L’industrie spatiale israélienne s’intéresse beaucoup a une expérience incroyable. Dans la clinique Medes, à Toulouse, qui organise depuis 30 ans des tests de médecine spatiale, l’ambiance est celle d’un hôpital très calme, en ce mois de juin. Les dix volontaires de cet essai clinique, des hommes en bonne santé âgés de 20 à 40 ans, sont installés deux par deux dans cinq chambres qui donnent sur un même couloir. Ils sont tous allongés sur le dos, équipés de capteurs et ils ont les pieds 17 centimètres plus hauts que la tête. Leur mission consiste à rester 10 jours au lit dans cette position, sans même s’asseoir.

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Cette idée peut faire rêver, mais comme l’expliquent Jean et Loic, qui partagent la même chambre, rester dans cette position reste un défi au quotidien. Les volontaires doivent toujours avoir « les épaules sur le lit ». « Le premier jour, explique l’un d’eux, c’était le plus compliqué physiquement, avec le mal de dos et l’impression gênante de la circulation du sang dans la tête. »

« Pour s’occuper la journée, ajoute le second compagnon de chambrée, on peut utiliser des consoles, des PC, des livres, nos téléphones en général. Les infirmières et les aides-soignantes sont aussi là pour nous faire des animations, venir discuter, nous occuper. » Les visites des proches ne sont pas autorisées. Les volontaires doivent aussi prendre leur douche allongés sur un brancard. Même chose pour aller aux toilettes. Et quand ils regardent la télévision, la Coupe du monde, par exemple, c’est au plafond, grâce à un rétroprojecteur.

« Une cuillère de miel le matin, une soupe à midi et un bouillon le soir »

Ces volontaires sont aussi sévèrement rationnés sur le plan alimentaire. Les scientifiques veulent savoir comment l’organisme réagit à la faim en cas de rupture d’approvisionnement alimentaire dans l’espace ou dans le cas d’un voyage très long, vers Mars, par exemple. Dans cet essai clinique, l’apport quotidien en calories est divisé par 10. Depuis six jours, ils sont rationnés à « 250 kilos calories par jour ». Ce « qui correspond à une cuillère de miel le matin, le midi une soupe avec un jus de fruit et le soir un bouillon », explique l’un des deux compagnons de chambre.

Tout est pesé au gramme près. Alors quand le plateau-repas arrive à midi, les voisins de chambre de Loïc et Jean ont leur rituel pour mieux l’apprécier. « Il y a 125 millilitres de soupe et 125 millilitres de jus : on déguste », assure ce voisin.

« Avec mon collègue, poursuit-il, on commence par la soupe et après on termine par le jus, ensuite on prend un petit café déca. On a le droit deux cafés décaféinés par jour et à de la tisane à volonté. Le troisième jour, j’avais un peu faim, mais le corps s’habitue et là ce n’est pas que je n’ai pas faim, mais je ne suis pas en manque de nourriture. »

« C’est exactement ce qu’on retrouve dans l’espace »

Ces volontaires ne partiront jamais dans l’espace. Mais en restant sur terre dans cette position allongée avec les pieds six degrés plus haut que la tête, les volontaires font vivre à leur corps une situation proche de celle que vivent les astronautes, explique Matthieu Marty, doctorant en physiologie spatiale.

Durant l’essai clinique, ces volontaires subissent donc différents tests neurologiques, cardiovasculaires, osseux, ou encore musculaires. Autant d’examens qui permettent de mieux comprendre comment l’organisme réagit à l’apesanteur, mais ce n’est pas le seul but recherché, précise Marie-Pierre Bareille, responsable des activités de la clinique spatiale. « Les protocoles sont très précis, souligne-t-elle. Cette étude peut également servir à une meilleure connaissance de la physiologie humaine. Les effets de l’alitement ou du manque d’exercice physique sont des questions qui se posent dans nos sociétés très sédentaires. Cette expérience est donc enrichissante pour le commun des mortels. » Pour prêter leur corps à la science, ces volontaires sont indemnisés 5 000 euros pour les 10 jours de jeûne et d’alitement.

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