UN ARTICLE DE COURRIER INTERNATIONAL. À l’approche du troisième anniversaire du 7 Octobre, deux productions israéliennes arrivent sur les écrans français. La cinquième saison de Fauda et celle de Naza reviennent, chacune à leur manière, sur les massacres perpétrés par le Hamas en Israël et leurs conséquences. Toutes deux ont été pensées pour un public aussi bien local qu’international.
La cinquième saison de Fauda, diffusée en Israël à la mi-mai, est depuis le 8 septembre en ligne sur Netflix, en France et dans 135 autres pays.
Le documentaire Naza sera à l’affiche en France les 12 et 13 octobre. Il est aussi projeté dans une cinquantaine de pays, hors Israël pour l’instant. À partir de la fin novembre, le film sera visible gratuitement sur le site du quotidien britannique The Guardian, qui l’a coproduit.
Aussi, peu de temps après les attaques qui ont fait 1 200 victimes côté israélien, et alors que se poursuit une offensive de représailles sur Gaza qui a déjà fait plus de 73 000 morts palestiniens, la situation est délicate. Dans un éditorial qui compare Fauda et Naza, publié le 15 septembre, le Jerusalem Post reconnaît aux artistes israéliens le droit et le devoir de “mettre en cause le pays dont ils viennent”. Il s’agit, selon ce quotidien israélien classé à droite, de “ne pas détourner le regard de la souffrance des Palestiniens, ni des faillites des autorités israéliennes, ni de la brutalité que produit la guerre, tout en préservant le contexte, l’incertitude et le libre arbitre des êtres”.
La vengeance comme mot-clé
La cinquième saison de Fauda débute sur un mot arabe, tha’r, ainsi défini à l’écran : “‘Vengeance sanglante’. Réparer l’honneur bafoué ou venger une injustice.” On retrouve Doron (Lior Raz) et ses hommes, les héros de la populaire série. Tous arabophones, ils sont d’anciens membres d’une unité spéciale chargée de missions d’infiltration en territoire palestinien. Mais depuis la fin de la saison 4, en 2022, ils ont bien changé, commente, dans la Süddeutsche Zeitung, le sociologue israélien Natan Sznaider : “lls n’ont pas seulement vieilli, ils sont traumatisés, consumés et désormais en marge du système d’État qu’ils défendaient autrefois.” Ils ne partagent plus, non plus, “une même langue” avec leurs adversaires. Elie (Yaakov Zada-Daniel) a perdu sa femme et ses deux enfants le 7 Octobre. Lui et ses collègues vont partir, d’abord à Marseille, puis en Syrie, sur les traces de membres du Hamas qui ont tué sa famille, pour se venger. Tard dans la saison, durant les épisodes 7 et 8, la journée du 7 Octobre est reconstituée. Une première dans une fiction israélienne.
Si la bande de Gaza reste bien lointaine, dans cette saison de Fauda, elle est omniprésente dans le documentaire de Rachel Szor et Yuval Abraham : sous le couvert d’un anonymat complet, 24 soldats et agents de renseignements israéliens racontent les exactions auxquelles ils ont participé dans l’enclave palestinienne après le 7 Octobre, avec l’aide de programmes d’intelligence artificielle. Le film doit son titre à l’acronyme hébreu NAZA, pour nezek agavi, qui signifie “dommage collatéral” : il renvoie au nombre de victimes civiles palestiniennes qui est anticipé, et donc autorisé par l’état-major, avant une frappe israélienne. Naza est nourri des enquêtes que Yuval Abraham en personne a publiées sur +972 Magazine, le site Internet israélo-palestinien pour lequel il travaille. Dans un de ses articles, le journaliste a explicitement dénoncé un “génocide” en cours.
Selon Natan Sznaider, Fauda et Naza ont en commun de poser la même question : “Jusqu’où a-t-on le droit de se venger ?” Ces deux productions, et la réception qu’elles ont eue en Israël, permettent aussi de se faire une idée de l’état d’esprit dans le pays, trois semaines avant des législatives cruciales. Quel sens les Israéliens donnent-ils aux événements des trois dernières années ? Qu’est-ce qui est dicible et audible pour eux ?
“Fauda”, miroir plus fidèle ?
Pour le Jerusalem Post, Naza a le tort de taire que le terme “génocide” est contesté par les autorités et l’état-major israélien. L’anonymat des témoins prive le spectateur d’informations sur “leur rang, leur niveau d’accès aux renseignements, la nature de leur participation, directe ou non, et leurs éventuelles motivations” ; informations qui seraient précieuses pour recouper et vérifier leurs dires selon le titre israélien.
Les réalisateurs voudraient être crus sur parole, en somme, accuse le quotidien anglophone, or “un documentaire qui porte des accusations de massacres systématiques devrait être aussi exigeant envers lui-même qu’il l’est envers l’État d’Israël”.
À l’inverse, le Jerusalem Post estime que Fauda, dans sa dernière saison, se livre à un salutaire exercice d’“autocritique” : “La puissance de la série est dans la question qu’elle pose – que fait la vengeance à ceux qui l’exécutent – et qu’elle laisse lancinante, sans réponse.”
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