C’est lors de la première semaine de la guerre que Shaked Bitton, de son état créateur de contenu originaire du Kibboutz Palmachim, a mis des pancakes moëlleux sur un plateau, les a décorés de fraises et de myrtilles et nappés de sirop d’érable, avant de les servir dans son abri de quartier, au moment où l’alerte prévenait de l’arrivée d’une frappe iranienne.
« Le changement est palpable — les gens n’attendent plus avec anxiété la frappe de missile mais les pancakes », explique Bitton, qui a diffusé une vidéo de ses pancakes sur son fil Instagram.
Cela fait maintenant quatre semaines que la guerre américano-israélienne contre l’Iran a commencé, avec son lot de sirènes et d’alertes téléphoniques qui signalent aux Israéliens les missiles entrants venus d’Iran ou du Liban.
Quand les alertes retentissent, les gens se rendent aux abris, que ce soit l’abri de quartier ou le sous-sol d’un immeuble, un parking ou encore une station de train souterraine
Compte tenu de tout ce temps passé sous terre, certains abris se sont d’ores et déjà convertis en lieux d’expériences communautaires, allant des fêtes de Pourim aux lectures de la méguila, la première semaine de la guerre, en passant par un mariage célébré très officiellement quatre niveaux sous le centre Dizengoff, à Tel Aviv.
« Cela peut donner lieu à des moments d’authentique partage, même dans les endroits les plus inattendus, comme les abris anti-aériens », explique Bitton, qui sert maintenant ses desserts dans plusieurs abris.

Sa plus grande réussite, à ce jour, est un tiramisu géant qui, comme le veut la mode répandue un peu partout dans le monde consiste à préparer une portion gigantesque de ce dessert italien capable d’occuper une clayette entière du réfrigérateur.
Bitton a mis ses 10 kg de tiramisu à l’arrière de son vélo et attendu une alerte pour se rendre à Gan Ha’Ir, un centre commercial de Tel-Aviv doté d’un immense abri souterrain d’une capacité de plusieurs centaines de personnes.
« Mon abri de quartier était trop petit », s’amuse Bitton, « j’en ai cherché un plus grand. »
Anniversaires, enterrements de vie de jeune fille, cours de CrossFit, Zumba et yoga sont désormais des grands classiques, dans les abris, sans oublier les cours de judo ou de pilates, machines comprises.
Les gens ont envie de faire une pause mais aussi de se distraire, surtout lorsqu’ils passent des heures chaque jour, jour après jour, à courir vers le même abri, dans lequel ils retrouvent souvent les mêmes personnes.
Pour les artistes et autres amateurs de divertissement, ce public captif est une opportunité.
La chanteuse-compositrice Lihi Toledano a ainsi décidé de donner un concert dans une gare suite à l’annulation de son concert au club Barby Tel Aviv à cause de la guerre.
C’est en survêtement et par l’escalator que Toledano a fait son entrée dans la gare, où une foule compacte l’attendait.

« C’est toujours mieux que de ne pas pouvoir jouer au Barby », a écrit Toledano sur son profil Instagram. Le dos tourné à la foule qui la filmait, un homme a continué de dormir sur son matelas.
« The show must go on ! » a écrit Toledano.
D’autres artistes, comme Moria Zrachia, chorégraphe et créatrice de contenu qui s’est fait connaitre grâce à ses vidéos vachardes au sujet de sa mère, Hamda Zrachia, et de la crèche qu’elle gère chez elle, ont convaincu leurs voisins d’infortune de faire du playback et d’interpréter la chanson bien connue des Teapacks, « What A World ! », depuis l’abri de leur immeuble.
« Nous descendons à l’abri 30 fois par jour, et tout le monde me disait: ‘Allez Moria, on s’ennuie, fais quelque chose pour nous remonter le moral,’ » explique Zrachia.
Samedi dernier, le temps était froid et pluvieux, et à un moment donné, Zrachia a dit à ses voisins : « D’accord, allons-y », rappelle-t-elle.

