Défense : Israël mise sur deux fonds de capital-risque par le biais de garanties d’État

Deux fonds ont pour mission de lever au moins 150 M de $ chacun à investir dans des start-ups, afin de renforcer l’indépendance technologique nationale et la supériorité sur le champ de bataille

Illustration : Des soldats de l'armée de l'air israélienne devant une batterie du système de défense aérienne Arrow, sur une photo publiée le 26 juin 2025. (Crédit : Armée israélienne)

Israël a décidé d’apporter son soutien à deux fonds de capital-risque par le biais de garanties d’État. Cette initiative vise à favoriser le développement de la prochaine génération de technologies de défense de pointe locales, ainsi qu’à renforcer l’indépendance du pays en matière de sécurité et sa supériorité tactique sur le champ de bataille.

À l’issue d’un processus d’appel d’offres, le ministère des Finances, en collaboration avec la Direction de la recherche et du développement de la défense (DDR&D) du ministère de la Défense, a retenu les fonds de capital-risque Adir Capital et Sling Capital. Ces derniers auront pour mission de mobiliser des investissements privés dans des technologies militaires et à double usage stratégiques, ainsi que de contribuer à consolider la position d’Israël en tant que pôle mondial d’innovation dans le domaine de la défense.

Cette initiative intervient alors que les membres de l’OTAN se sont engagés, l’année dernière, à porter leurs dépenses de défense à 5 % du PIB, et alors que certains gouvernements européens annulent des contrats d’armement avec de grands fournisseurs israéliens du secteur de la défense – et envisagent d’imposer des sanctions à Jérusalem en raison de la guerre menée contre le groupe terroriste palestinien du Hamas à Gaza.

« La création de ces fonds marque une étape cruciale dans la stratégie du ministère de la Défense qui vise à transformer l’écosystème unique d’Israël — en mettant en relation le ministère de la Défense et l’armée israélienne avec les industries de la défense et l’entrepreneuriat local — en un leader mondial du secteur des technologies de défense », a expliqué Amir Baram, directeur-général du ministère de la Défense.

Dans le cadre de cette initiative, Adir Capital, géré par Idan Financial Instruments, et Sling Capital, dirigé par Giza Venture Capital, les lauréats de l’appel d’offres, recevront chacun 100 millions de shekels de garanties de l’État. Adir a recruté le général de division (de réserve) Mishel Yanko en tant que président du fonds soutenu par l’État et le général de division (de réserve) Yaakov Ayish en tant que conseiller stratégique. Yanko a occupé le poste de chef du Directorat de la Logistique et des Technologies de l’armée israélienne pendant la guerre entre Israël et le Hamas.

Les garanties d’État protègent les investisseurs contre le risque de pertes, et servent de mesures incitatives pour encourager l’investissement dans de nouvelles technologies de défense de pointe, considérées comme à haut risque.

Cette initiative conjointe vise à combler le fossé entre la pénurie actuelle de capitaux privés et de fonds disponibles pour les secteurs de la défense à haut risque, d’une part, et le besoin croissant d’innovation militaire, souligné par les conflits sur plusieurs fronts auxquels Israël est confronté et dans le contexte des risques géopolitiques émergents, d’autre part.

La guerre contre le Hamas, qui a éclaté à la suite du pogrom qui a été perpétré le 7 octobre 2023 par ce groupe terroriste dans le sud d’Israël, a favorisé la croissance des start-ups spécialisées dans les technologies de défense, qui sont souvent dirigées par des réservistes de retour du champ de bataille. Les besoins urgents en matière de sécurité, dans un contexte de guerre en pleine mutation, ont rendu nécessaire le développement, par des entreprises innovantes, de systèmes de défense autonomes, mis au point à la vitesse des start-ups, pouvant être déployés et remplacés en quelques mois plutôt qu’en plusieurs années.

« Après trois ans de guerre, nous devons accroître les investissements dans la recherche et le développement pour maintenir l’avantage qualitatif et stratégique de l’appareil de défense et pour soutenir le développement de la prochaine génération de ‘surprises’ technologiques », a déclaré Baram.

Cette initiative s’appuie sur un modèle similaire au programme Yozma, qui avait été mis en place par le gouvernement dans les années 1990 afin de créer un secteur local de fonds de capital-risque chargés d’investir dans les technologies israéliennes en plein essor, et qui a contribué à faire du pays une véritable cyber-nation des start-ups.

Selon la comptable générale Michal Abadi-Boiangiu, les fonds garantis par l’État constituent un outil stratégique essentiel pour encourager l’émergence de nouveaux moteurs de croissance dans l’économie.

Au cours des six à douze prochains mois, les deux fonds retenus devraient lever au moins 150 millions de dollars chacun. Le soutien de l’État devrait susciter l’intérêt tant au niveau local qu’international, et permettre à chacun de ces fonds d’investissement de lever un capital total compris entre 300 et 350 millions de dollars.

Le ministre de la Défense, Israel Katz (au centre), visitant les technologies de défense de l’Institut Rafael Leshem, dans le nord d’Israël, le 16 mars 2025. (Crédit : Shira Kinen/Ministère de la Défense)

La moitié de ces fonds garantis par l’État sera investie dans des entreprises israéliennes exclusivement liées à la défense et n’opérant pas dans des domaines à double usage, c’est-à-dire à la fois militaires et civils. La sélection des entreprises sera effectuée en collaboration avec la DDR&D – ou Mafat en hébreu – en fonction des besoins du pays en matière de technologie militaire. Ces technologies éprouvées au combat serviront les exigences de la défense nationale et seront également commercialisées à l’étranger, en collaboration avec Mafat.

Cette initiative vise à créer un écosystème national favorisant le développement de l’entrepreneuriat et de l’innovation, ce qui contribuera à préserver les chaînes d’approvisionnement en composants militaires critiques et à soutenir la production nationale, tout en favorisant la création d’emplois et la croissance économique du pays.

Les domaines d’investissement prioritaires couvrent notamment les composants d’armes, les drones, les systèmes autonomes à faible coût, les systèmes de navigation stratégiques pour la guerre électronique et les technologies à double usage applicables aux chaînes d’approvisionnement. Près de 20 % des capitaux levés par Adir seront investis dans des entreprises en phase de démarrage et 80 % dans des entreprises en croissance qui disposent déjà d’une technologie éprouvée liée à la défense ainsi que d’un produit adapté au marché.

Depuis plusieurs décennies, l’industrie de la défense israélienne est dominée par une poignée de grandes entreprises, notamment Rafael Advanced Defense Systems, Israel Aerospace Industries (IAI) et Elbit Systems. Ces grands sous-traitants de la défense ont travaillé en étroite collaboration avec le gouvernement, concluant des contrats d’approvisionnement à long terme et développant des technologies propriétaires.

Selon les données recueillies par Startup Nation Central, Israël compte plus de 334 start-ups et entreprises spécialisées dans les technologies de défense. Ces start-ups et entreprises opèrent dans les domaines de l’aérospatiale, de la défense et des technologies de sécurité intérieure (HLS), ainsi que dans les domaines des systèmes autonomes, de la cyberdéfense, de l’IA et de la robotique.

 

Le Times of Israël

Partager :