Guide des meilleurs abris, application pour éviter de prendre sa douche au mauvais moment, humour noir : de Tel-Aviv à Jérusalem, on rivalise d’ingéniosité pour rendre un semblant de normalité à la vie à l’heure des frappes iraniennes.
Devenue virale en quelques heures, une application se base sur l’historique des alertes aux missiles iraniens dans un endroit donné pour afficher un pourcentage de probabilité du déclenchement des prochaines sirènes, afin d’aider à choisir le meilleur moment pour se doucher.
Car au milieu des frappes, des alertes et des courses vers les abris, les gestes les plus ordinaires du quotidien se compliquent.
« Même une douche on peut pas. Je suis à poil dans la salle à manger. C’est normal ça ? », ironise un Israélien sur un compte Telegram suivi par plus de 60 000 personnes, au moment où une alerte appelle les habitants à se réfugier dans un abri.
Son message a suscité une avalanche de réactions, avec des centaines d’émojis hilares ou encore grimaçants, sur fond de guerre déclenchée le 28 février par une attaque menée conjointement par Israël et les États-Unis contre l’Iran, à laquelle Téhéran a riposté.
Dans ce climat d’hostilité, le site Time Out, connu pour ses guides de restaurants et ses adresses branchées, a lui aussi adapté ses recommandations et a publié une liste des plus belles plages de Tel-Aviv… situées à proximité d’un abri.
« Nous avons cherché et trouvé des plages à proximité desquelles se trouvent des espaces protégés conformes, où vous pourrez vous rendre en cas de besoin en quelques minutes de marche. Pas de panique ! », écrit le site.
Sur X, le journaliste Ofek Tzach dresse, lui, un classement des abris publics de Tel-Aviv. Parmi les pires : celui où a débarqué « un carnaval de touristes », un autre rempli « de chiens qui aboient » ou encore un troisième, « silencieux mais (où il n’y a) personne à qui parler ».
« Sauter par la fenêtre ? »
Lior et Michael, privés de salle des fêtes en raison des restrictions sécuritaires, ont décidé de célébrer leur mariage dans un abri de Tel-Aviv, au quatrième sous-sol du stationnement d’un centre commercial.
« C’était un moment merveilleux », a témoigné Michael sur la chaîne de télévision 13, bien que « 70 % » des personnes présentes étaient des inconnus.
En ligne, les conseils se multiplient pour mieux vivre le temps passé dans les abris : prendre des livres, écouter de la musique, apporter des coussins. Autant d’astuces qui s’ajoutent aux recommandations plus austères des autorités, invitant plutôt à prendre avec soi radio, piles, chargeur de téléphone et papiers d’identité.
Du côté des Palestiniens de Jérusalem-Est, où les abris collectifs sont rares ou bondés et les abris privés quasiment inexistants, la tonalité penche davantage vers l’humour noir.
« En ce moment, les Palestiniens emportent une assiette de qatayef », un dessert traditionnellement consommé pendant le mois du ramadan qui a lieu actuellement, « et montent sur le toit » pour regarder les missiles, écrit sur Facebook le pâtissier Mohammad Alayan.
Dans cette partie palestinienne de la ville occupée depuis 1967 par Israël puis annexée, les habitants ignorent souvent les alertes, faute d’abri, et vont plutôt sur les toits pour filmer chaque nouvelle salve de projectiles traversant le ciel.
Ils ironisent aussi sur les conseils du maire Moshe Lion qui, sur sa page Facebook, détaille la conduite à tenir en cas de sirènes d’alerte.
Dans les commentaires, un internaute visiblement originaire du camp de réfugiés palestiniens de Chouafat, à Jérusalem-Est, plaisante sur la difficulté à se protéger : « Que doit faire quelqu’un qui se trouve dans le camp de Chouafat ? Sauter par la fenêtre ? »
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