L’ex grand patron de Publicis Groupe, Maurice Lévy, a cédé sa place à Arthur Sadoun il y a quelques années déjà.  C’est lui qui commente le rachat d’une startup israélienne de premier plan AdgeAI pour $100 millions.

BIO EXPRESS.

La formation d’Arthur Sadoun est assez classique. Après un bac D à l’Ecole Alsacienne à Paris, il entre à l’European Business School, dont il sort diplômé en 1992. Il reviendra quelques années plus tard sur les bancs de l’école, pour un MBA à l’Insead qu’il obtient en 1998.

Ce quadra « toujours pressé » succède à l’emblématique Maurice Lévy à la tête de la troisième agence de publicité mondiale. Une suite logique dans le parcours de ce patron accessible, familier des gros budgets.

REVUE CAPITAL: « Qui est le nouveau patron de Publicis Groupe ? Valérie Hénaff, la directrice générale de Publicis Conseil, qui a travaillé avec lui à TBWA avant de changer de maison en même temps que lui, rit encore d’une anecdote qui, d’après elle, résume bien le personnage.

« Toujours pressé, il a pris un jour un taxi qui a été arrêté par la police pour excès de vitesse et s’est fait immédiatement retirer son permis de conduire. Il a lui-même pris le volant pour arriver à bon port ! Ça, c’est Arthur, c’est un homme de solutions. »

Direct, accessible, rapide, ainsi le décrit son entourage qui voit en lui le symbole de la nouvelle génération qui s’installe aux commandes des grandes entreprises françaises. A 45 ans, Arthur Sadoun est le deuxième « quadra » à prendre les manettes d’un groupe du CAC 40, après Alexandre Ricard, propulsé à la tête de Pernod Ricard au décès de son père, en 2012. Une génération « qui vous traite d’égal à égal et qui cherche à comprendre la personnalité des gens », résume un proche.

Comme il se doit, Arthur Sadoun a été adoubé par son mentor, celui qui l’a fait venir de TBWA il y a dix ans. « Je veux le laisser faire complètement, assure Maurice Lévy, désormais président du conseil de surveillance. J’ai souhaité qu’il ait strictement le même titre que moi et qu’il occupe cette pièce. »

Question de symbole, même si « Arthur » se serait bien vu rester dans son bureau du 4e étage, séparé par une simple cloison vitrée de l’open space où travaillent les collaborateurs. Beaucoup ne croyaient pas que, cette fois, « Maurice » quitterait vraiment l’opérationnel, et le vieux sage s’en amuse. La main sur le cœur, il promet : « S’il veut un avis, un soutien, je suis là. Mais en aucun cas je ne veux donner le sentiment que, par des conseils, je m’immiscerais dans son mode de fonctionnement. » Un duo parfaitement rodé entre deux hommes que trente ans séparent, mais que rapproche une évidente complicité.

Le nouveau patron de Publicis se sait légitime. A la tête de Publicis Conseil, en France puis à l’international, il a collectionné les budgets, sous le regard exigeant de Maurice Lévy. « Il y a dix ans, nous avons remporté le même jour Intermarché et Yoplait, à une demi-heure d’intervalle, raconte l’intéressé. Sans un mot, Maurice a fait le geste de me saluer en ôtant son chapeau. Et il m’a aussitôt demandé : “Au fait, où en est-on sur Axa ?” On l’a gagné quinze jours plus tard ! ». Mais Arthur Sadoun sait aussi qu’il sera très observé sur sa capacité à retrouver le chemin d’une croissance désormais plus difficile à arracher. « Mon objectif n’est pas de faire mieux que Maurice Lévy, prévient-il d’emblée. La barre est très haute, et il sera toujours là ! » Maurice Lévy avait repris le flambeau au fondateur de Publicis, pour développer une société de 5 000 personnes. Arthur Sadoun, lui, hérite d’un numéro trois mondial, présent du Brésil à la Chine, dont la France ne représente plus que 6 % du chiffre d’affaires. Sans compter la fusion ratée avec l’américain Omnicom, en 2014, qui a eu un impact sur la croissance.

En communiquant chevronné, Arthur Sadoun contrôle son image. Le récit est bien huilé. Après l’European Business School, l’école de commerce dont il obtient le diplôme en 1992, l’entreprenant jeune homme constate que le marché français de l’emploi n’est pas très favorable, envisage d’aller travailler pour une marque de luxe aux États-Unis, avant de changer d’idée. « J’ai tout plaqué et je suis parti créer ma boîte au Chili », raconte-t-il. Pourquoi ? Parce qu’il parle espagnol, que la vie n’y est pas chère, et que le marché est « quasi-vierge ». Avant de quitter Paris, le jeune diplômé prospecte plusieurs marques, du Jacquard français à Lancel et Kookaï, et repart avec une idée toute simple, mais astucieuse : « Racheter les stocks en fin de saison pour les revendre au Chili. » Quand l’été se termine à Paris, il ne fait que commencer à Santiago ! Encore fallait-il y penser.

