UN ARTICLE EXCEPTIONNEL DE LIBNANEWS. Le cessez-le-feu conclu entre Washington et Téhéran n’a pas seulement révélé les limites de la puissance américaine. Il a aussi mis en difficulté deux autres pôles qui espéraient tirer profit d’une campagne de pression maximale contre l’Iran : Israël et plusieurs monarchies du Golfe. Selon Axios, Donald Trump a choisi d’avancer vers un règlement avec Téhéran malgré les pressions de Benyamin Netanyahu, de l’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis et d’alliés républicains qui souhaitaient maintenir une ligne plus dure.

Le même média rapporte que le vice-président J. D. Vance et Steve Witkoff ont poussé, dans le cercle rapproché du président, en faveur de l’acceptation de l’accord. Cette séquence dit beaucoup du nouveau rapport de force régional : l’Iran n’a pas été isolé, il n’a pas été neutralisé, et il a obtenu que la sortie de crise se fasse selon un cadre où ses exigences restent centrales.

Une décision américaine prise contre les préférences de plusieurs alliés clés Le point de départ de l’analyse est politique. Axios affirme que la décision de Trump d’aller vers un règlement avec l’Iran a été prise à rebours des positions défendues par plusieurs alliés majeurs de Washington au Moyen-Orient, au premier rang desquels Netanyahu, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis.

Le site ajoute que, dans l’entourage présidentiel, J. D. Vance et Steve Witkoff ont plaidé pour l’acceptation d’un accord plutôt que pour une nouvelle escalade. Cette photographie du débat interne américain est essentielle. Elle montre que la séquence finale n’a pas correspondu à la ligne préférée d’Israël ni à celle de plusieurs capitales du Golfe, mais à une décision de désescalade imposée depuis Washington à un moment où la guerre risquait de devenir trop coûteuse.

Autrement dit, les alliés les plus engagés dans la logique de pression contre Téhéran n’ont pas obtenu de la Maison Blanche la poursuite de la confrontation jusqu’à un point de rupture. Ils ont vu, au contraire, le président américain suspendre les frappes et accepter un mécanisme de sortie de crise fondé sur une proposition iranienne en dix points jugée « praticable » comme base de discussion.

Ce déplacement du centre de décision est lourd de conséquences. Il signifie que ni Israël ni les monarchies du Golfe les plus hostiles à Téhéran n’ont réussi à imposer à Washington leur calendrier maximaliste. Recommande par Libnanews Indicateurs économiques du Liban Suivez les principaux indicateurs économiques en temps réel.

Pour Israël, la séquence ressemble à un recul politique plus qu’à un succès Israël a certes soutenu publiquement la pause décidée par Trump sur le front iranien. Mais ce soutien ressemble davantage à un alignement contraint qu’à une victoire stratégique. D’après les informations disponibles, Netanyahu a dû accepter une trêve qui ne règle pas les dossiers qu’il juge prioritaires : neutralisation durable de l’Iran, réduction de ses capacités balistiques, démantèlement de son programme nucléaire et affaiblissement décisif de ses relais régionaux. Au contraire, la trêve reporte ces contentieux à des négociations ultérieures, sans apporter de résultat définitif sur le fond.

Cette réalité fragilise le récit israélien. Une campagne présentée comme nécessaire pour contenir l’Iran débouche finalement sur un cessez-le-feu dans lequel Téhéran reste un interlocuteur reconnu, conserve ses principaux leviers et impose une partie de son agenda. Même sur le terrain de la communication, le résultat est mitigé pour Israël. Le gouvernement israélien a dû se hâter de préciser que le Liban n’était pas inclus dans la trêve, précisément pour empêcher que l’Iran ne transforme l’accord en protection politique de l’ensemble de son axe régional. Si Israël avait remporté une victoire nette, il n’aurait pas eu besoin de corriger aussi vite le récit de la trêve. Cette rectification défensive dit au contraire que Jérusalem a senti le risque d’un bénéfice symbolique iranien. Le fait même que Trump ait choisi la désescalade malgré les pressions israéliennes est, en soi, un revers pour Netanyahu. Depuis des années, l’un des ressorts de la stratégie israélienne consiste à faire converger au maximum la posture américaine avec les exigences sécuritaires de Jérusalem.

Dans cette séquence, cette convergence s’est fissurée. Washington a privilégié l’arrêt de l’escalade et la réouverture d’Ormuz sur la poursuite d’une guerre potentiellement plus large. Pour Israël, cela signifie que la capacité à entraîner les États-Unis dans une logique de pression continue n’est plus garantie au même degré qu’auparavant. Les monarchies du Golfe découvrent les limites du parapluie américain L’autre grand perdant est le Golfe arabe, ou plus précisément les États qui pensaient pouvoir compter sur la supériorité militaire américaine pour neutraliser rapidement la menace iranienne. La guerre a montré l’inverse. Le détroit d’Ormuz n’a pas été rouvert par la force américaine, mais par une négociation.

