Eric Danon : « On arrive au bout du bout de la relation de sécurité entre Israël et la France »
De tensions diplomatiques en désaccords stratégiques, la relation entre Paris et Jérusalem semble atteindre un point de rupture inédit
Les relations entre la France et Israël ont subi un nouveau coup dur, semblant sceller une rupture déjà bien engagée. En marge des pourparlers historiques entre Israël et le Liban, qui se sont déroulés à Washington le 14 avril, Yechiel Leiter, ambassadeur d’Israël aux États-Unis, a déclaré : « Nous ne voulons certainement pas que les Français s’immiscent dans les négociations. Nous aimerions les tenir aussi éloignés que possible de pratiquement tout, mais surtout lorsqu’il s’agit de négociations de paix. »
Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, lui a répondu, se disant « très satisfait » de constater que le gouvernement israélien se soit « résolu à répondre à la demande de la France », à savoir « que le gouvernement israélien saisisse la main tendue par le gouvernement libanais pour engager un dialogue historique », afin de « consolider un cessez-le-feu et régler le différend qui oppose les deux pays ». Il a également salué, non sans ironie, un homme « très diplomate », « très subtil » et « très fin ».
De son côté, l’ancien ambassadeur d’Israël en France, Avi Pazner, défend les propos de Leiter, estimant qu’il relève du mandat d’un ambassadeur de relayer la position de son pays.
Ce nouvel épisode dans les relations franco-israéliennes s’inscrit dans « la suite logique d’une très lente dégradation », à l’œuvre « quasiment depuis le 7 octobre », selon Éric Danon, ancien ambassadeur de France en Israël. Ce dernier revient sur une longue liste d’incidents entre les deux pays, citant notamment « l’interdiction des entreprises israéliennes à Eurosatory, puis au Bourget », ainsi que « la restriction des ventes d’armes à Israël ».
Concernant la guerre contre l’Iran, il dénonce la décision d’empêcher un avion américain transportant des armes pour Israël de survoler le territoire français.
Sur la question palestinienne, Éric Danon déplore « la reconnaissance de la Palestine, sans condition » par la France.
Et, sur la question libanaise, il estime que la position française relève d’ « un cafouillage redoutable », qui « porte en elle-même sa propre contradiction ». Selon lui, face à la menace que représente le Hezbollah, la France « ne fait rien », tout en s’opposant à ce qu’Israël agisse directement. « On est arrivé à peu près à ce que l’on pouvait faire de pire, c’est-à-dire la diplomatie de l’impuissance affichée », affirme-t-il.
Pour Avi Pazner, qui regrette lui aussi l’état actuel des relations entre la France et Israël et considère que la participation française aux pourparlers serait « contre-productive », la France — et l’Europe plus largement — ne comprend pas qu’« Israël se défend contre des menaces existentielles ». « Israël doit se défendre », ajoute-t-il, même si « la guerre n’est jamais un spectacle réjouissant ».
« On arrive au bout du bout de la relation de sécurité entre Israël et la France. C’est fini », conclut Éric Danon, pour qui il s’agit là d’ « une véritable nouvelle étape » dans les relations entre les deux pays.
Times of Israël

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