Elle les a fait descendre à l’abri, entre deux alertes et sirènes, « et ils ont absolument joué le jeu, ils ont fait tout ce que je leurs ai demandé. J’avais l’impression d’être une monitrice scout », poursuit Zrachia.
En peignoir et chaussons ou en pyjama, assis dans cet espace étroit et rugueux en béton, les voisins de Zrachia ont dansé le temps de la chanson.
Zrachia vit à Kiryat Shalom, le quartier le plus au sud de Tel Aviv, là où son père a grandi et où elle connaît beaucoup de ses voisins.
Elle vit dans un petit immeuble de quatre étages, avec deux appartements par étage, et un « minuscule » abri au sous-sol pour les habitants de ces huit appartements.
Suite à la diffusion de cette vidéo, les médias sont venus « et ils n’en peuvent plus », explique Zrachia à propos de ses voisins, « on les a interviewés, ils sont fiers comme tout. »
Que ce soit dans les immenses abris sous le Centre Dizengoff ou dans les abris privés des immeubles, les gens ne cessent de publier des photos de rendez-vous chez le coiffeur ou de spectacles de flamenco, de speed dating, de concerts de quatuor, de kiosques à café improvisés ou de raves nocturnes organisées sous terre.

Eilam Kadar, un DJ en herbe, a donné une fête improvisée dans son refuge de quartier, à Florentine, à Tel Aviv.
« Nous avions fait quelque chose de spontané, en bas, avec quelques amis — rien d’important — et il y a eu une sirène », explique Kadar. « Alors tout le monde est arrivé et l’endroit s’est retrouvé bondé. »
Un des voisins a fini par appeler la police, qui a fait cesser la fête.
« Jusqu’à ce moment-là, la plupart des gens étaient contents », poursuit Kadar. « C’était mieux que dans la plupart des clubs. »
Le rappeur et satiriste Ori Komay, plus connu sous le nom de Dudu Faruk, s’est lui présenté dans un abri où il a donné un spectacle qu’il a ensuite diffusé sur Instagram en parlant de son concert du 26 mars, organisé pour 50 personnes, conformément aux instructions du Commandement du Front Intérieur.
« J’organise un spectacle dans un abri, lien dans ma bio », a écrit Faruk. Il a appelé ce spectacle « Dudu Faruk protège des missiles et des tirs de mortiers. »
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Sur les pas de Lawrence d’Arabie, une église de près de 1 400 ans découverte dans le Neguev
L’église décorée de mosaïque découverte au parc national Nitzana donne une idée du parcours des pèlerins qui voyageaient en Terre Sainte jusqu’au monastère de Sainte-Catherine en Égypte
Une église vieille de 1 400 ans, ornée de sols en mosaïque colorée, a été découverte dans le parc national de Nitzana, dans le Neguev, a annoncé lundi l’Université Ben Gurion.
Il s’agit de la sixième église découverte à cet endroit également connu sous le nom de « Nessana », situé à côté de la frontière avec l’Égypte.
À l’époque byzantine, l’endroit était une étape incontournable pour les pèlerins entre la Terre Sainte et le monastère Sainte-Catherine dans le Sinaï, explique au Times of Israel par téléphone la professeure Yana Tchekhanovets, membre du département d’archéologie de l’Université Ben Gurion.
« Nous sommes arrivés là il y a de cela quatre ans ; notre objectif principal a été de présenter Nitzana comme un lieu clé de l’étude de la culture matérielle liée aux premiers pèlerinages chrétiens. De par sa localisation, Nitzana était une sorte de centre logistique pour les nombreux pèlerins », poursuit Tchekhanovets.
« À notre connaissance, en lui-même, cet emplacement ne compte ni lieu saint ni relique d’importance. C’était simplement la dernière étape avant le désert », ajoute-t-elle. « C’est ce qui l’a rendue très dynamique ; les gens restaient là un moment, aussi des habitants ont-ils commencé à construire toutes ces églises. »
Selon Tchekhanovets, le village a compté jusqu’à 2 000 habitants, ce qui n’explique pas la présence d’un si grand nombre d’églises, si l’on excepte les pèlerins.

