
Chez Alon Livné, la création n’a jamais été une décision rationnelle. Elle est un réflexe, une pulsion ancienne, presque fondatrice. « L’art et le design ont toujours fait partie de ma vie », confie-t-il. L’un de ses tout premiers souvenirs d’enfance le ramène à la maternelle : les mains plongées dans la plasticine, déjà en train de sculpter des formes. Créer, pour lui, a toujours été une évidence – intuitive, instinctive, irrépressible.
Dans cet entretien exclusif accordé à i24NEWS, le créateur se livre avec une rare profondeur sur ce qui nourrit son univers. « Créer m’a toujours enthousiasmé. J’ai toujours travaillé de manière très intuitive », explique-t-il. Même lorsqu’il étudiait dans un lycée artistique, puis plus tard au Shenkar College of Engineering, Design and Art, une part essentielle de son processus demeurait libre.

« Il y avait toujours en moi ce côté autodidacte, ce besoin d’explorer, de comprendre et de découvrir par moi-même ».
La mode s’impose très tôt comme son langage naturel. « Vers l’âge de treize ans, j’ai réalisé que je voulais devenir créateur de mode ». À l’époque, Alon Livné dessine des bandes dessinées et des super-héros, mais ce sont les vêtements qui captent toute son attention. « Mon obsession pour le détail des costumes révélait déjà mon amour pour la mode ». Depuis ce moment-là, dit-il, il n’en est jamais sorti : « J’y suis complètement immergé depuis lors, jusqu’à aujourd’hui ».

Adolescent dans les années 90, il nourrit son imaginaire de figures devenues mythiques. « John Galliano, lorsqu’il créait pour Dior, et Alexander McQueen étaient mes idoles ». Il collectionne les magazines venus du monde entier, se plonge dans les grands éditoriaux, s’imprègne de la photographie de mode comme d’un art narratif à part entière. « Je me permettais de rêver ». Un rêve précis : « Créer des vêtements qui seraient plus que de simples habits. Des pièces conçues pour un moment unique, extraordinaire. »
Ce rêve prend une dimension internationale lorsqu’il présente son travail à la Fashion Week de New York. « C’est à ce moment-là que j’ai exposé mes créations à un public international », raconte-t-il à i24NEWS. Un tournant décisif. « Cela a déclenché une vague de demandes de la part des plus grands stylistes ». Il crée alors des looks pour Beyoncé, pour ses clips et ses tournées mondiales.

« Lady Gaga est une cliente fidèle depuis de nombreuses années », ajoute-t-il. Naomi Campbell, Ariana Grande, Mariah Carey, ainsi que toute la famille Kardashian entrent à leur tour dans son univers couture, sculptural et affirmé. Et sur la scène israélienne, une création a particulièrement marqué les esprits. « J’ai conçu la robe de mariée de Noa Kirel, ainsi que sa tenue iconique pour l’Eurovision », confie-t-il. Une robe devenue symbole, et une silhouette entrée dans la mémoire collective.
« Il ne fait aucun doute que cette exposition m’a placé sur le devant de la scène », reconnaît-il. Aujourd’hui, rares sont les stylistes majeurs qui ne suivent pas son travail. Mais chez Alon Livné, aucune hiérarchie n’existe entre le spectaculaire et l’intime.
« Quand je crée la robe de mariage rêvée d’une mariée ou un look pour la tournée mondiale de Beyoncé, ces univers sont en réalité très proches. Ce qui les relie, c’est l’émotion.
« J’ai le privilège de créer pour des femmes dans les moments les plus émotionnels et les plus significatifs de leur vie ».

Son processus créatif commence toujours par un récit. « La création débute par une histoire ». Il construit des planches d’inspiration mêlant couleurs, matières et images chargées d’émotion. « Je suis profondément attiré par le costume historique, qu’il s’agisse de peintures du XVIᵉ siècle ou d’archives ». Il visite régulièrement musées et expositions pour se ressourcer. « Je crois que la clé de la création future réside avant tout dans la reconnaissance et l’exploration du passé ».

Puis, il y a les rencontres qui marquent à jamais. À dix-neuf ans, Alon Livné travaille dans l’atelier londonien de celui qu’il considère comme « l’un des plus grands créateurs du XXᵉ siècle » : Alexander McQueen. « J’ai énormément appris de lui. J’ai absorbé l’inspiration d’un artiste unique en son genre ». Une empreinte indélébile. « À ce jour encore, je sens que son esprit est avec moi lorsque je crée ». Dans son monde de couture sur mesure, les tendances restent secondaires. « La mode reflète son époque, et les tendances vont et viennent chaque saison. Mais dans mon univers, l’inspiration vient davantage d’un monde intérieur que des tendances ». Sa dernière collection puise dans l’ère victorienne et les codes gothiques. « Quelque chose d’extrêmement riche en détails, mais associé à une forme d’imperfection, presque brute, légèrement “sale”. C’est une esthétique qui m’a énormément inspiré », poursuit-il. Chaque pièce est unique.
« Il s’agit toujours d’une création spéciale, réalisée sur mesure selon les mensurations exactes de la cliente, avec les matières les plus nobles que le monde puisse offrir, et un immense dévouement ».
Et cette phrase, peut-être la plus révélatrice de sa philosophie : « Cela peut paraître étrange, mais pour moi, chaque mariée est une forme de star. Elle est la star du jour le plus important de sa vie ».

Aujourd’hui âgé de 40 ans, Alon Livné savoure chaque moment. « Je me sens à une étape où j’ai une base très solide, notamment dans la couture nuptiale : des clientes partout dans le monde, un grand atelier, une équipe exceptionnelle de couturières et de modélistes ». Et pourtant, l’élan est intact. « Je ressens un feu intérieur très puissant pour créer et m’exprimer ».
Il conclut simplement, comme une profession de foi : « C’est une période incroyable. Tout ce que je veux, c’est créer – et j’ai enfin la plateforme pour soutenir tout ce qui l’entoure ».
Créer, encore. Pour transformer un tissu en promesse, une silhouette en révélation. Et offrir à chaque femme non pas une robe, mais la sensation rare d’être, enfin, la version la plus éclatante d’elle-même.
