Le Paris Defence and Strategy Forum s’est tenu à l’École militaire. Lieu de rencontres et de débats entre responsables politiques, hautes autorités militaires et chercheurs venus du monde entier, ce forum couronné de succès a développé une réflexion autour de trois thématiques : le nouveau contexte stratégique européen, la nouvelle architecture de sécurité du continent et les défis des guerres de demain.

« « Je veux vous dire ce matin que jamais depuis quarante ans l’Europe n’a été dans une situation plus menaçante et plus tragique que celle où nous sommes […]. » Ces phrases, Jean Jaurès les prononça dans un discours du 25 juillet 1914. Une semaine plus tard, l’Europe était en guerre et Jaurès était assassiné », ouvre le général Benoît Durieux, président de l’Académie de défense de l’École militaire.

Face à un amphithéâtre comble à l’occasion du Paris Defence and Strategy Forum, il poursuit : « Aujourd’hui, cela fait plus de deux ans que la Russie agressait l’Ukraine ; cela fait des mois que le Hamas attaquait Israël, et les mots de Jaurès résonnent étrangement dans cet amphithéâtre. »

Ce forum était l’occasion d’interroger le nouveau contexte stratégique en Europe provoqué par la série de crises qui se développe à ses portes.

La guerre en Ukraine soulève de nombreuses questions, débattues lors des différentes tables rondes comme l’architecture de sécurité transatlantique, les défis de la cybersécurité et le fait nucléaire. Invité exceptionnel du forum, Gitanas Nausėda, président de la République de Lituanie, a rappelé l’importance de la réflexion et de l’action collective : « La Russie ne va pas s’arrêter, elle ne peut qu’être arrêtée. »

Au Proche-Orient, l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023 et la réponse d’Israël ont des conséquences jusqu’en mer Rouge. Depuis le déclenchement des attaques houthis ciblant des navires civils et militaires, nombre d’armateurs choisissent d’éviter cette route maritime et de contourner l’Afrique. Les conséquences pour le commerce mondial et le continent européen sont déjà concrètes : des livraisons retardées et une augmentation du coût du fret.

Penser l’architecture de sécurité européenne 

Cette nouvelle donne internationale pose une question majeure : quelle architecture de sécurité européenne voulons-nous ?

La relation transatlantique a ainsi été questionnée lors de ces deux jours de forum, notamment à la suite des récentes déclarations de Donald Trump remettant en cause le principe de solidarité entre les États membres de l’Otan.

« Quand nous parlons de l’Europe à la croisée des chemins, nous avons l’impression que nous devons faire des choix entre l’Europe et l’Otan. Pourtant les deux sont parfaitement complémentaires : il faut plus d’Otan et plus d’Europe », assure le général Jean-Pierre Perrin, chef d’état-major du Joint Force Command de l’Otan à Brunssum aux Pays-Bas.

Le général Jean-Philippe Leroux, directeur des opérations à l’état-major de l’Union européenne, rejoint cette idée : « l’Union européenne (UE) protège l’Europe et les États membres en tant que tels, tout comme le fait l’Otan. » L’opération Aspides lancée le 19 février dernier par l’UE le prouve : « cette mission contribue à rétablir la sécurité maritime en mer Rouge. Elle est complémentaire de ce que font les États-Unis avec certains de leurs alliés », ajoute le général.

Pour construire cette nouvelle architecture de sécurité, il faut aussi pouvoir s’appuyer sur une industrie de défense solide. « La BITDE (base industrielle et technologique de défense européenne) est capable de fournir des produits haut de gamme et est compétitive, mais elle souffre d’investissements non coordonnés », relève Anne Fort, membre de la direction générale Industrie de la défense et de l’espace de la Commission européenne.

L’organisation a donc mis en place deux mécanismes en réaction à la guerre en Ukraine : Edirpa pour inciter à des acquisitions conjointes en Europe. Le second : Asap (Action de soutien à la production de munitions) mobilise 500 millions d’euros pour soutenir la montée en puissance la production de munitions sol-sol, d’artillerie et de missiles en Europe, et ce « avant même d’avoir des commandes », confirme Anne Fort. Un pas de géant pour l’industrie européenne.

Préparer la guerre de demain : le défi du recrutement

Renforcer notre défense commune passe aussi par l’anticipation des défis à venir. Le recrutement de personnels en fait partie. Face à la dualité des technologies – à la fois civiles et militaires, la concurrence est rude avec le secteur privé et les armées peinent parfois à attirer de nouveaux talents.

« La situation est aussi difficile au Royaume-Uni », explique Mark Ackrill, chef du personnel de la défense auprès du Ministère britannique de la Défense. Le pays vient de lancer une nouvelle stratégie relative aux ressources humaines, « révolutionnaire, selon le brigadier, car nous parlons plus des Hommes que des matériels ». Le premier défi du recrutement est alors démographique, car « la population est vieillissante ». Le second concerne les besoins des armées de disposer de compétences nouvelles en ingénierie et dans le domaine cyber sans proposer une rémunération aussi importante que les sociétés privées. « Cependant, l’armée offre des avantages et une expérience unique, impossibles à trouver dans le privé », conclut Mark Ackrill.

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