En tuant Khamenei, Washington et Jérusalem ont-ils porté un coup de grâce à la République islamique? Laissons la parole à L’Orient Le Jour et France inter.

L’Orient Le Jour : « Il était le visage de la République islamique pendant plus de trois décennies. Son architecte. Le père de l’ambiguïté nucléaire, des missiles, des milices et de la « patience stratégique », soit tout ce qui a fini par le conduire à sa perte.

Il était le cœur du régime, son rouage principal, le décideur ultime dans un système où le guide suprême, en tant que représentant de l’imam caché, détient des pouvoirs illimités tant sur le plan politique que religieux.

En éliminant Ali Khamenei, Washington et Tel Aviv n’ont sans doute pas porté un coup de grâce à la République islamique, mais quel que soit l’identité de son successeur, le régime ne sera plus le même ». L’Orient Le Jour.

FRANCE INTER. « Ali Khamenei, 86 ans, a été tué samedi, au premier jour des bombardements israélien et américain sur l’Iran. C’est le saut dans l’inconnu : les survivants du régime pourront-ils assurer sa survie sous les bombes, ou le changement de régime aura-t-il lieu ?

L’histoire dira si, pour le peuple iranien, la mort du Guide suprême de la République islamique, l’ayatollah Ali Khamenei, dès le premier jour des bombardements israéliens et américain, marque le début d’une libération ou d’une descente aux enfers plus grande encore.

Il est trop tôt pour le dire face à un acte qui fait basculer l’histoire de l’Iran, du Moyen-Orient, et peut-être même du monde dans une autre époque ; sans que l’on puisse vraiment connaître la suite.

Ali Khamenei, 86 ans, était la clé de voute du pouvoir théocratique depuis près de 37 ans, successeur de Khomeiny, le fondateur de la République islamique. Il n’y aura qu’une petite minorité d’Iraniens pour pleurer cet homme qui incarne le régime, au lendemain de la pire répression depuis la révolution islamique de 1979 : des dizaines de milliers de morts dont le seul crime était d’avoir voulu la liberté. Mais la chute d’un homme, surtout dans ce contexte, ne garantit pas la suite des événements ; c’est véritablement un saut dans l’inconnu pour les près de 90 millions d’Iraniens.

Le régime iranien se réveille ce dimanche avec un double constat cruel : d’abord qu’il a été incapable, comme en juin dernier lors de la « guerre des douze jours » menée par Israël, rejoint finalement par les États-Unis, de protéger ses principaux dirigeants. La suprématie militaire de ses ennemis est incontestable et inégalée – s’agissant d’Israël c’est la leçon des deux dernières années, depuis le massacre du 7 octobre et les guerres de Gaza et avec le Hezbollah iranien.

Le second constat est que, pour la première fois, le slogan du changement de régime, maintes fois évoqué, est aujourd’hui sérieux. Donald Trump et Benyamin Netanyahou ont pris la responsabilité, et le risque, sans la moindre légalité internationale, de frapper très fort ce régime au sommet pour le renverser. Même si, comme l’admettait en janvier Marco Rubio, le Secrétaire d’État américain, « personne ne sait qui peut succéder à Khamenei ». C’est là qu’intervient le saut dans l’inconnu.

Le « New York Times » rapportait le mois dernier que les dirigeants iraniens avaient pris leurs dispositions pour assurer la continuité du régime en cas d’élimination du Guide. Le pouvoir serait transféré entre les mains d’un homme plus jeune, Ali Larejani, 67 ans, président du Conseil suprême de sécurité nationale d’Iran, un vétéran de la révolution islamique, dont la seule mission à ce stade serait d’assurer la survie du régime. Mais rien ne dit que ce scénario est encore possible.

Les frappes israélo-américaines vont se poursuivre : Trump et surtout Netanyahou veulent empêcher les survivants du régime de se regrouper et de recréer un semblant de pouvoir cohérent.

C’est là qu’on est face à une double inconnue : un régime militaro-clérical pourra-t-il se mettre en place dans le fracas des bombes ? Et si oui, choisira-t-il de négocier dans son état de faiblesse ou de résister face à de puissants ennemis ? Et la population répondra-t-elle aux appels à descendre dans la rue pour s’emparer du pouvoir ?

L’histoire montre qu’on ne change pas un régime par la voie aérienne seulement. Israël et les États-Unis ont décapité le régime iranien, mais ils n’ont que peu d’influence sur la manière dont s’écrira la suite. Dans leur joie de voir tomber un tyran, les Iraniens peuvent se demander si leur pays pourra réellement écrire une page d’histoire libre, ou si, comme les précédents de changement de régime imposés de l’extérieur l’ont montré ces deux dernières décennies, c’est le chaos qui s’installe durablement, avec un coût humain considérable. L’histoire s’écrit littéralement sous nos yeux ».

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