Beau pedigree

« J’ai toujours fonctionné par des ruptures », affirme l’ancien expatrié, qui revient à Paris au bout de cinq ans, après avoir lancé (puis revendu) une autre activité, « la vente de campagnes de promotion clés en main à des groupes chiliens ». Pourquoi rentrer en 1997 ? Il souhaite alors se rapprocher de ses parents. Il n’en dira pas plus. « Je ne parle jamais de ma vie privée », prévient-il. Sa famille est pourtant bien connue : son père, Roland Sadoun, a été résistant et il a dirigé l’institut de sondage Ifop ; son grand-père Charles a exercé comme médecin à Alger, avant de s’installer à Paris ; et son cousin germain, Claude, a dirigé le Crédit immobilier de France jusqu’en 2012. Beau pedigree aussi du côté maternel, avec un grand-père, Ernest Cordier, président de Thomson dans les années 1960, et un arrière-grand-père, Gabriel, patron d’une compagnie d’électricité au début du XXe siècle. Cet X-Pont a aussi été membre du conseil de régence de la Banque de France pendant treize ans.

Pour relancer sa carrière après son retour, Arthur Sadoun prépare un MBA en un an à l’Insead. « Parce qu’en France il faut un diplôme », glisse-t-il d’un sourire entendu. Sauf qu’à la sortie, contrairement à la quasi-totalité de ses camarades de promotion qui optent pour la banque ou le conseil, il va « dans la pub ». Et pas à un poste de très haut niveau. « J’étais planneur stratégique junior ! », rigole-t-il. Il ne le restera pas longtemps. Vite repéré, le voilà sur la trajectoire ascendante à TBWA Paris, où il passera huit ans, avant d’être récupéré par Publicis. « Depuis, il a eu une promotion tous les deux ans », résume Maurice Lévy, qui l’avait accueilli, un beau jour de décembre 2006, par un speech dans le hall de l’immeuble des Champs-Élysées. Un moment convivial, mais qui ne faisait aucunement d’« Arthur » un successeur de « Maurice ».

Succession « naturelle »

« Il y a dix ans, je pensais qu’il serait un homme-clé de l’avenir, raconte aujourd’hui Maurice Lévy. Mais je ne le voyais pas comme mon successeur direct. » Le passage de témoin étant alors prévu pour 2010, Arthur Sadoun était trop jeune pour figurer dans le casting, et il y avait d’ailleurs un dauphin, Jean-Yves Naouri. Les échéances ayant été repoussées à plusieurs reprises, « Arthur a eu dix ans pour faire ses preuves, comprendre le groupe et sa culture. » Et aujourd’hui, « c’est la bonne personne au bon moment », affirme le nouveau président du conseil de surveillance.

« J’ai été frappé par le caractère naturel de cette succession, elle s’est imposée comme une évidence », considère Alexandre Bompard, PDG de Fnac-Darty, qui apprécie suffisamment Arthur Sadoun pour l’avoir fait entrer au conseil d’administration du groupe de distribution. De quoi l’installer dans sa nouvelle dimension de grand patron. Depuis 2013, il y siège notamment aux côtés de Patricia Barbizet, Brigitte Taittinger-Jouyet, Antoine Gosset-Grainville, Nonce Paolini ou Jacques Veyrat, qui l’apprécie aussi beaucoup. « Même s’il est toujours très attentif aux autres, Arthur a des avis tranchés et ne fait pas trop de compromis », confie l’homme d’affaires, aujourd’hui à la tête de sa propre société, Impala.

Arthur Sadoun lui-même, indique son entourage, apprécie qu’on lui parle cash, même s’il a la réputation de se mettre parfois en colère. Élégant, attentif aux autres, l’homme est soumis à forte pression, avec des semaines où il ne dort pas deux nuits de suite dans le même pays. Et encore, très peu, ce qui explique qu’il préfère couper son mobile pendant son sommeil, pour éviter de fâcheuses erreurs de fuseau horaire. Comment faire baisser la tension, dans de telles conditions ? En nageant. Beaucoup. Deux fois par semaine, à raison de 3 kilomètres de longueurs par séance, où qu’il se trouve dans le monde. Pas loin du régime d’un champion. « En général, j’entre dans l’eau avec un problème dans la tête, et je ressors avec la solution ; elle commence à apparaître vers 1,7 kilomètre ! », raconte le quadragénaire.

Discret sur sa vie privée

« Arthur a un agenda de dingue, mais il n’a pas de baisse de régime, témoigne une amie. Et il est constamment à la recherche d’un équilibre. » Notamment entre sa vie professionnelle et sa vie privée, lui qui peut « traverser l’Atlantique dans les deux sens pour passer quelques heures avec sa famille ». Pas toujours facile, quand on a pour épouse une certaine Anne-Sophie Lapix, journaliste qui fait souvent le buzz. Comme récemment, lorsqu’elle a été choisie pour présenter, à la rentrée prochaine, le 20-Heures sur France 2 à la place de David Pujadas. « Qui est le mari d’Anne-Sophie Lapix ? », s’interrogent parfois les magazines people. « Vous ne trouverez pas de photos posées d’Anne-Sophie et moi, et pas le moindre photocall », se défend celui qui tient à protéger sa famille recomposée – elle a deux garçons, lui une fille. « En fait, il est très fier d’elle », glisse une proche du couple, rappelant l’échange musclé qu’a eu la journaliste, en mars, avec Florian Philippot, le numéro deux du Front national, dans son émission sur France 5, C à vous.

Anne-Sophie Lapix, bientôt à la tête d’un des JT les plus regardés de France, et Arthur Sadoun, au pilotage d’un fleuron du CAC 40 : un vrai couple de pouvoir qui, pour l’instant, a réussi à ne donner à la vie publique qu’un seul gage : Roland-Garros. Tous deux passionnés de tennis, ils y assistaient avant d’être mariés. Il eût été idiot de continuer à y aller séparément, on les y voit donc ensemble. Pour le plus grand bonheur des paparazzis, qui ont peu d’autres occasions à se mettre sous la dent ».

 

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