Jean-Luc Mélenchon, figure centrale de la gauche française, est régulièrement critiqué pour son style clivant, souvent décrit comme autoritaire et conflictuel. Ses détracteurs lui reprochent une stratégie de « conflictualisation » permanente, des propos jugés méprisants envers les médias ou les ruraux, et des alliances complexes.
En meeting à Lyon, jeudi soir, Jean-Luc Mélenchon a ironisé sur la prononciation du nom du prédateur sexuel américain, « Epstein » ou « Epstine ». L’UEJF lui a laissé une message explicite « laisse tranquille les Stein ».
Dix jours après l’agression mortelle du militant identitaire Quentin Deranque était à Lyon et la mise en examen de plusieurs militants d’extrême gauche dans cette affaire, Jean-Luc Mélenchon tenait, jeudi 26 février, dans cette même ville de Lyon un meeting de campagne. Devant près de 2 000 personnes, il a d’abord longuement dénoncé le travail de la presse, citant plusieurs médias, suscitant au passage les huées de la salle, avant de s’attarder sur l’affaire Epstein, du nom du criminel sexuel américain, dont une partie du dossier judiciaire a été publiée par le ministère de la Justice des États-Unis, avec la mise en cause de nombreuses personnalités à travers le monde.
Ses propos lui valent aujourd’hui des accusations d’antisémitisme. Au milieu de sa diatribe contre le traitement qu’il juge injuste de certains médias, Jean-Luc Mélenchon interpelle la salle directement : « S’il s’agit de l’affaire Epstein. Ah, je voulais dire ‘Epstine’, pardon, ça fait plus russe ‘Epstine’, alors maintenant vous direz ‘Einstine’ au lieu d’Einstein, ‘Frankenstine’ au lieu de Frankenstein. » Pour une grande partie de la classe politique, le leader insoumis sous-entend que les médias ont modifié volontairement la prononciation du nom de ce prédateur sexuel pour cacher sa confession juive sur le ton de la blague. Une remarque qui a fait rire toute la salle, sans aucune indignation.
Des accusations de toute la classe politique.
Ce n’est pas la première fois que le fondateur de La France insoumise tient ce genre de propos sur le nom « Epstein ». Il y a deux semaines, Jean-Luc Mélenchon, en meeting à Creil, dans l’Oise, a prononcé exactement la même phrase. Il se défend et minimise, explique, vendredi matin, avoir simplement ironisé sur cette question. Il rejette toute accusation d’antisémitisme.
Ces accusations se succèdent ces dernières heures. Elles viennent de tous les partis politiques, du Rassemblement national aux Écologistes. Tous se sont fendus d’un message. Les coups pleuvent sur Jean-Luc Mélenchon. Olivier Faure, premier secrétaire du Parti Socialiste, écrit, sur X, « est antifasciste, celui qui combat le fascisme, pas celui qui en réutilise les ressorts les plus dangereux.
Réaction encore plus franche d’Éric Lombard, ancien ministre de l’Économie, invité de RTL, vendredi matin : « C’est évidemment les codes de l’antisémitisme, c’est inadmissible. Il est antisémite. La réponse à Jean-Luc Mélenchon, elle doit se faire dans les urnes, elle doit se faire par la confrontation politique sur les idées. » Même le président de la République s’est exprimé avec un simple message sur X, « c’était il y a 15 jours », et une vidéo extraite de son discours pour la cérémonie d’hommage à Ilan Halimi, tué parce que juif. Dans ce discours, Emmanuel Macron fustigeait « l’antisémitisme de l’extrême gauche ».
« Des éléments de langage extrêmement dangereux »
Sur France Inter, depuis le début de cette affaire, vous entendez les deux prononciations, parce qu’elles coexistent dans le débat public. Certains intervenants prononcent « Epstine », d’autres « Epstein », mais choisir d’ouvrir ce débat publiquement de la prononciation n’est pas anodin. « Le nom du juif est d’une certaine façon ce par lequel on le reconnaît comme tel », souligne Christophe Prochasson, historien spécialiste de l’histoire culturelle de la politique et de la gauche française. « On le voit très très bien par exemple dans l’antisémitisme au temps de l’affaire Dreyfus si vous voulez », poursuit-il.
L’historien note « une résonance antisémite dans ce propos dans la mesure même où ce n’est pas la première fois, il y a une espèce d’insistance à jouer aux limites ». Pour lui, « ça relève davantage d’une consolidation d’un électorat que d’un élément de doctrine qui serait au cœur de la pensée de Jean-Luc Mélenchon ». « Peut-être qu’il y a un moment où en effet les choses deviendront tellement insupportables qu’il y aura un tournant », se demande Christophe Prochasson.
« On peut se interroger sur la stratégie de Jean-Luc Mélenchon, s’il ne le fait pas exprès d’une certaine façon, qui viserait à l’isolement total d’une force politique qui décidément manie des éléments de langage extrêmement dangereux », poursuit Christophe Prochasson.
- Méthode conflictuelle et clivante : Mélenchon est souvent perçu comme un leader provoquant, adepte de la conflictualisation constante, ce qui crée des tensions non seulement avec la droite, mais aussi au sein de la gauche. Sa personnalité est parfois décrite comme autoritaire.
- « Mépris » de classe ou mépris pour certains publics : Des propos rapportés (comme dans le Bassin minier) ont été qualifiés de méprisants, voire insultants, envers certaines catégories de la population, notamment les électeurs du Front National ou les habitants de zones rurales.
- Rapports tendus avec les médias : Il est fréquemment accusé d’attaquer violemment les journalistes et les médias, ce qui complique le débat public.
- Positionnement international controversé : Ses positions en politique étrangère (parfois perçues comme pro-sud-américaines ou ambiguës face à certaines puissances) sont jugées incohérentes ou opportunistes par ses détracteurs.
- Soupçons de malversations : Il est visé par des enquêtes concernant l’utilisation de ses assistants parlementaires lorsqu’il était député européen.
- Critique sur sa fortune personnelle : Malgré son discours anti-milliardaire, il est critiqué pour son niveau de vie et le fait d’avoir exercé uniquement des fonctions politiques.
- Propos sur la police : Il a été critiqué pour avoir qualifié des policiers de « barbares » lors de mouvements sociaux, ce qui lui a valu des accusations de démagogie.