Les précédentes années, l’équipe de l’Université Ben Gurion a découvert une auberge pour pèlerins comprenant une petite église et un bain public décoré de marbre et de peintures murales.
Des graffitis de pèlerins ont également été découverts en plusieurs endroits de Nitzana, certains d’entre eux faisant allusion à des endroits très éloignés, comme la Géorgie ou l’Arménie.
L’église au sol de mosaïque a été découverte en février dernier lors des dernières fouilles en date menées par les archéologues de l’Université Ben Gurion.
« C’est la plus belle des six églises, car c’est la seule à présenter des sols en mosaïque colorée, contrairement aux sols en pierre qui caractérisent les autres », explique Tchekhanovets.

Ces mosaïques présentent des motifs géométriques et floraux complexes.
Les archéologues ont pu dater précisément l’achèvement de l’église grâce à une inscription dédiant le bâtiment à son bienfaiteur, en 601 de notre ère.
« L’inscription parle d’un certain Sergius, qui a investi de l’argent dans ce bâtiment, de même que sa sœur et son neveu, venus à Nitzana depuis Emesa, une ville en Syrie connue aujourd’hui sous le nom de Homs », explique Tchekhanovets.
« En archéologie, il est plutôt rare d’avoir une datation détaillée », note-t-elle.
Les chercheurs sont venus à Nitzana en sachant qu’il existait une église avec des sols en mosaïque.
« Deux explorateurs britanniques, Lawrence d’Arabie et Leonard Woolley, avaient déjà vu cette église il y a 100 ans », poursuit Tchekhanovets. « Ils ont vu les autorités ottomanes construire un centre militaire en cet endroit abandonné, et détruire une église ancienne. Ils nous ont laissé un plan du site ancien, et grâce à ce plan et aux technologies modernes de SIG [Systèmes d’Information Géographique], nous avons pu la localiser. »
Les archéologues de l’Université Ben Gurion ne sont pas les premiers à fouiller Nitzana. De précédentes expéditions ont eu lieu dans les années 1930 et 1980 – la dernière a été menée par l’Université Ben Gurion.

Les fouilles des années 1930 avaient permis de découvrir deux églises, les vestiges d’un fort romain et deux papyrus exceptionnels témoignant de la vie des habitants.
Selon Tchekhanovets, le nom de Sergius est mentionné dans ces papyrus : le fait que ce puisse être le même Sergius qui a financé l’église fait l’objet d’études.
« Sergius était sans doute un nom courant dans le village, car l’église principale était elle aussi dédiée à un certain Sergius », souligne-t-elle.
Selon elle, même si l’église principale du village a sans doute été construite une centaine d’années avant celle dont les sols sont recouverts de mosaïques, toutes les églises ont été actives en même temps.
Après la conquête islamique de 638 de notre ère, Nitzana a continué d’attirer des pèlerins chrétiens, mais 150 ans plus tard environ, tout a changé lorsque la Terre Sainte s’est retrouvée coupée du reste du monde chrétien.

« Il y avait nettement moins de pèlerins, la colonie s’est peu à peu dépeuplée jusqu’à son total abandon, sans doute au début du IXe siècle », explique Tchekhanovets.
L’an prochain, les archéologues reviendront pour de nouvelles fouilles afin de trouver la réponse à d’autres questions autour de l’église et de son rôle au sein de la communauté.
« Au-delà de l’église, nous avons découvert des pièces annexes, elles aussi revêtues de sols en mosaïque », conclut Tchekhanovets.
« Nous souhaitons comprendre de quoi il s’agit. D’une autre maison d’hôtes, ou peut-être d’un monastère ? »