Des infrastructures stratégiques du Golfe ont été exposées aux menaces iraniennes. Des compagnies maritimes ont maintenu leur prudence même après l’annonce du cessez-le-feu. Et surtout, la logique de sécurité régionale est restée suspendue à une décision iranienne sur la circulation dans le détroit. Pour les monarchies du Golfe, la leçon est sévère.

Le parapluie américain n’a pas empêché que la crise atteigne directement les routes énergétiques, les marchés et les installations critiques. Il n’a pas non plus permis de rétablir immédiatement une pleine confiance dans la navigation. Des sources médiatiques ont rapporté que Maersk restait prudente après l’annonce de la trêve et que Hapag-Lloyd évaluait à plusieurs dizaines de millions de dollars par semaine le coût des perturbations. Cela signifie qu’au moment même où les États-Unis prétendent garantir l’ordre maritime mondial, le Golfe a vécu une désorganisation profonde que seule une négociation avec l’Iran a pu commencer à atténuer.

Le signal envoyé aux capitales du Golfe est donc inquiétant pour elles. La présence militaire américaine reste immense, mais elle n’a pas produit d’invulnérabilité. Elle n’a pas empêché l’Iran de peser sur le trafic maritime, sur les assurances, sur les prix de l’énergie et sur la perception globale du risque. En termes géopolitiques, cela change beaucoup de choses. Un protecteur n’est pas jugé uniquement sur la puissance de feu qu’il détient, mais sur sa capacité à prévenir le choc. Ici, le choc a eu lieu. Les États du Golfe ont donc découvert que le parapluie américain pouvait intercepter, menacer, punir, mais pas empêcher l’adversaire d’imposer son levier central.

Ormuz est devenu la preuve de la centralité iranienne Le cœur de la victoire géopolitique iranienne se trouve dans le détroit d’Ormuz. Washington voulait démontrer qu’aucun acteur régional ne pouvait durablement prendre en otage la principale artère énergétique du monde. Le résultat est exactement inverse. L’Iran a réussi à faire du détroit non pas une simple zone de crise, mais une monnaie d’échange diplomatique. La trêve a été conditionnée à sa réouverture. Les discussions ont intégré un rôle iranien dans la coordination de la sécurité maritime. Et plusieurs récits de presse ont rapporté que Téhéran entendait conserver une capacité d’encadrement politique sur le passage, voire de monétisation partielle dans certaines versions du plan.

C’est une victoire de structure pour la République islamique. Elle signifie que, malgré la supériorité navale et aérienne américaine, malgré la pression occidentale et malgré la volonté israélienne d’aller plus loin, la sécurité du Golfe reste impossible à penser sans l’Iran. Téhéran a donc transformé sa vulnérabilité apparente en levier géoéconomique. Il ne s’est pas contenté de survivre à la pression. Il a obligé ses adversaires à reconnaître que la sortie de crise passait par lui. Dans l’histoire stratégique du Golfe, ce type de reconnaissance vaut beaucoup plus qu’un simple arrêt provisoire des frappes. C’est aussi ce qui fragilise la posture des États du Golfe les plus hostiles à l’Iran. Pendant des années, leur sécurité a reposé sur l’idée que la puissance américaine pouvait contenir, voire marginaliser durablement Téhéran.

La crise actuelle montre l’inverse : non seulement l’Iran n’a pas été marginalisé, mais il a pu fixer les conditions d’un retour progressif à la circulation dans la zone la plus sensible de l’économie mondiale. Le Golfe découvre donc qu’il reste géographiquement et stratégiquement prisonnier d’un voisin qu’aucune démonstration américaine n’a réussi à neutraliser. L’Iran a gagné parce qu’il n’a pas cédé sur l’essentiel Dire que l’Iran est géopolitiquement gagnant ne signifie pas qu’il a tout obtenu. Cela signifie qu’il a obtenu l’essentiel de ce qu’exige un acteur qui veut sortir d’une guerre sans défaite stratégique. Il a obtenu un arrêt des frappes américaines pendant deux semaines. Il a replacé ses revendications au centre du jeu. Il a imposé que la réouverture d’Ormuz passe par une négociation. Il a conservé ses leviers sur le nucléaire, les missiles et ses alliés régionaux, qui restent des sujets ouverts et non des concessions déjà consenties.

Et il a contraint Washington à traiter sa proposition comme base de travail. C’est pourquoi la formule selon laquelle l’Iran « impose ses conditions » a un fond de vérité, à condition de la comprendre correctement. Téhéran n’impose pas encore un accord final clé en main. En revanche, il impose déjà le fait qu’aucune sortie de crise ne se fera sans prendre en compte ses lignes rouges. Il impose le maintien d’Ormuz comme levier. Il impose que le cessez-le-feu ne soit pas lu comme une capitulation. Il impose aussi un rythme : celui d’une négociation ouverte, non d’une reddition. Pour Washington, Israël et certains États du Golfe, c’est déjà une défaite politique.

