, nous sommes coresponsables de la politique suisse, mais pas de celle d’Israël. Ceux qui envoient à la Fédération suisse des communautés israélites des courriers injurieux parce qu’ils haïssent Israël – et nous en recevons beaucoup – n’ont pas compris grand-chose.
J’ai avec Israël un lien émotionnel et non un lien citoyen. Un lien où les sentiments l’emportent sur les droits et les devoirs. Je suis fier que les Juifs, après deux mille ans de persécutions et d’expulsions, aient fondé en 1948 leur propre Etat. Un Etat qui, comme le proclamait déjà la déclaration d’indépendance de 1948, garantit «à tous ses citoyens, sans distinction de religion, de race et de sexe, les mêmes droits sociaux et politiques». Israël est entouré de pays hostiles qui, les armes à la main, ont déjà tenté maintes fois d’éradiquer l’Etat juif. Bien que régulièrement secoué par des attaques terroristes, il n’en reste pas moins une société ouverte et un Etat de droit. Le pays compte aujourd’hui parmi les plus innovants qui soient, ce qui constitue une raison de plus d’en être fier.
Lien émotionnel avec Israël
Qu’un Suisse juif se sente généralement plus proche d’Israël qu’un non juif va de soi. Aussi le 120e anniversaire du premier congrès sioniste constitue-t-il pour nous un événement marquant, qu’il convient de célébrer. A mes yeux, les liens que ressentent les Juifs de Suisse avec Israël ne posent toutefois aucun problème. Les Suisses juifs n’en sont pas moins de véritables citoyens de ce pays, tout à fait normaux, égaux en droits et en devoirs avec les autres. Il n’en a pas toujours été ainsi. Ce n’est qu’en 1866 que leur a été reconnue cette égalité des droits. Mais, aujourd’hui, nous faisons partie intégrante de la Suisse, que nous contribuons à façonner.J’ai avec Israël un lien émotionnel et non un lien citoyen. Un lien où les sentiments l’emportent sur les droits et les devoirs
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