500 millions de dollars par jour : jusqu’à quand Israël pourra-t-il faire face à son incroyable effort de guerre en Iran ?
Malgré les tirs de missiles de l’Iran et du Hezbollah, qui paralysent en partie l’activité des entreprises, et le boom des dépenses militaires, l’économie israélienne tient bon. A condition que la guerre ne s’éternise pas.

Par Pascal Brunel
Le facteur temps est plus que jamais primordial pour une économie israélienne engagée dans une course contre la montre. Depuis le début de la guerre, fin février, elle résiste malgré les handicaps qui s’accumulent. La plupart des entreprises, à l’exception de celles du secteur de l’armement qui fonctionnent à flux tendu, pratiquent le travail partiel.
Les alertes à répétition provoquées par les tirs de missiles de l’Iran et du Hezbollah libanais perturbent les transports, les lignes de production. La grande majorité des parents sont contraints de rester au foyer pour garder les enfants car la plupart des écoles et collèges restent fermés. Le tourisme est plongé dans un état de coma profond alors que très peu d’avions sont autorisés à s’aventurer dans l’espace aérien israélien de crainte d’attaques de missiles.
Hémorragie budgétaire
Pour compléter le tableau, la guerre coûte cher aux finances publiques : 500 millions de dollars par jour uniquement pour Tsahal, selon les estimations du ministère des Finances. Un exemple : la facture pour chaque tir de batteries de type Arrow, spécialisées dans l’interception de missiles balistiques, revient à près de 3 millions de dollars.
Les militaires ne manquent toutefois pas de souligner que les dégâts que ces engins pourraient provoquer, s’ils n’étaient pas détruits en vol, seraient beaucoup plus élevés, sans compter les pertes de vies humaines qui porteraient atteinte au moral des civils.
Soumis à la pression des militaires, le gouvernement de Benyamin Netanyahou pratique la politique du « quoi qu’il en coûte ». En quelques semaines, le budget de la défense a eu droit à deux rallonges substantielles d’un total de 10 milliards de dollars, et il s’élève pour l’année à près de 50 milliards de dollars, alors que Tsahal réclame davantage.
5,1 %
Le déficit, qui devait être limité à 3,9 % cette année, va grimper à 5,1 %.
Bref, une hémorragie budgétaire est en cours. Le déficit, qui devait être limité à 3,9 % cette année, va grimper à 5,1 %. De même, la Banque d’Israël a révisé à la baisse ses prévisions de croissance pour l’année à 4,7 %, contre 5,2 % avant la guerre. Malgré tout, l’heure n’est pas à la panique. La Bourse de Tel-Aviv, dopée par les entreprises de high-tech, qui peuvent pratiquer le télétravail, après un léger passage à vide au début de la guerre, se rapproche d’un nouveau record.
Guerre d’usure
Le shekel, la devise nationale, grimpe face à l’euro et reste stable vis-à-vis du dollar. L’inflation est maîtrisée à moins de 2 % en rythme annuel. Le ratio de la dette par rapport au PIB s’est dégradé, mais de seulement 2 %, à 70 %. Le Trésor israélien ne rencontre jusqu’à présent aucune difficulté majeure à lever des capitaux sur les marchés internationaux. De même, des dizaines de start-up prévoient de faire leur entrée dans les prochains mois à la Bourse.
Mais la question de savoir si Israël ne va pas être confronté à une guerre d’usure est loin d’être tranchée. Comme l’explique Leo Leiderman, conseiller économique principal chez Bank Hapoalim, « si le conflit mène à un changement majeur dans la région, qui permettrait de réduire les menaces pesant sur notre pays, un flux massif de capitaux étrangers vers Israël pourrait se produire. En revanche, si le conflit s’enlise, il faut s’attendre à ce que les taux d’intérêt restent élevés, ce qui pourrait entraver une reprise. »
Esteban Klor, professeur d’économie de l’Université hébraïque de Jérusalem, établit le même diagnostic. « L’incertitude, prévient-il, si elle persiste, pourrait constituer un signe avant-coureur d’une pénible décennie économique. » Les responsables militaires estiment, pour leur part, qu’il leur faut encore quelques semaines de combat, sans pourtant être certains d’empêcher le maintien au pouvoir de l’actuel régime iranien.
Pascal Brunel (Correspondant à Tel-Aviv)
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