La première conséquence concerne l’Iran. La guerre et ses répercussions économiques ont pesé sur le scrutin américain. Les démocrates, qui ont dénoncé la stratégie militaire de Trump, entendent désormais exercer un contrôle plus strict sur toute nouvelle intervention. Ils pourront réclamer des auditions, contester certains financements et tenter de limiter les opérations militaires sans autorisation parlementaire. Cette nouvelle donne pourrait compliquer une éventuelle reprise des frappes américaines contre Téhéran, alors qu’Israël considère toujours la menace iranienne comme une priorité stratégique.
Il serait toutefois prématuré d’y voir un changement immédiat de politique. Le nouveau Congrès n’entrera en fonction que le 3 janvier 2027. D’ici là, Trump conserve sa majorité actuelle et, au-delà de cette date, d’importantes prérogatives en matière de défense et de politique étrangère. La victoire démocrate réduit sa marge de manœuvre politique sans lui retirer la capacité de prendre des décisions militaires.
Autre dossier particulièrement sensible pour Jérusalem : l’aide américaine à Israël. Mardi, à quelques heures du scrutin, Trump a annoncé avoir convenu avec Benyamin Netanyahu de mettre fin, dès la fin de l’année, aux quelque quatre milliards de dollars d’assistance militaire annuelle. Une déclaration qui soulève de nombreuses interrogations, puisque l’accord bilatéral actuellement en vigueur prévoit 38 milliards de dollars sur dix ans, jusqu’en 2028.
La nouvelle majorité démocrate pourrait peser sur les modalités de cette éventuelle suppression, mais aussi renforcer les contrôles sur les ventes d’armes et les livraisons de munitions à Israël. Certains élus réclament depuis plusieurs années que l’assistance américaine soit assortie de conditions liées à la conduite des opérations militaires et à la situation des Palestiniens. D’autres, au sein du même parti, restent fermement attachés au partenariat stratégique avec l’État hébreu.
Sur le plan diplomatique, Jérusalem pourrait également faire face à une pression parlementaire accrue. Les démocrates prendront la tête des commissions du Congrès, avec la possibilité d’organiser des auditions sur la politique israélienne à Gaza, la situation en Judée-Samarie ou les perspectives de règlement du conflit israélo-palestinien. Ils pourront aussi demander des comptes à l’administration sur ses décisions concernant Israël. Le président américain conservera néanmoins la conduite de la diplomatie et son pouvoir de veto.
Au-delà des conséquences immédiates, le scrutin révèle une évolution plus profonde de la politique américaine. Le soutien à Israël, longtemps consensuel entre républicains et démocrates, suscite désormais des divisions de plus en plus marquées au sein du Parti démocrate. La victoire au Michigan d’Abdul El-Sayed, premier musulman élu au Sénat américain et farouche opposant à la politique israélienne, illustre la progression d’un courant qui souhaite revoir les relations entre Washington et Jérusalem. Lors de son discours de victoire, il a dénoncé l’utilisation de l’argent des contribuables américains pour financer ce qu’il qualifie d’« apartheid » et de « génocide ». Il a également célébré son élection par un « Alhamdulillah », « Louange à Dieu » en arabe.
Les résultats américains ont déjà suscité des réactions sur la scène politique israélienne. Yaïr Lapid estime que la victoire démocrate rend impossible la formation d’un gouvernement d’union nationale dirigé par Benyamin Netanyahu. Yaïr Golan, président des Démocrates, met quant à lui en garde contre les risques d’isolement diplomatique et de confrontation avec Washington si Netanyahu reste au pouvoir.
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