Le professeur Alon Chen, président du département sciences de l’Institut Weizmann, également spécialiste dans la neurologie du stress, était invité par l’Institut Monaco Méditerranée Foundation (MMF), dans le cadre de son cycle de conférences annuelles, au One Monte-Carlo. Pour Monaco Hebdo, il détaille les grands investissements à venir sur des sujets-clés. Interview.

 

Votre Institut va débourser deux milliards d’euros sur les sept prochaines années dans cinq thématiques, dont le cerveau et le traitement de troubles neuro-génératifs : quels sont vos objectifs dans ces domaines ?

Le cerveau est peut-être la dernière frontière dans les recherche biomédicale. C’est l’organe le plus complexe, associé aux troubles les plus dévastateurs. Cela concerne des maladies neuro-dégénératives comme les démences, Parkinson, Alzheimer… Mais c’est aussi une question de santé mentale, de dépression, de troubles d’anxiété, de troubles alimentaires, de schizofrénie… C’est une liste très longue et, pour toutes ces pathologies, nous n’avons pas de solution directe.

Alon Chen Institut Weizmann Monaco Mediterranée Foundation
« Nous ne voulons pas faire de l’argent. Nous sommes un organisme à but non lucratif. […] Nous nous finançons également grâce à la philanthropie, bien sûr, et grâce à tous ces donateurs qui veulent avoir un impact. Ces personnes veulent changer la donne, à travers leurs dons. » Alon Chen. Président du département sciences de l’Institut Weizmann. © Photo MMF

Comment avancer vers des solutions ?

À mon avis, pour faire un saut important dans la recherche et la connaissance afin de résoudre ces pathologies, nous avons besoin de fédérer des personnes d’expertises différentes. Je suis neuroscientifique. En ce qui me concerne, je travaille principalement sur le stress et son lien avec des psychopathologies. Je viens du domaine biomédical, mais ce n’est clairement pas suffisant pour aborder le cerveau, car c’est un organe tellement complexe. On a besoin de personnes d’horizons différents, des mathématiques, de la physique, de la chimie, de la science informatique, de la psychologie… À l’Institut Weizmann, nous avons 600 personnes qui travaillent ensemble en neuroscience, essentiellement sur le cerveau. Elles travaillent ensemble, dans un même bâtiment, pour créer des émulations. Le cerveau est un domaine de recherche multidisciplinaire, et on crée de nouvelles connaissances, en faisant travailler des gens de différentes spécialités.

« Le cerveau est peut-être la dernière frontière dans les recherche biomédicale. C’est l’organe le plus complexe, associé aux troubles les plus dévastateurs. Cela concerne des maladies neuro-dégénératives comme les démences, Parkinson Alzheimer… Mais c’est aussi une question de santé mentale »

L’intelligence artificielle est cruciale dans vos recherches ?

C’est primordial. L’intelligence artificielle est l’un des cinq domaines dans lequel nous investissons, car elle affecte tous les sujets de la recherche. Cela fait partie intégrante de tous nos projets à l’Institut Weizmann. Nous avons besoin d’experts en intelligence artificielle dans tous les domaines : en physique, en chimie, en immunologie, et dans l’étude du cancer et du cerveau. Nous avons d’ailleurs un centre consacré à l’intelligence artificielle pour le cerveau.

Vous investissez également dans le traitement de maladies infectieuses : quelles sont vos avancées sur ce sujet ?

L’Institut Weizmann a toujours été très robuste en terme d’immunologie sur les maladies infectieuses. Nous sommes un grand centre de recherche sur cette thématique. Parmi les plus grands médicaments à succès, une majorité provient de notre division immunologie et des maladies infectieuses, qui sont deux départements très actifs au sein de notre Institut. Pendant la période Covid, et ce qui s’est produit pendant la pandémie, 25 % de tous les scientifiques de notre Institut ont travaillé sur les virus et sur celui du Covid-19. Nous avons généré une grande quantité de connaissances sur les virus en général. Nous avons beaucoup de chance, car Israël a été le premier pays à obtenir le vaccin Pfizer. On a donc pu analyser toutes ces données, et nos scientifiques sont ceux qui ont convaincu la Food and drug administration (FDA) [l’administration américaine des denrées alimentaires et des médicaments — NDLR] de faire un rappel du vaccin, et l’Union européenne (UE) également. Cette préconisation était basée sur nos données. Nous obtenons encore beaucoup d’améliorations dans ces domaines, notamment dans les traitements oncologiques, pour traiter le cancer aujourd’hui.

Vous allez aussi investir dans les particules physiques ?

C’est un autre domaine important chez Weizmann. : les particules physiques et la physique quantique, ainsi que l’informatique quantique. Nous travaillons en collaboration, notamment avec l’organisation européenne pour la recherche nucléaire, le CERN [Conseil européen pour la recherche nucléaire ou organisation européenne pour la recherche nucléaire — NDLR] en Suisse, sur un projet très important de détecteur de particules.

« L’intelligence artificielle est l’un des cinq domaines dans lequel nous investissons, car elle affecte tous les sujets de la recherche. Cela fait partie intégrante de tous nos projets à l’Institut Weizmann. Nous avons besoin d’experts en intelligence artificielle dans tous les domaines : en physique, en chimie, en immunologie, et dans l’étude du cancer et du cerveau »

Vous travaillez également sur l’astrophysique et sur le lancement d’un satellite en 2026 : quels sont vos objectifs ?

On a parlé du cerveau, comme frontière dans la recherche biomédicale. Mais la dernière grande frontière, c’est l’univers, qu’il faut explorer. C’est un grand défi. Nous avons un projet phare de construction de satellite télescopique unique : au lieu de regarder vers la planète, il va regarder dans l’autre direction, vers l’univers. L’objectif est de capturer en temps réel un événement astronomique, comme pour une supernova. Ce sera un télescope très large, installé sur un satellite. Il va balayer le ciel et, chaque année, cinq à dix éléments seront capturés. Il sera lié à des télescopes en couronne, avec des résolutions plus élevées, et on redirigera les autres télescopes lors d’événements particuliers. C’est un travail colossal, qui se fera grâce à une collaboration très élargie avec notamment la National Aeronautics and Space Administration [NASA, l’administration nationale de l’aéronautique et de l’espace aux Etats-Unis — NDLR] et l’European space agency [ESA, l’agence spatiale européenne — NDLR]. Nous programmons son lancement pour le premier trimestre 2026.

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© Photo MMF

Comment votre Institut a-t-il réussi à constituer suffisamment de fonds pour investir dans tous ces secteurs-clés ?

Notre Institut a une philosophie particulière. Nous ne sommes pas une université, mais un Institut de recherche : 25 % de notre budget vient du gouvernement israélien, et le reste provient de subventions générées de brevets, mais aussi de redevances qui émanent des médicaments que nous avons créés au fil des années. Notre Institut est le deuxième au monde en matière de transfert de technologie depuis 1959. Nous ne voulons pas faire de l’argent. Nous sommes un organisme à but non lucratif. Nous voulons offrir au monde de nouvelles connaissances. Nous nous finançons également grâce à la philanthropie, bien sûr, et grâce à tous ces donateurs qui veulent avoir un impact. Ces personnes veulent changer la donne, à travers leurs dons.

« La dernière grande frontière, c’est l’univers, qu’il faut explorer. C’est un grand défi. Nous avons un projet phare de construction de satellite télescopique unique : au lieu de regarder vers la planète, il va regarder dans l’autre direction, vers l’univers »

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