Les géants israéliens de la tech entament des licenciements massifs alors que l’IA révolutionne le secteur.

L’israélien Wix supprime 20 % de ses effectifs mondiaux, la force du shekel faisant grimper les coûts et l’entreprise adoptant des « méthodes de travail IA-natives » ; la société de fintech Rapyd et l’éditeur de logiciels Amdocs lui emboîtent le pas

 

Illustration : Une application créée par Wix. (Crédit : Wix)

Illustration : Une application créée par Wix. (Crédit : Wix)

Wix, Rapyd et Amdocs sont les dernières entreprises technologies israéliennes en date à adopter une politique de licenciements. Elles visent ainsi à rationaliser leurs activités, à réduire leurs coûts et à réorganiser leurs effectifs, contraintes de composer avec la révolution de l’automatisation.

L’éditeur de logiciels de création de sites web en libre-service Mix a confirmé jeudi les informations selon lesquelles l’entreprise s’apprête à licencier jusqu’à 1 000 employés, soit environ 20 % de ses effectifs en Israël et à l’étranger, face à la hausse des coûts due à la vigueur persistante du shekel. Des licenciements annoncés après que le fournisseur de plateformes de commerce électronique a enregistré une perte au premier trimestre de cette année, et investi dans des outils liés à l’IA.

« Pour nous, il ne fait aucun doute que dans cette nouvelle ère, les entreprises doivent évoluer pour conserver leur avance et rester compétitives, sous peine de se laisser distancer », a déclaré Avishai Abrahami, cofondateur et PDG de Wix, dans un message qu’il a adressé à ses employés. « Nous devons transformer notre organisation pour qu’elle soit plus agile, plus légère et plus horizontale. »

« Nous procédons à ce changement à l’échelle de l’entreprise ; c’est une décision qui aura des répercussions sur l’ensemble de l’organisation, et qui sera dictée par la nécessaire évolution de notre mode de fonctionnement », a précisé Abrahami.

Le premier motif invoqué par Abrahami pour justifier cette vague de licenciements est la forte hausse du shekel au cours des derniers trimestres, qui a entraîné une augmentation des coûts. La devise locale, qui s’est appréciée de plus de 20 % au cours des 12 derniers mois et qui a atteint son plus haut niveau depuis 33 ans face au dollar, a pénalisé les bénéfices de nombreuses entreprises israéliennes, lesquelles vendent principalement à l’international et perçoivent la plupart de leurs revenus en dollars. C’est en revanche en shekels qu’elles paient les salaires de leurs employés, leurs frais généraux, leurs impôts et leurs autres dépenses, rendus plus coûteux par la valeur élevée de la devise locale.

Les entreprises sont ainsi contraintes de prendre des décisions difficiles, avec des conséquences douloureuses sur le plan national, tant pour leurs employés que pour l’économie.

Le PDG de Wix, Avishai Abrahami, deuxième à partir de la droite, accompagné, de gauche à droite, du CMO Omer Shai, du président et COO Nir Zohar, du cofondateur et CTO Giora (Gig) Kaplan, et du cofondateur et vice-président du développement clientèle Nadav Abrahami, en novembre 2013. (Crédit : Nasdaq/Wix)

« La plupart de nos équipes étant basées en Israël, une part très importante de nos coûts est exprimée en shekels, tandis que nos revenus sont en grande partie libellés en dollars », a ajouté Abrahami. « Cette situation pèse de manière structurelle sur notre capacité à fonctionner à notre échelle actuelle. »

« Cette réalité a une incidence directe sur ce qui est viable pour notre entreprise », a-t-il averti.

Fondée en 2006, la société Wix est cotée au Nasdaq et affiche une capitalisation boursière de près de 2,2 milliards de dollars. Fin mars, cette entreprise technologique employait 5 277 personnes, dont plus de 60 % en Israël.

Les exportateurs et fabricants locaux de technologies tirent depuis longtemps la sonnette d’alarme quant à l’impact de plus en plus néfaste de la force du shekel sur l’industrie et l’économie israéliennes. Ils exhortent la Banque centrale d’Israël et le ministère des Finances à intervenir pour ralentir la hausse continue de la monnaie locale.

« Malheureusement, en l’absence de toute action gouvernementale, les entreprises du secteur industriel et des hautes technologies devront prendre des décisions sur la seule base de critères économiques », a indiqué l’Association des fabricants israéliens.

La deuxième raison invoquée par Abrahami pour ces suppressions d’emplois est « l’évolution rapide des capacités de l’IA » et la nécessité d’adopter des « méthodes de travail IA-natives ».

