2 Franco-Israéliennes visées par des mandats d’amener en France pour « complicité de génocide »

« Je souhaite bien du courage à la justice française pour persuader les autorités israéliennes qu’un génocide à Gaza a été commis », a déclaré Me Gilles-William Goldnadel

 

Illustration : Des militants de droite du mouvement Tzav 9 bloquant la route pour empêcher l'aide humanitaire d'atteindre la bande de Gaza, le 25 avril 2024. (Crédit : Tzav 9)

« Une première dans le monde » : la justice française a récemment délivré des mandats d’amener, pour « complicité de génocide », à l’encontre de deux militantes franco-israéliennes, soupçonnées d’avoir participé à des actions de blocage de l’aide humanitaire à Gaza.

Ces mandats ont été délivrés fin juillet 2025 contre l’avocate Nili Kupfer-Naouri de l’association Israël Is Forever et contre Rachel Touitou de l’organisation Tsav 9, dans le cadre d’une information judiciaire ouverte en mai 2025 à Paris à la suite de plaintes d’ONG, a indiqué lundi une source proche du dossier à l’AFP, confirmant une information du Monde.

Contrairement aux mandats d’arrêt, les mandats d’amener visent à faire comparaître rapidement une personne devant un magistrat sans imposer de détention provisoire, et peuvent être délivrés par des juges d’instruction sans l’aval du Parquet national antiterroriste (Pnat).

Les faits se sont produits entre le 1er janvier et le 26 novembre 2024, ainsi qu’en mai 2025, lorsque des camions transportant de l’aide humanitaire à destination des Gazaouis ont été bloqués, notamment aux postes frontières de Nitzana et de Kerem Shalom.

Mais pour Me Olivier Pardo, avocat de Nili Kupfer-Naouri, ces actions étaient « pacifistes ». Elles « visaient à dénoncer les détournements opérés par le Hamas de l’aide humanitaire destinée à Gaza au moment même où les otages israéliens y étaient encore détenus », a-t-il affirmé dans un communiqué à l’AFP.

Les deux militantes sont également soupçonnées de « provocation publique et directe au génocide », en appelant à empêcher « le ravitaillement des Gazaouis » et en les « déshumanisant », d’après la source proche du dossier. « Une dizaine d’autres personnes sont susceptibles d’être visées par des mandats d’amener », a précisé une autre source proche du dossier.

« C’est la première fois qu’une juridiction nationale se prononce sur des faits de complicité de génocide, à travers le blocage de l’aide humanitaire », s’est félicitée auprès de l’AFP Me Clémence Bectarte, qui assiste les organisations palestiniennes de défense des droits humains PCHR (Palestinian Center for Human Rights), Al-Haq et Al-Mezan, parties civiles.

Même satisfecit du côté des avocates de l’Union juive française pour la paix (UJPF), Mes Damia Taharraoui et Marion Lafouge, qui évoquent aussi une « première » mondiale: « C’est une décision forte qui montre que la justice française reste indépendante ».

Les associations PCHR, Al-Haq, Al-Mezan, Nidal, UJPF et Urgence Palestine pro-Hamas, ont aussi salué des « étapes importantes vers la fin de l’impunité totale israélienne pour des crimes internationaux commis par des personnes ayant la double nationalité ».

Ces accusations sont en revanche battues en brèche par les deux militantes, nées en France.

« Si manifester pacifiquement avec un drapeau israélien contre le fait qu’une organisation terroriste s’empare de l’aide humanitaire, la détourne et la revend au prix fort aux Gazaouis est un crime – alors pas besoin de regarder les Mollahs de haut, la France c’est l’Iran! », a réagi sur X Rachel Touitou, 34 ans.

« Je souhaite bien du courage à la justice française pour persuader les autorités israéliennes qu’un génocide à Gaza a été commis », a ajouté son avocat, Me Gilles-William Goldnadel, précisant que sa cliente se trouvait en Israël mais qu’elle risquait désormais d’être arrêtée si elle se rendait en France.

Nili Kupfer-Naouri, 50 ans, a de son côté porté plainte lundi pour dénonciation calomnieuse contre les « associations propalestiniennes » parties au dossier, indique son avocat.

Dans un entretien au site The News, la mise en cause a aussi qualifié l’information judiciaire française de « délire antisémite ».

La procédure « n’a en réalité d’autre objet que de criminaliser les Franco-Israéliens en raison de leur engagement public en soutien à l’État d’Israël », a insisté Me Pardo auprès de l’AFP. « Pour des raisons évidentes de sécurité, Nili Kupfer-Naouri ne peut désormais plus se rendre en France », mais « se tiendra à la disposition des autorités judiciaires françaises en Israël », a-t-il assuré.

Une série de plaintes ont été déposées en France visant d’éventuelles exactions commises contre des Palestiniens, à Gaza et en Cisjordanie.

Le Pnat a demandé fin novembre à un juge d’instruction d’enquêter pour « crimes de guerre » après la mort de deux enfants français dans un bombardement israélien à Gaza en octobre 2023, après une plainte déposée par la grand-mère maternelle.

D’autres plaintes visent deux soldats franco-israéliens d’une unité d’élite de l’armée israélienne, la « Ghost Unit », accusés d’ « exécutions sommaires » de civils à Gaza, ou encore l’entreprise française d’armement Eurolinks.

Le Pnat a aussi ouvert en octobre 2023 une enquête dite « miroir », notamment pour assassinats en relation avec une entreprise terroriste, concernant l’attaque sanglante du Hamas sur le territoire israélien le 7 octobre 2023. Cette attaque a déclenché la guerre dans la bande de Gaza.

 

 

Times of Israël

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