La France menace Israël « de sanctions nationales »
L’accord entre l’UE et Israël pourrait être rediscuté après les frappes « disproportionnées » d’Israël contre le Hezbollah, affirme Paris
Une possible suspension de l’accord entre l’Union européenne et Israël pourrait être rediscutée après les frappes israéliennes « disproportionnées » au Liban et les exactions commises par les radicaux israéliens en Cisjordanie, a déclaré jeudi le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères.
« Vu la gravité de ce qui s’est passé hier (mercredi au Liban lors d’une frappe contre le Hezbollah, ndlr) et par ailleurs étant donné la situation en Cisjordanie, on ne peut pas exclure que la discussion sur la suspension de l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël se rouvre en plus de sanctions nationales », a déclaré Pascal Confavreux.
« Israël a bien sûr le droit de se défendre, mais ses actions sont non seulement inacceptables mais encore disproportionnées et mènent de facto à une impasse », a-t-il ajouté.
En janvier, une initiative citoyenne européenne (ICE) lancée par La France insoumise (LFI) et l’Alliance de la gauche européenne avait recueilli plus de 140 000 signatures en trente-six heures pour demander la suspension totale de l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël.
Si la suspension de l’accord devait être décidée, celle-ci ne mettrait pas fin aux échanges entre l’UE et Israël, mais supprimerait les exemptions de droits de douane prévues par l’accord.
D’après les chiffres transmis par la Commission européenne, les signatures provenaient des vingt-sept États membres. La France dominait largement la mobilisation avec 79 259 soutiens, devant l’Italie (19 145) et l’Espagne (11 613), un contraste qui souligne une forte dynamique dans le sud de l’Europe.
L’accord d’association UE–Israël, signé en 1995 et entré en vigueur en 2000, constitue le socle du partenariat. Il encadre le dialogue politique, facilite le libre-échange dans plusieurs secteurs, notamment industriel et agricole, et permet à Israël de participer à certains programmes européens comme Horizon Europe.
L’UE est d’ailleurs le premier partenaire commercial d’Israël : en 2024, 28,8 % des exportations israéliennes étaient destinées aux Vingt-Sept et 34,2 % des importations du pays en provenaient, pour un volume total de 42,6 milliards d’euros.
C’est l’article 2 de cet accord, qui fait du respect des droits de l’homme un « élément essentiel » du partenariat, que les promoteurs de l’ICE entendaient activer. Ils s’appuyaient sur plusieurs documents institutionnels, notamment une note du Service européen d’action extérieure de juin 2025 évoquant des violations répétées du droit international humanitaire à Gaza et en Cisjordanie, ainsi que des ordonnances de la Cour internationale de justice (CIJ) appelant Israël à prévenir tout risque de « génocide » et à garantir l’accès de l’aide humanitaire.
En février 2025, plus de 120 organisations de la société civile avaient également demandé la suspension de l’accord ; quelques mois plus tard, les Pays-Bas réclamaient un examen du respect de l’article 2, une démarche déjà jugée « légitime » par le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot.
En septembre 2025, Ursula von der Leyen avait même évoqué une suspension partielle de certaines dispositions, tout en soulignant la difficulté de réunir une majorité d’États membres sur un sujet aussi clivant.
En octobre 2025, un changement de climat diplomatique est intervenu après l’annonce d’un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas, parrainé par le président américain Donald Trump. À l’issue d’une réunion des ministres des Affaires étrangères à Luxembourg, la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas avait affirmé que l’UE ne renonçait pas totalement à d’éventuelles sanctions, estimant que « tant que nous ne verrons pas de changement tangible et durable sur le terrain, la menace de sanctions restera sur la table ». Aucune mesure n’a été adoptée « pour l’instant », mais Bruxelles avait déjà préparé une première liste de sanctions en juillet, restée en suspens depuis.
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