Une photo illustrative d’un concept fintech abstrait. (monsitj via iStock by Getty Images)

« Nous assistons aujourd’hui à la plus grande transformation dans la manière dont les entreprises s’organisent depuis l’invention des langages de programmation modernes, dans les années 1970 », a affirmé Abrahami. « Il ne s’agit pas simplement d’adopter de nouveaux outils. Il s’agit de repenser fondamentalement la manière dont les entreprises sont structurées, dont elles raisonnent, dont elles sont gérées et dont elles fonctionnent. »

« Les entreprises qui adhèrent à ce changement ne se développeront pas seulement plus rapidement ; elles pourront créer des choses que la génération précédente ne pouvait littéralement pas imaginer », a-t-il souligné.

À l’instar de Wix, la licorne de la fintech Rapyd a annoncé avoir entrepris une restructuration organisationnelle majeure. Elle veut évoluer vers un modèle de fournisseur de plateformes fintech qui place l’IA au cœur de son activité. Elle espère ainsi croître plus rapidement et fonctionner plus efficacement.

Rapyd n’a fourni aucun détail concernant l’ampleur des licenciements prévus, indiquant seulement qu’elle s’appuiera sur une équipe plus ciblée et plus professionnelle. Rapyd emploie quelque 700 personnes à l’échelle mondiale, dont son personnel basé à Tel Aviv.

« Nous restructurons aujourd’hui Rapyd afin de nous conformer à un changement fondamental de notre modèle économique : Rapyd est désormais une entreprise gérée par l’IA », a annoncé Arik Shtilman, PDG de Rapyd, dans une lettre adressée à son personnel. « Ce n’est pas un objectif futur ; c’est notre réalité actuelle. En intégrant l’IA en tant que système centralisé pilotant nos opérations mondiales, nous avons fondamentalement modifié notre façon de travailler. »

« L’entreprise est florissante et rentable… Nous faisons le choix délibéré de réaffecter nos ressources aux capacités de notre plateforme et aux investissements en IA qui stimuleront notre prochain cycle de croissance », a ajouté Shtilman.

Le parc Amdocs à Raanana. (Autorisation : Oron Golkarov)

Cette plateforme de « fintech-as-a-service » propose une gamme de services financiers visant à faciliter les paiements locaux et transfrontaliers pour les entreprises. Elle offre notamment des portefeuilles numériques, une protection contre la fraude, des services de transfert d’argent, des fonctionnalités de facturation, la prise en charge multidevises et des solutions pour les points de vente.

La société israélienne de logiciels et de communications Amdocs serait elle aussi en train de préparer une réduction de 10 % de ses effectifs mondiaux. Selon les médias israéliens, cette mesure devrait affecter jusqu’à 3 000 employés, dont plusieurs centaines sont basés en Israël. Cette décision intervient dans le sillage de l’entrée en fonction, plus tôt cette année, du nouveau PDG du géant des logiciels, Shimie Hortig.

À ce sujet, Amdocs a expliqué que « sa nouvelle direction a lancé un vaste programme visant à repenser le modèle opérationnel de l’entreprise et à renforcer son leadership mondial », tout en adaptant ses processus de travail à l’ère de l’IA.

« Dans le cadre de ce programme, le statut et l’importance stratégique des activités de l’entreprise en Israël devraient également être renforcés », a précisé Amdocs. « Il n’est toutefois pas possible à ce stade de donner des détails concrets. Certains éléments sont en effet encore en cours d’examen. »

Amdocs a été fondée en 1982 par Boaz Dotan et le philanthrope sud-africain milliardaire d’origine israélienne Morris Kahn, aujourd’hui décédé, à l’origine pour développer une plateforme logicielle de facturation. La société s’est ensuite orientée vers les services logiciels destinés aux opérateurs de télécommunications, aux entreprises du secteur des médias, ainsi qu’aux acteurs financiers et numériques.

Plusieurs entreprises technologiques créées en Israël se sont alignées sur les licenciements annoncés ces dernières semaines par les géants mondiaux de la technologie, notamment Meta, Microsoft et Coinbase.

Au début du mois, des dizaines d’employés de Meta Israël ont reçu leur lettre de licenciement, dans le cadre d’une vague de suppressions d’emplois lancée par le géant américain de la technologie, qui vise à réduire de 10 % ses effectifs mondiaux afin de compenser les milliards de dollars investis dans les infrastructures d’IA.

Cette vague de licenciements touche également les start-ups et les petites entreprises technologiques en Israël.

Ce mois-ci également, la start-up israélienne AI21 Labs, spécialisée dans le traitement automatique du langage (NLP), a annoncé une importante restructuration organisationnelle, avec une réduction d’effectifs d’environ 60 %, selon des informations parues dans la presse israélienne. Ces coupes drastiques maintiendront principalement en poste des chercheurs et des développeurs expérimentés, auxquels il reviendra de faire évoluer le système de gestion d’agents IA Maestro et d’améliorer les algorithmes de ses modèles linguistiques.

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