Jérémie Taïeb, Directeur de TIKVA Partners, cabinet de conseil en stratégie sur l’Afrique.

Par |2026-04-13T07:35:10+02:0013 Avr 2026|Catégories : ECONOMIE|

On explique souvent les difficultés économiques africaines par le passé colonial ou la prédation extérieure. Pourtant, des pays partis de conditions très difficiles ont réussi des transformations spectaculaires en quelques décennies : Dubaï, Israël, Singapour, Corée du Sud.

Jérémie Taïeb, Directeur de TIKVA Partners, cabinet de conseil en stratégie sur l’Afrique.

La question n’est donc pas : « Pourquoi l’#Afrique n’est pas développée ? » mais : « Pourquoi ces pays-là y sont arrivés ? » Même si on ne peut pas comparer un continent, avec des réalités locales différentes, à des pays.

Contrairement à une idée reçue, Dubaï n’a jamais été un émirat pétrolier. Le pétrole représente moins de 5 % du PIB. Sa croissance repose sur : des zones franches attractives, une administration efficace, une sécurité juridique pour les investisseurs, une stratégie logistique (Jebel Ali) qui a transformé Dubaï en hub mondial.

Israël partait d’un désert et démarre en 1948 sans pétrole, sans capitaux, avec un isolement régional quasi total entouré d’ennemis, et avec un afflux massif de réfugiés. En 30 ans, l’État construit : un écosystème de R&D unique, une armée-technologie intégrée (dual use), des universités de niveau mondial. L’aide américaine n’arrive qu’à partir des années 1970. Le succès était déjà institutionnellement en place.

En 1965, Singapour est au même niveau que le Ghana. En 2025, c’est l’un des pays les plus riches du monde.

Pourquoi ? gouvernement compétent, lutte anticorruption, fiscalité simple, plug-and-play pour l’investisseur étranger, système éducatif aligné sur les besoins industriels. Pas un gramme de pétrole.Pas d’aide massive. Seulement des institutions solides.

En 1960, la Corée du Sud était plus pauvre que la majorité des pays africains. Elle sortait de 35 ans d’occupation japonaise violente, une guerre dévastatrice, une économie agricole et fragile.

Elle a réussi parce que l’État sud-coréen a imposé une planification industrielle rigoureuse, des champions nationaux tournés vers l’export, une discipline fiscale, un investissement massif dans l’éducation.

L’Afrique a plus de ressources naturelles que Dubaï, Israël, Singapour et la Corée réunis, plus d’aide internationale cumulée que tout le plan Marshall, une démographie dynamique, un potentiel agricole gigantesque.

Mais elle souffre de faibles capacités administratives, de politiques industrielles incohérentes, de fuites financières colossales (50–88 milliards USD/an), d’instabilité réglementaire, de défaillances éducatives, de rentes extractives non réformées.

La croissance n’est pas une question d’argent, mais d’État.
Dubaï n’a pas eu de pétrole.
Singapour n’a pas eu de ressources.
Israël n’a pas eu de paix.

La Corée n’a pas eu de chance mais de la discipline.

L’Afrique ne manque ni de richesses ni de financements. Elle manque de structures étatiques capables de convertir ces ressources en croissance réelle.

Par Jérémie Taïeb, Directeur de TIKVA Partners, cabinet de conseil en stratégie sur l’Afrique.

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