Le politologue et professeur Denis Charbit a vivement réagi à l’interdiction d’entrée en Israël visant l’historien français Vincent Lemire, avec lequel il devait débattre à Jérusalem lors d’un événement organisé par l’Institut français. Une décision qui, selon lui, soulève de graves interrogations sur le respect du pluralisme intellectuel et des libertés académiques.
Denis Charbit dit avoir été « surpris, comme beaucoup », notamment par la révélation de l’existence d’une « liste noire » de chercheurs. Il insiste sur un point central : Vincent Lemire n’est pas un responsable politique mais un historien engagé, prêt précisément à confronter ses analyses et à débattre publiquement de ses positions. « Une critique sévère d’Israël n’est pas une délégitimation de son existence », martèle-t-il, jugeant infondée l’assimilation entre désaccord intellectuel et hostilité existentielle.
Pour Denis Charbit, la décision des autorités israéliennes révèle une incohérence profonde. D’un côté, Israël condamne — à juste titre — le boycott académique dont sont victimes des chercheurs israéliens dans certaines universités occidentales ; de l’autre, le gouvernement en viendrait à promouvoir une forme de boycott interne en interdisant l’accès à des universitaires critiques. « On ne combat pas un boycott en en organisant un autre », résume-t-il.
Interrogé sur les erreurs factuelles reprochées à Vincent Lemire, notamment sur l’usage du terme « génocide » ou son appel à des sanctions contre Israël, Denis Charbit rappelle un principe fondamental : le droit à l’erreur fait partie intégrante du travail scientifique. « La réponse à une erreur, c’est la contradiction, la rectification et le débat, pas l’exclusion », affirme-t-il. Selon lui, empêcher un chercheur de venir discuter de ses positions revient à affaiblir le débat public.
Denis Charbit trace toutefois une ligne rouge claire : ceux qui délégitiment l’existence même de l’État d’Israël ou appellent à sa destruction n’ont, selon lui, « rien à faire en Israël ». Mais il estime que Vincent Lemire ne relève pas de cette catégorie. Bien au contraire, il rappelle que l’historien connaît intimement les réalités israélienne et palestinienne pour avoir longtemps vécu à Jérusalem.
Pour Denis Charbit, cette affaire constitue une « sonnette d’alarme ». En instaurant des critères jugés arbitraires, Israël risquerait, selon lui, de glisser vers une restriction du débat intellectuel, au détriment des principes mêmes qu’il affirme défendre.


