Face à la hausse des prix des carburants, le professeur d’histoire économique Philippe Chalmin revient jeudi sur ICI Matin sur les causes géopolitiques de cette volatilité et la dépendance énergétique actuelle.
Nous traversons une période de tensions majeures sur le marché de l’énergie, dépassant le cadre d’un simple choc pétrolier classique, « Nous sommes dans une conjoncture d’une volatilité extrême, puisqu’au fond, personne ne sait ce qui va se passer dans les jours à venir, et si les négociations entre l’Iran et les États-Unis [vont aboutir]« , explique Philippe Chalmin, professeur d’histoire économique à l’Université Paris-Dauphine, au micro d’ICI Matin. « La situation combine une hausse généralisée des coûts des matières premières, incluant le gaz, les engrais et le soufre, à une crise géopolitique inédite, marquée par la fermeture du détroit d’Ormuz, un passage stratégique pour l’approvisionnement mondial« , poursuit l’expert, « nous vivons alors peut-être moins une période de choc pétrolier qu’un choc énergétique, puisque, au pétrole, il faut rajouter le gaz et puis il faut rajouter nombre de produits chimiques, les engrais, le soufre, etc.«
La volatilité des marchés face aux incertitudes
Le prix du baril subit une volatilité extrême, amplifiée par les déclarations politiques et les incertitudes diplomatiques, notamment entre l’Iran et les États-Unis. Si le prix à la pompe ne reflète pas immédiatement les fluctuations quotidiennes du brut, c’est grâce à l’inertie des filières industrielles lourdes et à l’effet d’amortisseur procuré par la fiscalité française. « Le prix à la pompe ne va pas changer tous les jours en fonction du prix du baril. Il réagit en général avec une semaine de retard, et c’est vrai que les prix à la pompe amortissent quand même les fluctuations », explique Philippe Chalmin, précisant que le prix à la pompe réagit avec retard aux fluctuations du marché mondial et bénéficie de l’amortissement lié à la structure du secteur, « au début de l’année, au mois de janvier, on était à 60 dollars, aujourd’hui, suivant les humeurs de Trump et suivant les réactions des Iraniens, on se balade entre 100 et 120, les prix du pétrole ont pratiquement été multipliés par deux. »
Une grande distribution compétitive
Philippe Chalmin précise qu’au-delà du choc « économique », nous faisons face à un choc géopolitique. « On a déjà connu des périodes à 2 euros le litre, et il ne faut pas se faire d’illusions, on va y rester un certain temps. Si tout va bien, c’est si la guerre se termine et si le détroit d’Ormuz est à nouveau accessible, nous verrons éventuellement les prix retomber, poursuit-il. Il faut souligner qu’en France, nous avons une grande distribution extraordinairement compétitive, où 4 ou 5 grandes chaînes se marquent en permanence à la culotte. On a des prix des carburants pratiquement vendus à prix coûtant, la marge que se fait la grande distribution sur les carburants est au maximum d’1 à 2 centimes le litre. »
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