Ni l’OTAN ni les Européens n’ont validé l’escalade voulue par Washington La séquence aggrave encore les difficultés d’Israël et des monarchies du Golfe sur un autre plan : celui des alliances occidentales. L’Europe n’a pas suivi les États-Unis dans l’escalade. Les institutions européennes ont salué le cessez-le-feu et appelé à un accord durable.

L’Espagne a publiquement expliqué que les déclarations américaines sur l’OTAN poussaient l’Europe à chercher des alternatives de sécurité. Madrid a aussi rappelé que plusieurs pays européens avaient refusé de participer aux patrouilles américaines dans le détroit d’Ormuz après le début de la guerre. Cette prudence européenne n’est pas un détail : elle signifie que les alliés traditionnels des États-Unis et d’Israël n’ont pas considéré la guerre comme une campagne suffisamment légitime ou maîtrisable pour s’y associer pleinement.

Pour Israël et le Golfe, ce manque d’enthousiasme occidental est une mauvaise nouvelle. Leur stratégie vis-à-vis de l’Iran repose en grande partie sur la capacité à internationaliser la menace iranienne et à rallier derrière eux un front large. Or la crise récente a plutôt produit l’effet contraire. Elle a renforcé les appels à la désescalade, la prudence juridique, la peur des frappes contre les infrastructures civiles et la méfiance à l’égard d’une guerre qui risquait de déstabiliser l’ensemble du système énergétique mondial. Là encore, l’Iran a mieux résisté politiquement qu’attendu. Il n’a pas été transformé en paria absolu capable de rassembler un bloc international homogène contre lui. Israël et le Golfe sortent plus dépendants qu’avant Il y a enfin une conséquence structurelle. Cette guerre ne rend ni Israël ni les monarchies du Golfe plus autonomes.

Elle les rend plus dépendants d’un arbitrage américain devenu plus hésitant, plus tactique et plus sensible au coût économique et politique d’une guerre prolongée. Trump a montré qu’il pouvait menacer très loin, mais aussi reculer rapidement s’il estimait que le prix de l’escalade devenait excessif. Pour des alliés qui comptaient sur une ligne de fermeté continue, c’est un problème majeur. Leur sécurité dépend d’un partenaire qui garde la supériorité militaire mais ne garantit plus la continuité politique de l’affrontement.

Dans ce cadre, l’Iran apparaît comme le seul acteur ayant réellement converti la guerre en bénéfice géopolitique. Il a montré qu’il pouvait désorganiser les flux mondiaux, survivre à la pression, pousser les États-Unis à la négociation, diviser les alliés occidentaux et mettre en évidence les limites du parapluie américain dans le Golfe. Israël, lui, n’a pas obtenu la prolongation de la guerre qu’il souhaitait. Les monarchies du Golfe n’ont pas obtenu la démonstration de sécurité qu’elles attendaient. Et Washington a dû arbitrer en faveur d’une désescalade qui ne correspondait pas aux préférences de plusieurs de ses partenaires régionaux. Le vrai bilan : l’Iran au centre, Israël et le Golfe sur la défensive Le bilan de la séquence est donc moins militaire que politique. Israël et le Golfe ne sortent pas détruits. Ils sortent désillusionnés.

Ils découvrent que la puissance américaine ne suffit pas à imposer seule un nouvel ordre régional. Ils découvrent aussi que l’Iran, malgré les frappes, les sanctions et les menaces, reste capable de bloquer, de négocier et de revenir au centre du jeu. Pour Jérusalem comme pour Riyad et Abou Dhabi, c’est une mauvaise nouvelle stratégique. Car elle signifie que le prochain cycle régional se fera encore avec Téhéran comme acteur incontournable, pas comme puissance marginalisée. C’est en ce sens qu’Israël et le Golfe apparaissent comme les autres grands perdants de cette séquence. Non parce qu’ils auraient subi une défaite classique sur le champ de bataille, mais parce qu’ils n’ont pas obtenu l’issue politique qu’ils souhaitaient.

Ils espéraient une pression durable, une réduction claire de la marge iranienne et une réaffirmation du parapluie américain. Ils obtiennent une trêve négociée, un Ormuz rouvert par compromis, un Iran toujours central et une Maison Blanche qui a choisi l’accord malgré leurs pressions. Dans le Golfe comme au Levant, cela revient à reconnaître une chose simple : à ce stade, c’est bien l’Iran qui a le mieux transformé la guerre en avantage géopolitique. Partager Facebook X WhatsApp Telegram Linkedin Email Imprimer TagsArabie SaouditeAxiosdétroit d’OrmuzÉmirats arabes unisIran géopolitiqueNetanyahuTrump Iran Article précédent Pourquoi les États-Unis sortent perdants de la guerre du Golfe

Lire la suite sur : http://libnanews.com/israel-et-le-golfe-autres-grands-perdants-de-la-sequence-iranienne/

Partager :